Limitation à 80km/h: Motards et automobilistes manifestent aujourd'hui contre la «sécurité rentière»

CIRCULATION Des manifestations sont organisées aujourd'hui à travers toute la France à l'appel de la Fédération française de motards en colère et de l'association 40 millions d'automobilistes...

20 Minutes avec AFP

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Un panneau à 80 km/h sur la RN57 à Hyet.

Un panneau à 80 km/h sur la RN57 à Hyet. — SEBASTIEN BOZON / AFP

Les explications données le 9 janvier dernier par le Premier ministre Edouard Philippe pour justifier la limitation de la vitesse sur 400.000 kilomètres de routes secondaires à double sens sans séparateur central n’ont pas suffi. Elles ont hérissé nombre d’usagers de la route, motards en tête, qui ce samedi ont décidé de manifester à travers toute la France.

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Leur objectif ? Empêcher l’entrée en vigueur le 1er juillet de cet abaissement de 90 à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur de routes. « Avec cette mesure, on ne cherche pas à éviter que les accidents surviennent, ce qui relève du comportement des automobilistes et de l’état des infrastructures, mais on essaie de limiter l’impact. C’est un pansement sur une jambe de bois », explique Didier Renoux, porte-parole de la la Fédération française de motards en colère.

« Pas une question de vitesse mais de comportement »

Une FFMC qui, avec l’association 40 millions d’automobilistes, ont lancé l’appel à la manif' et réunissent leurs forces pour la première fois dans une action commune. « Avec des limitations à 90 ou 100 km/h, certains pays font mieux que nous (sur la mortalité routière), ça montre bien que ce n’est pas une question de vitesse mais de comportement », abonde le directeur général de 40 millions d’automobilistes, Pierre Chasseray.

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Selon le gouvernement, qui se base sur une modélisation des chercheurs suédois Nilsson et Elvik, baisser de 10 km/h la limitation de vitesse sur l’essentiel du réseau secondaire permettrait de sauver « 350 à 400 vies » par an. Des chiffres contestés par les opposants.

Une « politique tournée vers plus de répression »

Une expérimentation a été menée entre 2015 et 2017 sur 86 kilomètres de routes. Ses conclusions montrent que la vitesse moyenne et l’accidentologie ont reculé sur ces axes mais les échantillons retenus et la durée de l’expérience sont insuffisants pour avoir une valeur scientifique.

« Le seul résultat concret de l’expérimentation, c’est la multiplication par trois ou quatre des flashes de radars », ironise Didier Renoux, dénonçant une « sécurité rentière » et une « politique tournée vers plus de répression ».

La FFMC a lancé une pétition qui revendique plus de 30.000 signataires. « Cette opposition montre qu’il y a un fort besoin de pédagogie », dédramatise le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe.

« C’est la pression politique qui a fait changer la décision »

La grogne est toutefois remontée jusqu’au Parlement. A la demande d’une cinquantaine de sénateurs, un groupe de travail sur la sécurité routière a été créé à la Chambre haute pour « évaluer l’utilité de cette mesure », explique un de ses membres, le sénateur (LR) de Haute-Saône, Michel Raison.

« Je discute avec mes collègues de tous bords, on n’a jamais vu autant de remontées (d’administrés) allant dans le même sens. Il y a une vraie contestation », souligne-t-il : « Je demande au Premier ministre qu’il ne signe pas le décret (instaurant les 80 km/h) tant qu’on n’a pas rendu nos conclusions », attendues courant avril. Ceci alors que certains élus LREM ont également fait part de leur réserve.

Avec un « front commun » associatif et politique, les opposants espèrent faire plier le gouvernement. « Regardez Notre-Dame-des-Landes », veut croire Pierre Chasseray : « C’est la pression politique qui a fait changer la décision. »