Une salle de classe dans un lycée de Saint-Denis de la Réunion (photo d'illustration).
Une salle de classe dans un lycée de Saint-Denis de la Réunion (photo d'illustration). — RICHARD BOUHET / AFP

ENQUÊTE

«Nous vivions une véritable histoire d’amour»... Arrêté pour une relation avec une élève, un professeur se défend

Arrêté mercredi sur l'île de la Réunion pour avoir entretenu une relation avec une jeune fille de 14 ans qui était son ancienne élève, Philippe Ghanty se défend dans « 20 Minutes » avant son procès…

  • Philippe Ghanty a été arrêté mercredi sur l’île de la Réunion.
  • Professeur, il reconnaît avoir eu une relation avec une adolescente de 14 ans.
  • Celle-ci était son ancienne élève.
  • Il sera jugé à Saint-Denis de la Réunion le 2 avril.

En début de semaine, Céline* et Philippe Ghanty « ont beaucoup pleuré au téléphone ». La jeune fille, âgée de 15 ans aujourd’hui, et son ancien professeur d’anglais savaient bien que leur relation ne pouvait plus durer. Jeudi, cet homme de 34 ans a été arrêté à Saint-Denis (La Réunion) et déféré au parquet pour atteintes sexuelles sur mineure de 15 ans.

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Laissé libre sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès, le 2 avril, et visé par une mesure d’interdiction de revoir son ancienne élève, Philippe Ghanty a tenu à se justifier dans les colonnes de 20 Minutes avant d’avoir à le faire devant la justice. « Pour rétablir quelques éléments de vérité », assure-t-il.

À commencer par l’origine de sa relation avec Céline. « Contrairement à ce que l’on a dit, je ne l’ai pas fréquentée alors que j’étais son enseignant, assure-t-il. Elle m’a fait part de ses sentiments en juillet 2017. J’enseigne au collège. Et elle allait partir au lycée. Je n’étais plus son prof… »

Elle lui apportait des gâteaux tous les jours

Un axe de défense qui n’a pas empêché le rectorat de Saint-Denis de le suspendre de ses fonctions dès le mois d’août 2017. Car Philippe Ghanty le reconnaît lui-même : « Céline est la seule élève que je n’ai pas pu laisser partir après les cours… » Une élève qui, dit-il, « [lui] apportait des gâteaux tous les jours », était « intellectuellement très précoce » et surtout « très mature »…

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Renvoyé devant le tribunal pour atteintes sexuelles sur mineure de 15 ans, cet homme qui s’était présenté aux élections législatives à La Réunion sous les couleurs du Front national prétend pourtant que leur relation « n’était pas basée sur le sexe ». Il reconnaît « des caresses dans le dos » et « des baisers » mais entretient volontairement le flou sur les rapports sexuels qu’il aurait pu avoir avec la jeune fille qui a fêté ses 15 ans, en novembre dernier.

Capture d'écran des échanges entre l'enseignant et son élève.
Capture d'écran des échanges entre l'enseignant et son élève. - 20 MINUTES

« On savait que cela pouvait déraper… »

« C’est une histoire d’amour, certes. Mais on voulait prendre le temps… » Pourtant, les textos qu’il a pu échanger avec elle, et que 20 Minutes a révélés jeudi, laissent clairement entendre le contraire. Dans les milliers de messages figurant désormais dans la procédure, Philippe Ghanty indique avoir « envie d’un bébé ». Face à la réticence de la jeune fille, il lui conseille alors de prendre la pilule.

Capture d'écran entre l'enseignant et son élève.
Capture d'écran entre l'enseignant et son élève. - 20 MINUTES

« Oui, j’ai écrit ça, reconnaît-il. C’est parce qu’on savait que cela pouvait déraper. On savait que cela pouvait arriver. Et on cherchait une solution… Nous vivions une véritable histoire d’amour. »

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« J’en veux beaucoup à son père. »

Une histoire d’amour que Cyril, le père de Céline* a tout fait pour stopper. C’est lui qui a déposé plainte contre l’ancien enseignant de sa fille. Et encore lui qui a confisqué les quatre ou cinq téléphones portables qu’elle dissimulait, dans son soutien-gorge, pour pouvoir continuer à correspondre avec lui. « J’ai moi-même une fille [d’une précédente union], indique encore Philippe Ghanty. Je peux le comprendre. Mais je lui en veux beaucoup… » L’enseignant explique ainsi que Céline s’est rapprochée de lui car elle « étouffait » dans une famille « très croyante » qui la forçait à aller à la messe tous les dimanches.

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« J’ai bien conscience que ce n’est pas normal mais nous voulions juste attendre sa majorité pour se marier et fonder une famille, conclut l’enseignant. J’ai cherché à dialoguer avec ses parents mais ils n’ont jamais voulu. » Un point qui ne fait pas débat. Au téléphone, mercredi, Cyril, le père de Céline a reconnu que l’enseignant avait tenté de le voir, à plusieurs reprises. « Les policiers me l’ont déconseillé, lâchait-il alors. C’était mieux en effet… Je ne sais pas comment j’aurais réagi si je l’avais eu en face de moi. »

Ils se croiseront, quoi qu’il en soit, le 2 avril au tribunal. Les faits d’atteintes sexuelles reprochés étant aggravés par l’âge de Céline, Philippe Ghanty encourt une peine de sept ans de prison.

* Le prénom a été changé.