Le cri du cœur du père de Fiona pour protéger la petite-soeur de la fillette

PROCÈS –Émouvant à la barre, le père de Fiona est venu expliquer, ce vendredi, le risque que représenterait Cécile Bourgeon si elle venait à sortir de prison...

Vincent Vantighem

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Nicolas Chafoulais s'est fait tatouer le prénom de Fiona, disparue depuis 2013, sur le cou.
Nicolas Chafoulais s'est fait tatouer le prénom de Fiona, disparue depuis 2013, sur le cou. — Thierry Zoccolan / AFP
  • Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf sont jugés en appel.
  • Ils comparaissent pour les coups ayant entraîné la mort de Fiona, en 2013.
  • Ils encourent une peine de trente ans de réclusion criminelle.
  • Le verdict devrait être rendu dimanche.

A la cour d’assises de la Haute-Loire, au Puy-en-Velay,

Il a écrasé sa cigarette nerveusement avant de gravir, quatre à quatre, la volée d’escaliers du palais de justice du Puy-en-Velay. Comme s’il voulait se dépêcher d’en finir après deux semaines d’audiences éprouvantes. Mais une fois parvenu à la barre de la cour d’assises, Nicolas Chafoulais n’a pu s’empêcher, ce vendredi matin, de parler finalement pendant plus de deux heures. Trop de choses à dire pour Fiona, sa fille morte en 2013 et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

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Évidemment, il a demandé à Cécile Bourgeon, la mère de la fillette, ce qu’il s’était passé le 12 mai 2013. Où elle l’avait enterrée. Mais presque d’une voix lasse. Avec moins de haine que lors du premier procès, à Riom (Puy-de-Dôme) en 2016. Sans doute parce que Nicolas Chafoulais a perdu espoir que son ancienne compagne dise un jour la vérité.

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« T’es pas prête de la revoir ! Je te le garantis ! »

En réalité, Nicolas Chafoulais est surtout venu parler de Léa*, la petite-sœur de Fiona. Elle avait deux ans au moment des faits. Elle en a sept aujourd’hui. « Elle demande tous les jours où est sa sœur ? Elle demande que tu dises ce que tu lui as fait ! », lance-t-il à Cécile Bourgeon en se retournant dans le box.

Emmitouflée dans son manteau, le visage mangé par une épaisse frange blonde, celle-ci se planque littéralement. Refuse de répondre. Refuse même de voir son ancien compagnon qui peine à contenir ses larmes. Des larmes de tristesse, bien sûr. Mais aussi de peur.

Car la grande crainte de Nicolas Chafoulais est de voir son ancienne compagne sortir de prison. Acquittée des faits criminels et condamnée à 5 ans de prison pour des seuls délits en première instance, Cécile Bourgeon pourrait quitter sa cellule dans les prochaines semaines si ce verdict venait à être confirmé, dimanche, en appel. « Alors quand j’entends qu’elle veut revoir [Léa] en sortant ! T’es pas prête de la revoir ! Je te le garantis ! Tu peux te planquer, cela n’arrivera pas ! »

« Allez [Léa], ouais, ouais, ouais… MDR !]

La crainte est légitime. Cécile Bourgeon a toujours expliqué qu’elle voulait revoir ses enfants, une fois sortie. Et Nicolas Chafoulais en veut pour preuve le courrier qu’elle a envoyé à Léa en juin 2017. Dans le rebord de l’enveloppe, il a découvert un message de cinq lignes qui lui était adressé. « Toujours là jusqu’à la fin de ma vie pour ma fille. Toujours debout la tête haute. Personne ne peut m’atteindre. Car l’amour de mes enfants sera toujours plus fort. Allez [Léa], ouais ouais ouais MDR. »

Nicolas Chafoulais n’a pas envie de rire face à ce qu’il qualifie de « menace ». Avec ses mots simples, il raconte comment il parle de Fiona à sa petite-sœur. Comment il « galère » aussi quand la petite-fille lui demande pourquoi elle n’a pas de tombe où déposer des fleurs comme son arrière grand-mère…

Car il en est sûr et certain : « il n’y a aucun doute que Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ont porté des coups [à Fiona] ». Et concernant Cécile Bourgeon, il trouve que les cinq années de prison auxquelles elle a été condamnée, en 2016, « ce n’est pas cher payé »…

Toujours planquée au fond de son box, celle-ci ne réagit pas plus à cette évocation. Mais elle ne peut ignorer qu’elle encourt une peine de trente années de réclusion criminelle. Et qu’elle sera fixée sur son sort dimanche.

* Le prénom a été changé

Suivez en direct le procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem