Pourquoi en France la chasse à courre a encore de beaux jours devant elle

CHASSE Un texte de loi a été déposé à l’Assemblée nationale, fin janvier, à l’initiative d’un député de la France insoumise. Mais cela n’ira pas plus loin, malgré les multiples pétitions contre cette « pratique d’une autre époque »…

Mikaël Libert

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Depuis 2005, il y a eu 7 propositions de loi relatives à l'interdiction de la chasse à courre (illustration).
Depuis 2005, il y a eu 7 propositions de loi relatives à l'interdiction de la chasse à courre (illustration). — P.Schillo / AFP Photo

C’est un sujet brûlant. Le 31 janvier dernier, une proposition de loi « relative à l’interdiction de la chasse à courre » a été enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale. Le texte, rédigé par le député La France insoumise (LFI) Bastien Lachaud, a été co-signé par 18 autres parlementaires, dont plusieurs issus de la majorité. Néanmoins, cette proposition de loi n’a aucune chance d’être adoptée en France alors que de nombreux pays d’Europe, comme l’Allemagne, la Belgique ou l’Angleterre, ont déjà franchi le pas. Explications.

L’obstacle institutionnel

Si chaque député peut déposer une proposition de loi, c’est le gouvernement et la majorité qui restent maîtres de l’agenda de l’Assemblée. « Le véritable enjeu, c’est l’inscription du texte à l’ordre du jour, explique à 20 Minutes une source à l’Assemblée. Sans cela, il n’y aura même pas de débat. »

Pour accéder à l’agenda, les groupes politiques disposent de niches, journées au cours desquelles ils proposent leurs textes. Les niches des groupes minoritaires sont très espacées. « La nôtre est passée et la prochaine est dans un an », reconnaît l’attaché parlementaire d’un député FLI. Celle du groupe communique arrive en mars mais est déjà pleine. « J’ai signé ce texte en mon nom propre et non au nom de mon groupe », assure Eric Straumann, député (LR) du Haut-Rhin. Le son de cloche est le même pour les parlementaires du Modem et de LREM qui ont co-signé, à titre individuel, le texte contre la chasse à courre. Exit donc cette solution.

Volonté politique

Début novembre, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, affirmait à 20 Minutes qu’il « souhaitait un débat de société sur la chasse à courre ». Depuis, de nombreuses pétitions circulent sur internet pour en demander l’abolition. Cinq d’entre elles cumulent près de 500.000 signatures. En décembre 2017, 21 organisations de défense des animaux ont appelé à l’interdiction de la vénerie et un sondage IFOP pour la Fondation Bardot montre que 84 % des personnes interrogées sont favorables à l’interdiction.

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« Vu l’écho médiatique de notre proposition et vu les pétitions citoyennes qui existent, Nicolas Hulot est au courant qu’il y a un débat dans ce pays sur la chasse à courre, assure Bastien Lachaud. Il doit prendre ses responsabilités. Mais a-t-il la volonté de s’opposer à Emmanuel Macron qui, lui, s’est prononcé pour la chasse à courre ? », s’interroge le député LFI. Sollicité sur cette question par 20 Minutes, Nicolas Hulot a d’ailleurs refusé de s’exprimer à nouveau.

Un autre texte

Reste l’hypothèse d’une proposition de loi émanant directement de la majorité : « C’est une question très politique. Si le gouvernement ou la majorité étaient favorables à l’interdiction de la chasse à courre, ils auraient présenté leur propre texte », poursuit la source à l’Assemblée.

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D’ailleurs, pour confirmer les bonnes dispositions du chef de l’Etat envers la chasse, le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, était reçu, jeudi matin, par Emmanuel Macron. La FNC a publié un communiqué, jeudi en fin d’après-midi, affirmant que « le Président de la République a clairement réaffirmé son soutien aux chasses traditionnelles et à l’ensemble des modes de chasse dont la vénerie fait partie ».