Marseille: Menace d’expulsion de l'imam El Hadi Doudi, une décision politique plus que sécuritaire?

ISLAM L’imam El Hadi Doudi de la mosquée du IIIe arrondissement de Marseille risque une expulsion. L'audience initialement prévue le 8 février a été renvoyée au 8 mars…

Adrien Max

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La mosquée As Sounna, dans le IIIe arrondissement de Marseille.
La mosquée As Sounna, dans le IIIe arrondissement de Marseille. — Boris Horvat / AFP
  • L’imam algérien El Hadi Doudi d’une mosquée du IIIe arrondissement de Marseille risque l’expulsion, le ministère de l’Intérieur doit prendre un arrêté.
  • Beaucoup s’étonnent des arguments avancés par les autorités, qui considèrent que l’imam prône un islam radical.
  • Il pourrait s’agir d’une décision politique, pour envoyer un message à la population.

Après la fermeture de la mosquée As Sunna, située dans le IIIe arrondissement de Marseille, pour une durée de six mois, son imam algérien, El Hadi Doudi, est menacé d’expulsion. Convoqué initialement le 8 février devant une commission d’expulsion, au TGI de Marseille, où il doit comparaître devant trois juges, l’audience a finalement été reportée au 8 mars. Un avis consultatif sera rendu, puis ce sera au ministère de l'intérieur de prendre un arrêté.

Le conseil d’État motivait la décision de fermer cette mosquée par le fait qu’elle « a diffusé, à travers les prêches de son imam, dont certains sont publiés sur son site internet, des appels à la haine et à la violence contre les Chrétiens, les Juifs, les chiites et les personnes adultères, en des termes particulièrement explicites ». Il ajoute que « la mosquée prône un islamisme radical dont l’influence s’étend à l’ensemble de la vie locale, en particulier aux plus jeunes ».

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Un imam très surveillé

Une décision qui étonne un spécialiste de l’islam en France, anciennement au ministère de l’Intérieur.

Il est là depuis 1984, tout le monde connaît son appartenance au salafisme quiétiste et son rôle important dans ce courant. Il a toujours été très suivi, notamment par les services algériens qui nous ont toujours dit qu’il n’y avait pas de problème », explique-t-il.

Nabil Boudi, l’avocat d’El Hadi Doudi, conteste les notes fournies par la préfecture de police au Conseil d’État. « Ils ont trouvé des soi-disant prêches sur un site internet qui n’a aucun lien avec la mosquée. On ne sait pas quand ni où ils ont été prononcés. Tous les fidèles affirment ne jamais avoir entendu d’appel à la radicalisation », avance-t-il.

Les faits reprochés à l’imam étonnent aussi Samir Amghar, spécialiste de l’islamisme et du salafisme. « Même s’il pensait que la vérité est la violence islamique il ne le dirait pas publiquement, ce serait trop maladroit, trop naïf. Cet imam a toujours été très surveillé », considère ce spécialiste. Me Boudi ajoute : « S’il y avait eu le moindre risque, les services de renseignements l’auraient repéré surtout pendant l’État d’urgence. »

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Contexte particulier

Pourtant, Abderrahmane Ghoul, vice-président du conseil du culte musulman en Paca, se montre lui bien plus sévère : « Cette personne savait que ce chemin ne menait à rien, mais c’est trop tard. C’est un discours que nous combattons, il parle avec les sentiments et les gens peuvent interpréter son discours de différentes manières. » Selon lui, les fidèles auraient trouvé dans son discours ce qu’ils cherchent, de la haine, à partir de 2014.

L’ancien membre du ministère de l’Intérieur rappelle néanmoins qu’Abderrahmane Ghoul et El Hadi Doudi sont les pires ennemis depuis les années 2000 : El Hadi Doudi aurait « piqué » beaucoup de fidèles à ce sympathisant des Frères musulmans.

Après les attentats de novembre à Paris, El Hadi Doudi, avait condamné les attentats dans une lettre adressée à François Hollande. Pour Samir Amghar, comme pour Nabil Boudi, ce dossier est avant tout politique.

Nous sommes dans un contexte particulier dans lequel il faut donner des gages à la population. Et dans l’esprit des gens le salafisme mène à la violence, il faut donc arrêter le schéma. Et si on fait marche arrière, c’est un signal de faiblesse », trouve comme explication Samir Amghar.

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Communication politique ?

Me Boudi n’a d’ailleurs pas beaucoup de doute quant à la décision du ministère de l’Intérieur. « Le gouvernement Philippe est en train de faire le ménage mais il se trompe d’ennemi. Il n’y avait eu aucune difficulté avec l’ancien préfet Nunez, et le nouveau, Olivier de Mazières, ordonne la fermeture. On est sur de la communication pour justifier la loi de 2017 au détriment d’un individu. »

Pour l’ancien membre du ministère de l’Intérieur, « le nouveau préfet local et Gérard Collomb ne vont pas s’attaquer aux réseaux djihadistes, mais vont aller un peu en amont dans le salafisme. Avec le risque que ça puisse mener vers la radicalisation. » Une chose est sûre selon ce spécialiste, si l’imam est expulsé, il n’y aurait plus de leader à Marseille.