Bretagne: Pourquoi les agriculteurs font monter la pression

AGRICULTURE Des actions sont menées depuis une dizaine de jours devant des grandes surfaces...

J.G.
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Les agriculteurs veulent protester contre les prix trop bas pratiqués qui ne leur permettent pas de vivre.
Les agriculteurs veulent protester contre les prix trop bas pratiqués qui ne leur permettent pas de vivre. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Les agriculteurs bretons mènent depuis plusieurs jours des actions contre la grande distribution.
  • Ils espèrent ainsi peser dans les négociations commerciales qui sont en cours.
  • Le gouvernement a présenté fin janvier les grandes lignes de son projet de loi sur l’alimentation.

Pendant que les agriculteurs de la région Occitanie protestent contre le redécoupage des zones défavorisées, les éleveurs bretons ciblent quant à eux la grande distribution. Depuis deux semaines, ils mènent des actions devant des supermarchés de la région, déversant des détritus à l’entrée des magasins ou contrôlant l’étiquetage des produits laitiers et de la viande de porc dans les rayons.

Le mouvement semble parti pour durer avec de nouvelles actions prévues ce mercredi à l’appel de la Fédération régionale des syndicats exploitants agricoles (FRSEA) et des Jeunes agriculteurs (JA) de Bretagne.

Pourquoi les agriculteurs visent la grande distribution ?

C’est encore et toujours la question de la répartition de la valeur et des marges entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs qui cristallise les tensions. « Où va le pognon ? » s’interrogent les agriculteurs. Dans un contexte où la guerre des prix fait rage entre les grandes enseignes, les agriculteurs se sentent floués. Ils dénoncent « un festival de promotions scandaleuses », citant en exemple du lait bio à 0,67 euro du litre ou du porc à 1,27 euro le kilo.

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« Cette guerre des prix est dévastatrice et ce sont encore les paysans qui en sont les victimes », s’insurge Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère. Les agriculteurs sont d’autant plus remontés qu’une charte de bonne conduite avec été signée en novembre par les distributeurs dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation pour mettre fin à ces pratiques. « Ils semblent avoir vite oublié. Aujourd’hui, le constat de non-respect des engagements pris est sans appel », critiquent les syndicats agricoles.

Dans quel contexte intervient cette mobilisation ?

Le calendrier n’est pas choisi par hasard par les agriculteurs. Leur mobilisation intervient alors que des négociations commerciales sont en cours jusqu’à la fin du mois entre distributeurs, industriels et producteurs. « On a de très mauvais retours des négociations en cours », indique Florian Salaun, le secrétaire général des JA du Finistère.

Bien décidés à faire pression sur ces négociations, les agriculteurs haussent le ton. « Il faut des hausses partout et non des baisses générales », indiquent-ils. « Et si des hausses sont passées, nous serons très vigilants à ce qu’elles reviennent dans les poches des producteurs et qu’elles ne soient pas captées par des intermédiaires », poursuit Thierry Merret.

Que propose le gouvernement pour sortir de la crise ?

« Chaque agriculteur doit être rémunéré au juste prix payé ». Ainsi s’est exprimé le président Emmanuel Macron le 25 janvier à l’occasion de ses vœux au monde rural. Six jours plus tard, son ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a présenté les grandes lignes de son projet de loi sur l’alimentation. Objectifs affichés : mettre fin à la guerre des prix entre distributeurs et redonner un peu d’air aux agriculteurs.

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Le texte, qui pourrait être voté en septembre, prévoit notamment de limiter les promotions des produits alimentaires à hauteur de 34 % de la valeur totale. Il doit aussi permettre d’inverser la construction du prix payé aux agriculteurs. « C’est aux éleveurs et aux agriculteurs de fixer ce prix en tenant compte de leurs coûts de revient et de la situation des marchés. Pour cela, il faut qu’ils se regroupent afin de peser et de ne plus subir les prix imposés par les centrales d’achat », a indiqué Stéphane Travert dans une interview accordée au Parisien. « Les intentions sont louables. Tous les agriculteurs aspirent à mieux vivre de leur métier. A voir maintenant sur quoi déboucheront ces annonces », réagit Thierry Merret.