De la viande de porc cancéreux peut-elle arriver dans vos assiettes?

FAKE OFF Un article assurant que de la viande cancéreuse est vendue par les bouchers circule sur les réseaux sociaux...

Lucie Bras

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Viande sur une planche de boucher (image d'illustration).
Viande sur une planche de boucher (image d'illustration). — Xavier Francolon/SIPA
  • Un article sur de la viande de porc atteint de cancer circule sur les réseaux sociaux depuis novembre 2017.
  • Cet article ne s'appuie sur aucune source fiable pour développer cette information.
  • Les contrôles sanitaires stricts réalisés sur la viande en Europe empêchent ce genre de situation de se produire, affirme le directeur de l'Inapor.

Une image montrant de la viande de porc « malade » du cancer circule sur les réseaux sociaux. Cette photo réapparaît depuis décembre 2017 en France, accompagnée d’un texte sur les dangers de cette viande, qui serait nocive. Cette fake news a déjà été partagée des milliers de fois sur Facebook.

« Un boucher confirme : "Quand nous voyons le cancer dans le porc, nous le coupons juste et vendons la viande aux clients." » Avec cette phrase, toujours la même photo, peu ragoûtante : de la viande de porc décomposée, accompagné de quelques paragraphes insistant sur le risque de cancer qu’elle peut provoquer chez l’homme.

Ce morceau de viande n'est pas contaminé par un cancer, contrairement à ce qu'affirme l'article.
Ce morceau de viande n'est pas contaminé par un cancer, contrairement à ce qu'affirme l'article. - Capture d'écran

FAKE OFF
Cette « révélation » s’appuie sur le témoignage d’un boucher, dont on ne connaît ni le nom, ni la nationalité. L’article a été publié sur différents sites en France qui l’ont recopié mot pour mot. Ces sites, comme jesuisfrançais ou astucesnaturelles.net sont régulièrement épinglés pour diffuser de fausses nouvelles.

« Ce n’est pas un cancer »

Ils ne sont pas les seuls, puisque cette rumeur circule depuis le mois de novembre 2017, dans plusieurs langues : allemand, anglais, roumain et français. Et l’article émane de sites aux noms évocateurs comme « conspiration news » ou « the unknown but hidden ».

Cet article a été repris en allemand
Cet article a été repris en allemand - Capture d'écran Google

Cet article a été partagé plus de 4.000 fois sur Facebook. Nous l’avons soumis à Didier Delzescaux, directeur de l’Inaporc, qui rassemble les professionnels de la filière porcine. Pour lui, impossible que cette photo représente de la viande de porc commercialisée en Europe. « Déjà, ce n’est pas un cancer », explique-t-il après avoir pris connaissance de la photo. « C’est un abcès. Des tumeurs cancéreuses, ça ne ressemble pas à ça », explique-t-il.

En Europe, les filières viande doivent respecter un strict contrôle de leurs produits. « Les contrôles sont un goulot d’étranglement en Europe, où le système d’inspection vétérinaire est omniprésent », explique-t-il. Une information confirmée par le Ministère de l’agriculture : « Tout est contrôlé par des agents de l’État. » En tout, 14.000 vétérinaires assermentés par l’État ont réalisé 30.000 contrôles en élevage et 60.000 contrôles dans les établissements de la chaîne alimentaire, d’après le rapport 2016 de la Direction générale de l’alimentation (DGAL). La viande de boucherie et celle des plats transformés (conserves ou plats cuisinés par exemple) passent par le même traitement.

« Chaque carcasse est vérifiée et estampillée, une par une. Si elle n’est pas estampillée, elle n’est pas mise sur le marché », précise le ministère. En cas de constatation d’un problème sur un porc, ce qui peut arriver dans les élevages, explique le Ministère, la carcasse est envoyée à l’équarrissage, là où finissent les animaux impropres à la consommation. Et si un porc contaminé passe tous ces filtres, un rappel du produit sera demandé, précise Didier Delzescaux. En 2016, les services vétérinaires, qui dépendent d’une Direction départementale de protection des populations, ont visité 263 abattoirs : au total, ils ont donné 104 avertissements et retiré 2 agréments sanitaires.

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20 Minutes est partenaire de Facebook pour lutter contre les fake news. Grâce à ce dispositif, les utilisateurs du réseau social peuvent signaler une information qui leur paraît fausse.