Corrida : Faut-il interdire l'accès des arènes aux enfants ? Opposants et aficionados répondent

TAUROMACHIE « 20 Minutes » a interrogé des anti-corrida et des passionnés de tauromachie sur ce débat dont des députés se sont emparés…

Nicolas Bonzom

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Un taureau lors d'une corrida à Pampelune (Espagne).
Un taureau lors d'une corrida à Pampelune (Espagne). — Daniel Ochoa de Olza/AP/SIPA
  • A l’Assemblée nationale, un groupe a été créé et une question a été posée.
  • Les anti-corrida l’assurent : la tauromachie est traumatisante pour les enfants.
  • Pour les aficionados, tout cela n’est qu’une « belle hypocrisie ».

Faut-il interdire l’accès aux corridas​ aux plus jeunes ? A l’Assemblée nationale, on s’est emparé du sujet. Au mois de janvier, un groupe de réflexion présidé par Loïc Dombreval, député LREM des Alpes-Maritimes, l’a glissé dans ses priorités, et le 1er février, Michel Larive, député La France insoumise de l’Ariège, a tenté d’attirer en séance l’attention de la garde des Sceaux sur de potentiels effets traumatiques de la tradition sur les mineurs.

20 Minutes a pris le pouls du débat auprès d’aficionados et de militants anti-corrida.

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« Des traces indélébiles »

Pour Joëlle Verdier, militante de Droits des animaux Sud, cela ne fait aucun doute : la corrida « traumatise les enfants et leur laisse des traces indélébiles ». « Certains enfants, une fois adolescents ou adultes, seront plus portés à la violence et à l’absence d’empathie envers les animaux et les humains, d’autres auront la réaction inverse. Nous avons parmi nous de nombreux jeunes gens, qui ont été obligés par leurs parents à assister aux corridas, et qui sont devenus de grands militants contre la corrida. »

« Certains, devenus adultes, en gardent encore les séquelles dans leur mémoire, note Thierry Hély, président de la Fédération des luttes pour l’abolition des corridas (Flac). Ce n’est pas naturel, enfant, d’assister à la mise à mort gratuite d’un animal, torturé à l’arme blanche. Le plus troublant et le plus incompréhensible, pour lui, c’est de voir ses parents applaudir et se réjouir de son martyre. Alors qu’au sein de sa famille on lui inculque l’amour et le respect de son animal familier. Tous ses repères s’en trouvent perturbés. »

« Un traumatisme psychique »

Une thèse que partage Jean-Paul Richier, psychiatre engagé dans la bataille anti-corrida. « La réaction normale d’un enfant, à la vue d’un animal saignant sous les coups d’un homme, est une réaction de rejet, de gêne et de peur », indique le médecin, praticien hospitalier, coordinateur du collectif Protec, qui regroupe une centaine de psychiatres et psychologues opposés à la présence d’enfants dans les arènes.

« Les blessures successives, les effusions de sang, l’affaiblissement, puis la mort souvent laborieuse de l’animal peuvent susciter chez l’enfant une réaction négative, une protestation, un refus de regarder, éventuellement des pleurs, reprend le médecin. Si chez certains enfants cette réaction peut se transformer plus tard en fascination, chez d’autres, elle peut aller jusqu’à un effet de choc. On parlera ici de traumatisme psychique, l’effet d’une expérience qui dépasse les capacités d’encaissement du psychisme. J’ai recueilli des témoignages qui attestent incontestablement de cet effet. »

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« Une belle hypocrisie »

Parmi les prises de guerre des militants anti-corrida, Marina Ruiz-Picasso, petite-fille du célèbre peintre, fondateur du cubisme, passionné de tauromachie, qui venait aux arènes en famille. En 2014, la descendante de l’artiste a rejoint le comité d’honneur de la Flac, persuadée que « les effets cruels [de la corrida] sont ressentis par les enfants ».

Chez les aficionados, tout cela n’est que poudre aux yeux. Le Nîmois Fabrice Torrito, qui élève des taureaux de combat près de Séville, y voit même « une belle hypocrisie ». « J’ai assisté très jeune aux corridas, et je ne me sens absolument pas traumatisé, ni me suis transformé en un monstre barbare assoiffé de sang », confie le mayoral de l’élevage du marquis d’Albaserrada, en Andalousie. « Bien au contraire, reprend-il. L’art de la tauromachie m’a apporté des valeurs de courage, de respect de l’animal sauvage, de respect des règles, des codes, du dépassement de l’homme pour maîtriser la nature. »

« On n’a jamais vu un torero devenir serial killer »

Pour Fabrice Torrito, la corrida serait en ce sens une « vraie école de la vie » pour les plus jeunes. « Ne faisons pas de nos enfants, des enfants de Walt Disney, des Bisounours, confie-t-il. Laissons aux parents la liberté d’élever leur progéniture comme ils l’entendent. Arrêtons de décider pour les autres ce qui est bien et ce qui est mal. Tout est une question de transmission, d’environnement, de préparation de l’enfant. Si depuis son tendre âge, on lui explique la corrida, ses tenants, ses aboutissants, il n’y aura pas de problème, il assimilera et décidera de lui-même plus tard s’il veut y adhérer ou pas. Mais lui interdire l’accès à cette culture merveilleuse est le couper de la réalité. »

Christian Lesur, ex-matador et professeur au Centre français de tauromachie, à Nîmes, se passionne pour les taureaux depuis l’âge de 16 ou 17 ans. « En trente-cinq ans d’enseignement, je n’ai jamais constaté de réaction d’aversion des jeunes élèves en approfondissant la connaissance du combat. L’apprentissage de la tauromachie, grâce à la rigueur, l’ascèse, et la discipline personnelle qu’elle exige, grandit l’adolescent, même si, comme dans tout métier artistique, il ne perce pas toujours », témoigne le Gardois, qui évoque le cas d’un enfant autiste, réalisant de « magnifiques progrès » dans l’arène.

Pour Christian Lesur, la tauromachie n’est en aucun cas génératrice de « violences externes ». « On n’a jamais vu un torero devenir serial killer », assène-t-il. Pour les aficionados, les obstinés de l’interdiction de l’accès aux corridas aux mineurs devraient, témoignent-ils, davantage se pencher sur l’impact des jeux vidéo violents ou des images, parfois insoutenables, diffusées à la télévision, sur Internet ou sur les réseaux sociaux.