Pourquoi des ministres s'expriment-ils sur des affaires judiciaires?

COMMUNICATION Marlène Schiappa et Nicole Belloubet se sont exprimées sur des affaires judiciaires en cours, suscitant une vague d’indignations….

20 Minutes avec agences

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Marlène Schiappa, photographiée dans son bureau le 18 janvier 2018.
Marlène Schiappa, photographiée dans son bureau le 18 janvier 2018. — SIPA
  • Marlène Schiappa et Nicole Belloubet se sont exprimées sur des affaires judiciaires.
  • Il s’agit soit d’un manque d’expérience, soit d’une stratégie pour défendre un autre ministre ou une personnalité.

Elle avait trouvé ses propos « scandaleux ». Le 31 janvier dernier, la secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes avait réagi aux propos tenus par l’avocat de Jonathann Daval, mis en examen pour le meurtre de son épouse, Alexia. Marlène Schiappa avait dénoncé la défense de Me Schwerdorffer qui avait mis en avant la « personnalité écrasante » de la victime. « Ces propos ne sont pas adaptés », avait-elle déclaré sur RTL. Une sortie qui a été perçue par de nombreux avocats « comme une immixtion dans une affaire en cours », avait expliqué à L’Express Christian Saint-Palais, président de l’association des avocats pénalistes.

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Ce dimanche, Marlène Schiappa s’est aussi exprimée dans une tribune publiée dans le JDD. Cette fois, la secrétaire d’État donne son avis sur une enquête publiée par Ebdo. Le magazine a révélé cette semaine que Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire, avait fait l’objet en 2008 d’une plainte pour viol, qui avait été classé sans suite par le parquet de Saint-Malo, les faits étant prescrits. Si elle ne commente pas directement cette affaire, elle estime que cet article est «irresponsable».

« Gaffes »

« En principe, un ministre ne doit pas commenter une affaire judiciaire en cours. Mais ça s’est toujours fait », remarque Isabelle Veyrat-Masson, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la communication médiatique. Selon elle, la justice « s’est servie des médias » dans les années 80 afin de se « libérer du pouvoir politique ». « À partir de ce moment-là, plus personne ne respectait le secret des procédures judiciaires. Or, ça a ouvert la porte aux commentaires, aux critiques. » Mais, note-t-elle, « on n’a jamais vu un juge attaquer ou critiquer un ministre parce qu’il était intervenu » sur une affaire.

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« Ce qu’il y a de nouveau, c’est le fait que les politiques d’En Marche ! manquent un peu d’expérience », ce qui peut le conduire à faire des « gaffes », explique-t-elle. Lorsque la secrétaire d’État intervient sur la situation des femmes, « ses prises de paroles sont bien acceptées par la société et sont appréciées par l’Elysée », ajoute Isabelle Veyrat-Masson. Mais sur RTL, elle « ne s’est pas aperçue » qu’elle s’exprimait sur un sujet qui n’était plus dans son périmètre de compétences. Elle avait d’ailleurs été rappelée à l’ordre par le secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement, Christophe Castaner.

Décision « politique »

Mais s’exprimer sur une affaire judiciaire peut aussi constituer une stratégie, décidée en haut lieu. Ainsi, quand un ministre s’exprime pour défendre un de ses collègues du gouvernement, comme l’a fait Marlène Schiappa dans cette tribune publiée dans le JDD, il s’agit d’une décision « politique », assure la directrice de recherche au CNRS. Avant de conclure : « Sur le coup, il est difficile de faire la différence entre une phrase prononcée un peu trop rapidement et une décision politique. »