«Revenants», éducation et détention: Les chantiers du plan de lutte contre la radicalisation présenté aujourd'hui

POLITIQUE Le Premier ministre Édouard Philippe doit dévoiler à Lille ce vendredi les mesures du nouveau plan de « prévention de la radicalisation » du gouvernement…

Helene Sergent

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Nicole Belloubet, Edouard Philippe et Agnès Buzyn à l’Assemblée Nationale, le 11 Octobre 2017.
Nicole Belloubet, Edouard Philippe et Agnès Buzyn à l’Assemblée Nationale, le 11 Octobre 2017. — SIPA
  • Le dernier plan, qui comprenait 80 mesures, avait été lancé en mai 2016.
  • En deux ans, plusieurs actions emblématiques issues de ce plan se sont soldées par des échecs.
  • Ces nouvelles mesures devraient, selon nos informations, se focaliser en priorité sur l’éducation et la prévention.

Tout a été soigneusement verrouillé. A la veille de la présentation à Lille ce vendredi du nouveau plan de « prévention de la radicalisation », son contenu restait totalement inconnu. Deux ans après le lancement du plan d’action présenté par l’ex-Premier ministre Manuel Valls, l’actuel gouvernement semble tout mettre en œuvre pour éviter les écueils de ses prédécesseurs.

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Très dense, la stratégie lancée en mai 2016 mélangeait 80 propositions de lutte contre le terrorisme, sur le renseignement pénitentiaire ou la détection de la radicalisation. Certaines se sont soldées par des échecs cuisants, poussant les acteurs de terrain et les autorités à une plus grande confidentialité. Cette fois-ci, l’accent devrait être mis « sur la prévention et l’éducation », concède une source gouvernementale.

De nouveaux professionnels

Philippe Rigoulot est directeur de la Maison des Adolescents à Nîmes. Depuis le précédent plan il y a deux ans, le travail de ses équipes a quelque peu évolué, note-t-il : « On a été interpellé par les préfectures un peu partout sur le territoire pour accompagner et prendre en charge des jeunes en voie de radicalisation, et leurs familles […] On travaille avec nos partenaires classiques : hospitaliers, sociaux, mais on a inclus des partenaires avec lesquels on ne travaillait pas comme les agents de renseignement territoriaux, les préfectures, la police, on s’est mis à échanger. »

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Idem pour la Fédération nationale des Écoles des parents et des éducateurs (FNEPE). Partenaire du comité interministériel chargé de lutter contre la radicalisation (CIPDR), l’association a suivi en 2016, 15 familles, 38 jeunes dont 23 mineurs pour radicalisation. Très sollicités, les conseils départementaux ont eux aussi été mobilisés dans le cadre du précédent plan, rappelle Pierre Monzani, préfet et directeur général des Départements de France. « J’ai mis en place des modules dédiés à la lutte contre la radicalisation dans l’institut de formation à destination des élus et des agents », détaille-t-il en reconnaissant toutefois qu’aucun « protocole global » n’avait été mis en place sur l’ensemble des territoires.

« Corriger le tir »

Tous le reconnaissent, le chantier lancé ce vendredi par le gouvernement arrive après une période de turbulences importante. « Il me semble qu’on est en train de corriger le tir. On est parti bille en tête en 2015 avec un gouvernement forcé de montrer qu’il était en capacité de gérer le phénomène. Et c’est parti tous azimuts avec les dérives qu’on connaît : détournement de fonds, fermeture d’un centre d’accompagnement etc.. », déplore Philippe Rigoulot.

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« Il y a eu une mobilisation sans précédent en 2015 sur ce sujet de la radicalisation, en lien avec les tragédies survenues cette année-là. Pourtant il y a eu une époque que ceux qui parlaient de ça étaient accusés de favoriser la haine. La sensibilisation et une forme de prise de conscience ont désormais pris le pas en la matière », nuance le préfet Pierre Monzani.

Un nouveau plan sans évaluer le précédent ?

Esther Benbassa, sénatrice EELV de Paris a passé plusieurs mois avec sa collègue Catherine Troendle (LR) à évaluer la politique mise en place par l’État. Leur rapport, rendu public le 12 juillet dernier, évoquait la «panique» et la «précipitation» des autorités en la matière. Aujourd’hui, l’élue dénonce la stratégie de « communication » du gouvernement actuel : « Il y a eu quand même de très nombreux écueils. On voudrait bien une mise au point, une évaluation ce qui a été fait avant de s’atteler à un nouveau plan. Au lieu de remédier à ces écueils, on se lance dans un nouveau plan. C’est une affaire trop importante pour la sacrifier à la communication politique. »

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Une attaque balayée par l’exécutif, qui assure que tout ce qui a été mis en place précédemment a été scruté pour élaborer ce nouveau plan porté par Édouard Philippe. Si l’essentiel des annonces devrait concerner le volet préventif et éducatif, l’expérimentation des Quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) pourrait être étendue dans plusieurs prisons.

Philippe Rigoulot, en lien avec des adolescents radicalisés et leurs proches, espère voir dans ce nouveau plan, une adaptation dans la réponse proposée par l’État : « On le sait, dans les mois qui viennent, il y aura de moins en moins de départs vers la Syrie ou l’Irak et davantage de gens qui se radicalisent sur notre territoire. Il y a une vraie réflexion à mener sur la question des retours qui reste gérée par des schémas anciens. » Présent dans la métropole lilloise avec de nombreux ministres, Édouard Philippe devrait dévoiler son plan à la mi-journée.