Toulouse : A Bellefontaine, ils occupent le terrain pour ne pas laisser la place qu’aux dealers

SECURITE Trois bailleurs sociaux ont décidé de mener des actions avec les habitants des quartiers Reynerie et Bellefontaine, à Toulouse. Pour essayer d’améliorer leur image et d’occuper le terrain…

Beatrice Colin

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A Bellefontaine, lors d'un atelier sportif organisé par les bailleurs sociaux, le tennis club de Bellefontaine et la mairie.
A Bellefontaine, lors d'un atelier sportif organisé par les bailleurs sociaux, le tennis club de Bellefontaine et la mairie. — B. Colin / 20 Minutes
  • Les trois plus gros bailleurs sociaux de Toulouse ont lancé Coop I.B. pour financer des ateliers et actions menées avec les habitants.
  • Le trafic de drogue se fait désormais à la vue de tous dans les quartiers de la Reynerie et Bellefontaine.

A la sortie du métro Bellefontaine, on aperçoit des bâtiments neufs, sortis de terre au cours de la dernière décennie et qui ont complètement changé le visage du quartier.

Il y a aussi des commerces, de grands espaces verts. Mais ce qui saute surtout aux yeux, ce sont les tags qui s’affichent sur les murs, des flèches qui indiquent les halls d’immeuble où l’on peut trouver de la coke, du shit ou de la weed, comprenez du cannabis. Même les tarifs sont affichés.

Le trafic se fait au grand jours, avec le fléchage des zones de deal dès la sorti du métro à Bellefontaine.
Le trafic se fait au grand jours, avec le fléchage des zones de deal dès la sorti du métro à Bellefontaine. - B. Colin / 20 Minutes

Un trafic de drogue à ciel ouvert qui occupe les forces de l’ordre qui mènent depuis plusieurs semaines des opérations ciblées sur les quartiers du Mirail.

Des actions menées avec les habitants

Pour changer l’image du quartier, des bailleurs sociaux ont décidé de s’unir pour occuper le terrain. Dans le cadre de Coop'I.B. (coopération Inter Bailleurs), Toulouse Metropole Habitat, Patrimoine et le groupe Les Chalets, qui représentent à eux trois les 80 % des logements HLM de Reynerie et Bellefontaine, se sont lancés l’an dernier dans le financement commun d’actions avec les habitants, que ce soit à travers des pièces de théâtre ou des ateliers en bas d’immeuble.

« Plus de 80 millions d’euros ont été investis dans le renouvellement urbain. On s’est beaucoup occupé de béton, certainement pas assez des habitants. Avec Coop I.B. nous sommes dans une démarche du mieux vivre ensemble », assure Pascal Barbottin, le directeur général de Patrimoine. « Travailler avec les habitants, c’est un moyen de valoriser le quartier et d’en parler différemment », enchaîne Jean-Paul Coltat du groupe des Chalets.

Mais aussi de ne pas laisser l’espace public seulement au trafic, de réoccuper l’espace public. Mercredi dernier, plusieurs enfants du Tennis club de Bellefontaine ont ainsi investi les espaces verts du cheminement Tintoret à l’occasion des Bell’Olympiades. Ils courent, se dépensent, rigolent.

En pleine période de vacances scolaires, leur présence gêne les guetteurs qui passent et repassent au milieu de cette cacophonie.

« Occuper le terrain »

« Ça s’est dégradé ces dernières années, aujourd’hui ils ne se cachent même plus », déplore Fadilla Bettahrat, une dirigeante du club. Cette quadra a grandi à Bellefontaine et regrette ses années de jeunesse, à l’époque où il y avait de la mixité sociale, où les profs vivaient dans le quartier. « Si, en fait il y a de la mixité, chez les gens qui viennent acheter de la drogue », relève-t-elle, ironique.

Quelques instants plus tard, un jeune dealer se fait interpeller au milieu des enfants par la police. Une scène quotidienne mais qui ne risque pas de s’arrêter selon Fadilla Bettahrat. « Aujourd’hui, beaucoup de jeunes du quartier sont en prison. Ce sont des personnes sans papier, qui ont besoin de gagner de l’argent, qui viennent faire le guet pour 150 euros par jour », raconte-t-elle.

Mais cette habitante ne veut pas être fataliste. Elle croit aux projets lancés en concertation avec les bailleurs. « C’est une bonne démarche car c’est concerté et cela permet d’occuper le terrain. Il faut que tout le monde s’y mette car c’est de la responsabilité de tous, tout le monde sera gagnant », conclut-elle.