Marlène Schiappa avec la présidente de l'association, la Maison de Simone.
Marlène Schiappa avec la présidente de l'association, la Maison de Simone. — Ugo Amez / SIPA

VIOLENCES CONJUGALES

Violences conjugales: «Les témoins qui voient ces traces de coups doivent agir», lance Marlène Schiappa

Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, était en visite à Bordeaux dans une association qui accueille des femmes victimes de violences conjugales...

  • Certaines victimes de violences conjugales et les bénévoles réclament plus de moyens et de meilleures structures.
  • Marlène Schiappa affirme pour sa part que « le budget alloué aux droits des femmes est à un record historique en 2018 avec 30 millions d’euros ».

« Pendant un an, j’ai été obligée de continuer à vivre avec le père de ma fille car il n’y avait pas de places pour m'accueillir. J’étais coincée. C’était très dur car à n’importe quel moment, il pouvait recommencer [à me frapper]. Il fallait faire profil bas. » Le témoignage d’Isabelle est glaçant. Mais la jeune femme refuse de « pleurer devant sa petite fille » au moment d’évoquer les violences conjugales subies pendant des années.

Les foyers d’urgence, ce n’est pas la solution

Ce lundi, elle revenait à la Maison de Simone à Pessac dans la banlieue bordelaise à l’occasion de la visite de la secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Isabelle a fréquenté cette structure, qui accueille des femmes en détresse dans des appartements individuels, pendant sept mois en 2014. Une structure « VIP » comme le dit Houda, sa grande copine et colocatrice de l’époque.

La structure, la Maison de Simone, accueille entre 10 et 14 familles par an.
La structure, la Maison de Simone, accueille entre 10 et 14 familles par an. - Clément Carpentier - 20 Minutes

En effet, la Maison de Simone se compose de trois espaces de vie avec des chambres pouvant héberger femmes et enfants, d’une cuisine, d’une salle de vie ou encore de bureaux. « Dans les foyers d’urgence, vous êtes une [femme]parmi tant d’autres. Ici, j’étais Houda. J’étais dans un cocon. J’avais aussi cette sensation d’être protégée », explique celle qui va devenir infirmière libérale avant qu’Isabelle enchaîne : « Mettre [les femmes] dans un dortoir, ce n’est pas la solution. Plus on est nombreuses, plus c’est difficile de trouver la tranquillité. Il n’y a pas assez de structures. »

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Une structure avec éducateurs, psychologues et bénévoles

La plupart du temps, les femmes victimes de violences conjugales sont dirigées vers l'Adafed (Association de l'accueil des femmes en difficulté) à Cenon, dans la précipitation. Ce qui fait dire à Céline Lafue, vice-présidente de l’association la Maison de Simone qu’il « manque encore des places en Gironde comme dans toute la France. Parfois, dans des situations d’urgence on trouve des hôtels mais ce n’est pas évident. C’est vraiment la galère. » Et forcément pour Isabelle, cela a des conséquences : « Il y a beaucoup de femmes qui n’osent pas partir car elles ont peur de ne pas trouver de logement, de travail, d’aide… »

Houda, elle, est partie dès la première main levée sur elle car « c’était une fois de trop. Il ne l’a pas fait deux fois. » mais raconte « sa peur de partir ». Heureusement à l’époque, elle a donc pu s’appuyer sur la structure pessacaise où il y a tous les jours une éducatrice mais aussi une psychologue (10 h par semaine). « Ces femmes peuvent aussi joindre 24h/24 un ou une bénévole en cas de problèmes », souligne Cécile Lafut.

« Le budget alloué aux droits des femmes est à un record historique »

En tout, l’association accueille entre 10 et 14 familles par an. Un tout petit chiffre par rapport aux nombres de femmes victimes de violences. Mais Marlène Schiappa, qui a longuement échangé avec Houda et Isabelle, insiste sur le fait que « le budget alloué aux droits des femmes est à un record historique en 2018 avec 30 millions d’euros ! »

Une secrétaire d’État qui appelle surtout les gens à changer certains comportements : « Les témoins de ces violences ont un vrai rôle à jouer. Le voisin, l’ami, le collègue de travail… ceux qui voient ces traces de coups ou entendent le désespoir de ces femmes doivent agir ! » Car comme le rappelle Houda : « Moi, j’ai été très bien entourée ici à l’époque mais ce n’est pas le cas de tout le monde. »