Iran: Les femmes ont-elles le droit de sortir sans leur voile?

FAKE OFF Un article assure que « le voile n’est plus obligatoire en Iran », mais la réalité est plus compliquée...

Lucie Bras

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Une femme enlève son voile en signe de protestation à Téhéran, le 30 janvier 2017.
Une femme enlève son voile en signe de protestation à Téhéran, le 30 janvier 2017. — AY-COLLECTION/SIPA
  • Un articlesite très partagé sur les réseaux sociaux affirme que le port du voile n’est plus obligatoire en Iran.
  • Mais son titre est trompeur : les femmes risquent toujours la prison en cas de non-port du voile.
  • Depuis plusieurs semaines, de nombreuses Iraniennes publient des photos d’elles sans voile, signe que « la société iranienne est en train de changer » pour le spécialiste de l’Iran Thierry Coville.

Les femmes autorisées à découvrir leurs cheveux en Iran ? Pas tout à fait. Dans un article daté du 30 décembre 2017, le site algeriepatriotique affirme que les autorités ont reculé face au mouvement de contestation des femmes dans tout le pays.

Pour appuyer son propos, l’auteur de l’article cite une déclaration du général de brigade Hossein Rahimi, lors d’un discours à Téhéran. « En accord avec la décision du commandant des forces de police, ceux qui ne respectent pas les codes islamiques ne seront plus placés en centres de détention et n’auront pas de casier judiciaire ». Des propos réellement tenus par le chef de la police, mais qui n’ont pas été suivis d’actes.

FAKE OFF

Depuis la fin du mois de décembre, de nombreuses Iraniennes publient des photos d’elles tête nue en public. Le mouvement a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux, comme le montre la multiplication des hashtags #WhereIsShe et #WhiteWednesdays. Ces femmes ne protestent pas contre le port du voile, mais contre la loi qui le rend obligatoire. Et contre les répressions que subissent celles qui découvrent leurs cheveux.

Et, malgré l'annonce du général de brigade Hossein Rahimi, dans les faits, l’interdiction court toujours, comme le prouve cette nouvelle arrestation de 29 femmes le 1er février à Téhéran. « Les jeunes filles qui enlèvent leur voile se font toujours arrêter, le plus souvent contre une énorme caution », explique à 20 Minutes Thierry Coville, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Iran. Le montant à payer pour libérer une jeune femme peut aller jusqu'à 90.000 euros​.

« C’est vécu comme une provocation. Le régime est embêté parce que c’est madame Tout-le-monde qui participe à ce mouvement », souligne le chercheur.

Une société en pleine transformation

Pour l’instant, l’Iran d’Hassan Rohani maintient cette règle et reste ferme et juge ce mouvement de femmes « puéril ». Mais pour combien de temps encore ? La société iranienne est en pleine transformation, explique le chercheur. Ce ne sont plus seulement les femmes qui poussent vers le changement, mais la société tout entière.

« En Iran, il y a 50 % de filles à l’université, c’est aussi le premier pays en termes d’ingénieurs femmes diplômées, souligne le chercheur. On passe d’une société gouvernée par le collectif à une société de l’individu. Et ça joue aussi sur les mentalités. C’est comme une vague qu’on ne peut plus arrêter, la société iranienne est en train de changer et les femmes en sont le reflet. »

>> A lire aussi : Iran. Qui sont les femmes qui bravent l'obligation de porter le voile en public?

Preuve de ce changement qui secoue la société iranienne, jusqu’au sommet de l’État : l’ancien président conservateur Ahmadinejad a demandé le 22 février « la tenue immédiate d’élections libres » en Iran, dans une lettre ouverte au Guide suprême de la République islamique.

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