La police de sécurité du quotidien est-elle vraiment une «révolution»?

SECURITE Si les syndicats accueillent favorablement les mesures annoncées pour la police de proximité, ils sont sceptiques quant à la capacité du gouvernement à les mettre en œuvre…

Thibaut Chevillard

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Lancement de la police de sécurité du quotidien par Gerard Collomb, Ministre de l'Interieur, le jeudi 8 fevrier 2018, a l'Ecole Militaire, Paris,
Lancement de la police de sécurité du quotidien par Gerard Collomb, Ministre de l'Interieur, le jeudi 8 fevrier 2018, a l'Ecole Militaire, Paris, — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Le ministre de l’Intérieur a détaillé jeudi les contours de la police de proximité.
  • Gérard Collomb essaie de remotiver policiers et gendarmes en multipliant les promesses.

Gérard Collomb en est sûr. La police de sécurité du quotidien, dont il a présenté ce jeudi durant deux heures les contours, constitue une véritable « révolution ». Pour les policiers et les gendarmes, à qui le ministre de l’Intérieur a multiplié les promesses en termes d’effectifs, de matériels, de missions ou de management. Mais aussi pour les citoyens qui seront désormais plus proches de forces de l’ordre, et débarrassés de la délinquance qui leur pourrissent la vie dans certains quartiers.

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« Les annonces sont très axées sur les moyens donnés aux forces de se sécurité. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais la partie concernant le partenariat, la sécurité de proximité, la relation police/population a été un peu réduite à peau de chagrin, même si certaines propositions sont intéressantes », remarque Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip. Selon lui, Gérard Collomb s’est d’abord adressé à ses troupes afin de les remotiver. « C’est dans la logique des choses au regard de l’actualité récente », explique-t-il.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2018, deux policiers avaient été grièvement blessés par plusieurs dizaines d’individus, à Champigny. Une agression qui avait entraîné une vague de manifestations de forces de l’ordre, déjà très mobilisées depuis l’attaque de deux voitures de police, en octobre 2016, à Viry-Châtillon (Essonne). Le ministre a indiqué souhaiter des « sanctions effectives pour les auteurs d’agressions contre les forces de l’ordre ».

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« À chaque fois que des policiers se font agresser, on entend la même chanson : il faut être ferme avec les auteurs des faits. Mais qu’est-ce qui est mis en place pour appliquer cette fermeté ? » demande Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance qui plaide pour la mise en place de peines plancher. Une mesure qui n’a pas été retenue. De toute façon, le ministre de l’Intérieur, dit-il, « ne pourra pas agir seul sur le sujet. Il concerne aussi les magistrats et donc la ministre de la Justice ».

« La révolution ne peut pas se faire toute seule »

Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa police, est lui aussi un peu méfiant. « On a déjà vu dans le passé que des annonces faites par l’Intérieur n’avaient pas été prises en considération par le ministère de la Justice », déplore-t-il. Pour ce policier, il manque notamment une dimension « interministérielle » aux annonces faites ce jeudi par Gérard Collomb. L’hôte de la place Beauvau a par exemple annoncé la fin des tâches indues, réclamé depuis longtemps par les syndicats de policiers.

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Mais Frédéric Lagache, là aussi, n’est pas persuadé que la garde des Sceaux suive son collègue de l’Intérieur. Il redoute que les policiers continuent à effectuer les extractions judiciaires, censées revenir à l’administration pénitentiaire. Il attend aussi des garanties de la part de Nicole Belloubet concernant la simplification de la procédure pénale, évoquée par le Gérard Collomb.

Une mesure également attendue par Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative qui estime nécessaire « d’aller jusqu’au bout de la démarche engagée, insatisfaisante aujourd’hui ». Mais, souligne aussi Philippe Capon, « la révolution ne peut pas se faire toute seule. Elle ne peut être qu’interministérielle ».

La fin de la politique du chiffre ?

Autre promesse de Gérard Collomb : la fin de la politique du chiffre. « S’ils arrivent à changer tout ce qui touche aux indicateurs de performance et à passer à une culture de service, alors on pourra parler de révolution. Pour le moment, on est dans l’expectative », estime Mathieu Zagrodzki.

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De manière générale, les représentants syndicaux des policiers sont « sceptiques » quant à la capacité du ministre de l’Intérieur de mettre en place toutes les mesures annoncées. « Il y a un tel empilement de mesures qu’il faudra que ca puisse se concrétiser. On suivra ça de près », souffle Philippe Capon. « Nous n’avons eu qu’une tentative de coup de com', basé uniquement sur des annonces et rien de concret », dénonce pour sa part Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat Vigi.

« Il y a peut-être un risque qu’à démultiplier les mesures, ça parte dans tous les sens et qu’on ne puisse pas tout faire, même si certaines sont déjà engagées ou en réflexion », confie Mathieu Zagrodzki.

Mais, souligne le chercheur, les mesures annoncées s’inscrivent « dans une philosophie générale commune ». « On ne peut pas réfléchir à la relation police/population sans réfléchir à l’accueil dans les commissariats. Et on ne peut pas réfléchir à l’accueil dans les commissariats sans réfléchir à la qualité des locaux. C’est donc assez logique qu’il y ait beaucoup de choses car tout se rejoint. » Policiers et citoyens attendent de voir s’ils assisteront à une révolution. Ou à une simple évolution.