VIDÉO. Procès de Salah Abdeslam à Bruxelles: Comment son silence a précipité la fin de son procès

JUSTICE La procureure fédérale a requis contre Salah Abdeslam et Sofien Ayari vingt ans de prison pour leur participation présumée à une fusillade le 15 mars 2016 à Bruxelles...

Hélène Sergent

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Sofien Ayari et Salah Abdeslam sont suspectés d'avoir participé à la fusillade survenue le 15 mars 2016 lors de la perquisition d'un appartement où ils logeaient.
Sofien Ayari et Salah Abdeslam sont suspectés d'avoir participé à la fusillade survenue le 15 mars 2016 lors de la perquisition d'un appartement où ils logeaient. — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Pour sa première comparution publique, ce lundi, Salah Abdeslam a refusé de répondre aux questions du tribunal de première instance de Bruxelles.
  • Sofien Ayari lui, a accepté de s'exprimer sans en dire davantage que lors de ses auditions devant les policiers et la juge d'instruction belge. 
  • Le procès qui devait initialement s'étaler sur quatre journées ne durera finalement que deux jours et devrait se terminer jeudi 8 février.

De notre envoyée spéciale à Bruxelles (Belgique),

Le moment de flottement aura duré quelques secondes. Le temps d’apercevoir sur l’immense écran géant mis à disposition des 400 journalistes accrédités, la silhouette vêtue d’une veste grise, de Salah Abdeslam. Cheveux mi-longs ramassés en arrière, barbe fournie, le seul survivant des commandos terroristes des attentats du 13 novembre a immédiatement brisé l’attente. Assis sur sa chaise face aux trois juges de la 90e chambre du tribunal de première instance de Bruxelles, Salah Abdeslam n’a daigné se lever ou énoncer son identité comme il est coutume de faire au début d’un procès.

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Le prévenu, jugé au côté de Sofien Ayari pour sa participation présumée à une fusillade survenue le 15 mars 2016 lors d’une perquisition, ne parlera pas. Deux ans de silence face aux enquêteurs et aux juges d’instruction belge et français, revendiqués une nouvelle fois face à la présidente Marie-France Keutgen. Un mutisme qui a considérablement écourté le procès, bousculé quelques minutes par une tirade véhémente.

« Mon silence ne fait pas de moi un criminel »

Moins d’une heure d’interrogatoire - 45 minutes pour Sofien Ayari et 15 à peine pour Salah Abdeslam - aura donc suffi à la procureure fédérale belge pour requérir vingt ans de prison avec deux tiers de sûreté à l’encontre des deux prévenus.

Ponctuée de « je ne souhaite pas m’exprimer sur le sujet » ou de « je ne me souviens plus », l’audition de Sofien Ayari n’a pas permis d’éclairer la cour. Certes le jeune Tunisien âgé de 24 ans a reconnu avoir rejoint les rangs de Daesh en Syrie. Mais pourquoi est-il rentré avec le flot de réfugiés cet été 2015 ? Pourquoi Salah Abdeslam est-il venu le récupérer à bord d’une BMW en Allemagne quelques semaines avant les attentats ? Quels liens entretenaient-ils avec les frères el-Bakraoui, logisticiens des attaques de Bruxelles ? Les questions de la présidente sont restées en suspens.

« Trop fatigué » pour se lever, Salah Abdeslam lui, ne « souhaite répondre à aucune question ». La présidente insiste : « Pourquoi avez-vous souhaité être là alors ? ». « On m’a demandé de venir, je suis venu tout simplement. Y’a un procès, je suis l’acteur de ce procès, on m’accuse, je suis ici, mais mon silence ne fait pas de moi un criminel. Y’a des preuves scientifiques et tangibles dans ce dossier, j’aimerais que l’on s’appuie sur cela », rétorque posément le détenu le plus surveillé de France.

Puis son débit s’accélère, sa voix se fait plus cassante : « Je ne souhaite pas qu’on agisse avec ostentation pour faire plaisir aux médias et satisfaire l’opinion publique (…) Ce que je constate, c’est que les musulmans sont jugés et traités de la pire des manières, impitoyablement, y’a pas de présomption d’innocence, y’a rien ! ». Silence de la présidente.

Le prévenu enchaîne, son ton se durcit un peu plus : « Il n’y a point de divinité autre qu’Allah et Mohamed est son prophète. Mon silence ne fait pas de moi un coupable ou un criminel. Jugez-moi ! Faites ce que vous voulez. C’est en mon seigneur que je place ma confiance, je n’ai pas peur de vos alliés ou de vos associés. Je place ma confiance en Allah ».

Vingt ans de prison requis

D’un côté comme de l’autre de la salle, aucune question ne sera adressée aux prévenus. Une instruction « express » qui s’est conclue ce lundi par les réquisitions de la procureure fédérale, Kathleen Grosjean. Reprenant chaque terme de l’infraction reprochée à Salah Abdeslam et Sofien Ayari, la magistrate a tenté de démontrer le caractère intentionnel et « la participation active » des deux jeunes hommes lors de  cette fusillade qui a éclaté le 15 mars 2016 au 60 rue de Dries. « Se sachant recherchés, pourquoi ne sont-ils pas partis tout de suite ? S’ils sont restés, leur intention était bien plus une volonté d’attaquer, de combattre l’ennemi, de tuer les policiers s’ils étaient découverts », a lancé la procureure.

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L’expertise balistique démontrera que deux armes ont été utilisées lors de l’échange de tirs qui a blessé trois policiers. Or, le troisième homme présent dans l’appartement ce jour-là et désigné par Ayari comme l’unique tireur « ne pouvait porter deux armes en même temps, ce sont des armes de guerre, il faut les tenir à deux mains », avance Kathleen Grosjean.

Plus tard, les enquêteurs retrouveront l’ADN de Sofien Ayari sur la gâchette et le chargeur d’une des armes saisies. S’appuyant essentiellement sur le dossier et les déclarations d’autres membres présumés de cette cellule djihadiste, l’accusation a demandé à la cour de condamner Ayari et Abdeslam à 20 ans de prison avec deux tiers de sûreté, soit la peine maximale encourue.

Un procès de deux jours au lieu de quatre

Initialement prévu sur quatre journées complètes, le procès ne durera que deux jours et devrait se terminer jeudi avec les ultimes plaidoiries des parties civiles et de la défense. L’avocat de Salah Abdeslam, Sven Mary a justifié ce changement de planning en expliquant qu’il souhaitait pouvoir s’entretenir avant avec son client.

L’incitera-t-il à parler ce jeudi ? Rien n’est moins sûr. Avant de lever l’audience, la présidente a lancé comme un dernier rappel adressé au prévenu « qu’il pouvait encore s’exprimer, et ce jusqu’à la fin de l’audience ».