Procès de Salah Abdeslam: «Son attitude, c’est presque un bras d’honneur à la justice»

JUSTICE Lundi, plusieurs représentants et membres d’associations de victimes des attentats de Paris et Bruxelles ont tenu à assister au premier jour d’audience du procès de Salah Abdeslam et Sofien Ayari…

Hélène Sergent

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Philippe Duperron, président de l'association
Philippe Duperron, président de l'association — YORICK JANSENS / BELGA / AFP
  • Lundi et jeudi, Sofien Ayari et Salah Abdeslam comparaissent pour « tentative d’assassinat dans un contexte terroriste sur plusieurs policiers » et « port d’armes prohibées dans un contexte terroriste ».
  • Au premier jour d’audience, le seul survivant des commandos terroristes du 13 novembre 2015 a refusé de répondre aux questions du tribunal.
  • Il a fait savoir ce mardi qu’il ne souhaitait pas se rendre à Bruxelles jeudi pour les plaidoiries des avocats.

De notre envoyée spéciale à Bruxelles (Belgique),

Tous insistent : « On le sait, ce n’est pas le procès des attentats ». Pourtant, tous les représentants des victimes de Paris, Saint-Denis ou Bruxelles ont tenu à assister au procès qui s’est ouvert lundi à Bruxelles. Jugés pour leur participation présumée à la fusillade survenue le 15 mars 2016 à Forest en Belgique, Salah Abdeslam et Sofien Ayari ont comparu publiquement pour la première fois devant un tribunal.

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Seule l’association belge V-Europe des victimes de l’attaque du métro et de l’aéroport de Bruxelles a souhaité se constituer partie civile à cette audience. Pour les autres, ce premier rendez-vous judiciaire était l’occasion d’évaluer dans quelle mesure Salah Abdeslam allait coopérer avec les magistrats.

Un silence « évident »

« On devait y être », assure calmement le président de l’association 13onze15 Fraternité et Vérité, Philippe Duperron, qui a perdu son fils au Bataclan. Pour Philippe Vansteenkiste, président de l’association belge V-Europe, l’intérêt d’assister à ce procès était majeur : « On voulait comprendre le dossier dans son entièreté. Le procès de la fusillade qui a éclaté rue de Dries, c’est un morceau du puzzle et on voulait accéder à ce dossier, c’est pour ça qu’on a fait la demande de constitution de partie civile ». Un éclairage qu’ont pourtant refusé d’apporter les prévenus, Sofien Ayari renvoyant toutes les questions de la présidente à ses auditions passées et Salah Abdeslam se murant dans le silence.

« J’étais assez persuadé que Salah Abdeslam allait se servir de cette audience comme d’une tribune et se mettre dans une position victimaire », reconnaît le porte-parole de l’association française des victimes du terrorisme (AFVT), Guillaume Denoix de Saint Marc. « C’était une évidence, abonde Philippe Duperron, d’un point de vue stratégique, il n’avait aucun intérêt à parler. Mais ça n’enlève rien à son comportement et à cette attitude irrespectueuse, provocatrice (…) c’est presque un bras d’honneur à la justice ».

Une provocation qui a toutefois renforcé la volonté de mener, jusqu’au bout, un procès équitable, selon Philippe Vansteenkiste : « Il ne veut pas parler, soit. Mais c’est justement l’une des nombreuses différences entre nous et lui. Nous, nous respectons la démocratie et la justice. Laissons maintenant parler son avocat jeudi, nous l’écouterons. C’est la moindre des choses ».

Des inquiétudes pour la suite

« Le fait de pouvoir l’observer dans son premier procès public, c’était une façon de rendre compte de l’état dans lequel il était (…) mais aussi de savoir à quoi on allait pouvoir s’attendre », ajoute Olivier Laplaud, vice-président de Life for Paris. Une audience « test » en quelque sorte pour les milliers de victimes et leurs proches qui attendent la tenue du procès des attentats de Paris et Saint-Denis.

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Si toutes réfutent le sentiment de « frustration » qu’a pu générer le silence de Salah Abdeslam, la question de « l’après » et du comportement à venir du seul survivant des commandos terroristes du 13 novembre préoccupe les associations. « Mon sentiment, c’est qu’on ne peut s’attendre à quoi que ce soit d’autre de sa part. Ou alors s’attendre à pire. Il pourrait très bien justifier ce qu’il a fait, et provoquer les victimes et leurs familles. Ça, c’est aussi une chose à laquelle il va falloir se préparer », prévient Olivier Laplaud.