50 ans des Jeux olympiques de Grenoble: Un gouffre financier ou un pari réussi?

BILAN Si la ville de Grenoble a remboursé la dette pendant plus de 25 ans, elle a néanmoins évité le naufrage…

Caroline Girardon

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Gouffre financier ou véritable succès? Comment la ville de Grenoble a bénéficié de l'organisation des JO en 1968?
Gouffre financier ou véritable succès? Comment la ville de Grenoble a bénéficié de l'organisation des JO en 1968? — Mourad Allili/ SIPA
  • À l’heure où Grenoble célèbre les 50 ans de ses Jeux olympiques, retour sur le coût de l’événement.
  • La capitale iséroise a dû rembourser ses emprunts pendant plus de 25 ans.
  • Mais elle a bénéficié de l’aide exceptionnelle de l’État et utilise encore bon nombre de ses équipements.

Les Jeux olympiques un budget généralement difficile à maîtriser. Alors que PyeongChang s’apprête à accueillir le monde entier, Grenoble a tiré le bilan des siens depuis longtemps. La capitale des Alpes a vu les projecteurs braquer sur elle le 6 février 1968. Cinquante ans plus tard, l’addition paraît encore salée même si la note aurait pu être bien plus élevée.

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27 ans pour rembourser la dette

« Les JO de Grenoble n’ont pas dérogé à la règle. On a eu un dépassement du coût. Et la ville a été surendettée pendant longtemps », affirme Wladimir Andreff, professeur émérite et grand économiste du sport à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. « Elle a mis 27 ans à rembourser les sommes qu’elle avait empruntées », poursuit Pierre Chaix, membre du Centre de Droit et d’Économie du Sport de Limoges.

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Les Jeux de 1968 ont coûté 1,1 milliard de francs. Et le déficit observé s’est élevé à 80 millions de francs. Les organisateurs avaient tablé sur la vente d’un million de billets. Finalement, il s’en est écoulé deux fois moins. Même bradés la deuxième semaine de l’événement. Quant aux recettes du comité d’organisation
 des Jeux olympiques grenoblois de 1968, elles ont été très pauvres : 36 millions de francs au final.

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230 % d’augmentation d’impôts

Un gouffre financier que les observateurs nuancent malgré tout. « 80 millions de francs, ce n’est presque rien comparé au déficit de plus d’un milliard de dollars, enregistré après les Jeux de Montréal de 1976 », note Wladimir Andreff. À titre de comparaison, celui d’Albertville en 1992 a été de 285 millions
 de francs (43,5 millions d’euros) et Salt Lake City, en 2002, a perdu 168 millions de dollars.

Même si Grenoble ferait presque figure de bon élève en la matière, la ville a néanmoins été obligée de rembourser plus de 200 millions de francs. Pour se faire, Hubert Dubedout, le maire de ville, a augmenté les impôts locaux de 230 % en seulement trois ans. Mais pour les observateurs, la cité grenobloise a « limité la casse » grâce à deux facteurs. Tout d’abord l’intervention de l’Etat.

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Si les Jeux ont coûté cher, Grenoble n’a payé que 20 %. « Le reste a été pris en charge par l’État », explique Wladimir Andreff. « Car c’est la France qui a payé les Jeux de Grenoble ». À l’époque Charles de Gaulle, soucieux de redorer le blason de la France et de jouer à nouveau un rôle sur la scène internationale, comprend tout l’intérêt médiatique d’organiser des JO.

Ensuite, « il y a eu un effet modérateur de la dette due à l’inflation », précise Pierre Chaix. « Les sommes à rembourser sont devenues de fait assez rapidement faibles. Le coût de la vie a augmenté mais pas les mensualités », poursuit-il

Gaspillage énorme ou pari réussi ?

Dans les esprits pourtant, le gaspillage est énorme. L’exemple le plus flagrant : letremplin de Saint-Nizier du Moucherotte, qui a coûté 5,9 millions de francs. « Il n’a pas été entretenu. Aujourd’hui, c’est une sorte de friche dangereuse qui menace de s’écrouler. On a tout simplement pollué un bout de la montagne pour le construire », déplore Wladimir Andreff. L’infrastructure a été utilisée jusqu’en 1989 pour les entraînements et quelques compétitions. Mais avec les changements de normes, la commune n’a pas eu les reins assez solides pour remodeler la piste de réception. Le site a été abandonné puis fermé au public pour des raisons de sécurité.

Un dossier a été déposé à la direction régionale des affaires culturelles (Drac) de l’Isère, pour que le tremplin soit classé patrimoine du XXe siècle, et donc préservé. Histoire de ne pas connaître le même destin que la piste de bosleigh de l'Alpe d'Huez, abandonnée après les Jeux et démolie depuis.

La question de savoir comment se débarrasser de l’anneau de patinage de vitesse s’est également souvent posée. « Refaire le système de réfrigération coûtait très cher. La solution a été de le transformer. Aujourd’hui, il n’a plus la finalité qui lui était destinée puisqu’il a été reconverti en piste de roller et de skate », poursuit Michel Raspaud, sociologue du sport. Quant au Stade des Glaces, qui avait une capacité de 12.000 places, il est devenu le Palais des Sports.

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« La plupart des équipements sont toujours utilisés par les Grenoblois »

En réalité, « la majeure partie des équipements réalisés pour les Jeux s’est fondue dans le paysage », souligne l’urbaniste Dorian Martin. « La plupart des sites n’ont pas été abandonnés. Contrairement à Athènes ou Sotchi, dont les quartiers olympiques sont totalement désertés aujourd'hui, Grenoble avait pensé à organiser des Jeux réversibles ». Et de citer l’exemple du stade, où se sont déroulées les cérémonies d’ouverture et de clôture. « Il a été conçu sur un principe d’installation éphémère et a été démonté juste après l’événement ».

Le quartier Malherbe, qui accueillait le centre de presse, et  le Village Olympique sont devenus depuis des quartiers d’habitations où se concentrent plus de 2.500 logements. « La plupart des équipements et infrastructures réalisés sont toujours utilisés par les Grenoblois », résume poursuit Dorian Martin. « Les Jeux ont été un véritable accélérateur de développement urbain. L’Hôtel de police, les bretelles d’accès de l’autoroute, l’Hôpital Sud existent toujours ».