«Ça va coûter une fortune, ça va servir à que dalle»: Notre communauté #MoiJeune réagit au service national universel et obligatoire

VOUS TEMOIGNEZ Le service national universel et obligatoire devrait durer entre trois et six mois...

Tristan Lescot

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Le service national sera universel et obligatoire.
Le service national sera universel et obligatoire. — Blondet Eliot-POOL/SIPA
  • Emmanuel Macron tiendra sa promesse de campagne sur le rétablissement d’un service national universel et obligatoire.
  • Entre 600.000 et 800.000 jeunes par an, garçons et filles confondus, devraient être concernés par cette mesure.
  • Si la mesure est actée par l’exécutif, les contours du projet restent très flous.
  • Notre communauté #MoiJeune est très divisée sur le retour de la conscription.

Fidèle à sa promesse de campagne, Emmanuel Macron souhaite très prochainement mettre sur les rails son projet de service national universel et obligatoire. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, en a précisé l’utilité : « C’est un moment de rencontre entre la jeunesse de notre pays et la nation et, en partie, son armée, mais ça peut être aussi un engagement civique. » Le président de la République, sa durée : « Entre trois et six mois. » Sur la forme que prendra ce dispositif, Emmanuel Macron a cru bon de préciser que le service pourra être « militaire » ou « civique ». Sur la question du financement, le président est en revanche resté très vague : « Cela aura un coût, je ne pense pas qu’il soit prohibitif. »

Comment les jeunes prennent-ils ce retour de la conscription ? Nous avons demandé à notre communauté #MoiJeune si le service national suscite leur enthousiasme. Les opinions sont tranchées et nos internautes, profondément divisés.

Bons pour le service

Egaan y est très favorable, il en détaille les raisons : « Son côté obligatoire permet une vraie mixité sociale : des Français de partout, de toutes classes sociales confondues, qui d’ordinaire ne se croiseraient que rarement, se verront quotidiennement. Le service universel favorise un attachement à la nation France. Il permet de comprendre le sens du service public. » Il estime par ailleurs que le dispositif perdrait toute utilité s’il devient facultatif.

Laure est sur la même longueur d’ondes, estimant que le service national universel et obligatoire permettra de reconnecter « certains jeunes, voire la majorité à des valeurs patriotiques importantes en ces temps troublés ». Selon elle, c’est une excellente mesure pour remettre sur le droit chemin une minorité d’entre eux susceptible de verser dans la délinquance ou la radicalisation. Elle est certaine que pour toutes et tous, « ce service national obligatoire incitera à plus de respect envers les uniformes » et redonnera aux jeunes le goût de « la solidarité et de l’effort ». Le seul inconvénient ? Le coût… qu’elle n’hésite pas à transformer en avantage : « Le fait de devoir accueillir tous ces jeunes dans des institutions publiques ou militaires permettra une réhabilitation de ces bâtiments souvent dégradés dans lesquels vivent nos gendarmes et nos militaires ! »

Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup

Pourtant, le financement du service national reste un mystère. Un groupe de travail est à pied d’oeuvre pour donner de la cohérence à l’architecture du projet. A ce stade, si l’idée paraît claire, il n’en va pas de même de sa concrétisation. Edouard se moque et s’agace : « Tout ce que j’en retiens, c’est que ce "service ̶m̶i̶l̶i̶t̶a̶i̶r̶e̶ national" n’a ni contenu (à part qu’il ne sera pas militaire mais quand même un peu), ni cible (un coup c’est obligatoire et un coup c’est sur volontariat), ni réel budget (entre 2,4 et 15 milliards, sachant que le budget de l’armée sera augmenté que de 1,7 milliard d’ici 2022), ni réelle durée (on parle un coup de 1 mois, un coup 3, un coup 6), ni lieu. »

Rachel, elle, ne voit qu’une chose : « C’est totalement débile et démagogique. Ça va coûter une fortune, ça va servir à que dalle. » Elle a une suggestion pour le gouvernement : « Pourquoi ne pas financer une aide généralisée aux étudiants plutôt que d’utiliser autant d’argent public pour rien ? »

« Totalement improductif »

Noëmie a effectué un service volontaire européen cette année et n’aurait rien contre un service civique en France si la mission l’intéresse. Elle précise immédiatement : « L’intérêt de ces missions est d’accueillir dans son association ou sa collectivité des jeunes motivés, volontaires. » Le caractère obligatoire de la mesure souhaitée par Emmanuel Macron lui sort par les yeux : « Tout le monde ne peut pas se permettre de se dédier pendant quelques mois à une association, que ce soit à cause de sa situation financière ou à cause de son éducation. Malheureusement les moins ou pas du tout diplômés se retrouveront à accepter toutes ces offres qui sont en fait des postes cachés. Ce sont des missions que je vois défiler sans cesse sur le portail du service civique. Certes, elles peuvent être bénéfiques quand on aimerait bosser dans le social, avec les enfants et les personnes âgées, mais c’est surtout un moyen d’exploiter des jeunes pour un salaire de misère. »

Une obligation qui défrise tout autant Benyamin : « Le service universel qu’il soit civique ou militaire est et doit se faire dans une logique de volontariat, pas dans une logique d’obligation. C’est totalement improductif ! » Il affirme crûment : « Pour moi, c’est une vaste connerie. »

Comme quoi, pour convaincre le public cible, Emmanuel Macron va quand même devoir se retrousser les manches.

 

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#MoiJeune a été lancé en mars 2016, en partenariat avec OpinionWay, pour faire le portrait des jeunes générations françaises. Aujourd'hui près de 4.000 personnes ont rejoint cette communauté que 20 Minutes interroge régulièrement, via smartphone, sur des sujets aussi variés que la fin du Graal du CDI, l’égalité entre les sexes, la vie privée en ligne, l’engagement politique et écolo, le couple, l’intelligence artificielle, le Brexit et l'Europe.