VIDEO. Corse: Une manifestation des nationalistes pour faire pression sur le gouvernement

CORSE Quelques jours avant la visite d'Emmanuel Macron en Corse, les nationalistes appellent à une marche citoyenne, en guise de démonstration de force... 

Mathilde Ceilles

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Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni fêtent leur victoire.
Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni fêtent leur victoire. — Rita Scaglia/SIPA

« C’est un signal envoyé au gouvernement », du propre aveu de Jean-Guy Talamoni. Ce samedi, le président de l’Assemblée corse et son homologue au conseil exécutif, Gilles Simeoni, appellent le peuple corse à une « grande manifestation » à Ajaccio ce samedi.

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont en été reçu la semaine dernière par le Premier ministre Edouard Philippe, ainsi que par le président du Sénat Gérard Larcher, sans qu’un accord n’aboutisse sur le devenir de la Corse. Tous deux ont depuis dénoncé les « portes fermées » du gouvernement face à leurs revendications. La démarche est donc claire : en appelant les Corses à descendre dans la rue, les nationalistes cherchent à montrer à Emmanuel Macron leur poids politique.

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Trois jours avant la venue d’Emmanuel Macron

Ou, comme le dit Jean-Guy Talamoni, interrogé par 20 Minutes, il s’agit de « montrer que les Corses sont déterminés et soutiennent leurs responsables institutionnels ». Et d’ajouter : « Cette manifestation est faite pour que les Corses puissent, par leur présence physique, dire qu’ils exigent un traitement politique et pas technique de la question, en reconnaissant la spécificité de la Corse ». Le tout, trois jours avant la visite d’Emmanuel Macron sur l’île. Le président viendra notamment rendre hommage au préfet Erignac, assassiné il y a tout juste 20 ans. Un choix qui n’est pas un « hasard », reconnaît Jean-Guy Talamoni.

Il s’agit également d’obtenir « un accord de principe » du gouvernement, qui serait en train de préparer une révision constitutionnelle selon le leader nationaliste.

« Le texte de la révision, courant février, sera presque définitif. Or, dans cette révision, la Corse n’a pas la place qu’elle devrait avoir. Si nous la laissons passer, on sera limité. C’est donc une question, non pas de mois, mais de jours ! »

Les nationalistes souhaitent en effet que la Corse aitun statut particulier comme les collectivités d'outre-mer, tandis que le gouvernement considèrerait plutôt la Corse comme une collectivité territoriale classique telle que définit dans la Constitution.

Comme les Catalans

« Cette manifestation est plus un gros pari, qui peut être dangereux, qu’un bras de fer avec le gouvernement, analyse Thierry Dominici, politologue spécialiste de la Corse. Fort de leur hégémonie élective et politique, la famille nationaliste ayant gagné toutes les élections ou presque ces dernières années, elle teste les citoyens et le caractère populaire de la chose. »

C’est d’ailleurs au nom de la démocratie et non de telle ou telle revendication que les nationalistes appellent à descendre dans la rue. Un hasthag #Demucrazia a même été créé pour suivre cet événement. « C’est un appel aux citoyens, une manifestation qui se veut à la fois démocratique et populaire, un type de manifestation qui n’a mais eu trop cours en Corse, rappelle Thierry Dominici. Comme les Catalans au moment du référendum, les nationalistes appellent à manifester au nom de la démocratie et pas de l’indépendantisme. Ça dépasse le cadre du nationalisme. »

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Reste donc à savoir si une importante foule viendra remplir les rues d’Ajaccio. « Une bonne partie de gens va soutenir cette manifestation au nom de la démocratie, mais se demande si ce n’est pas une réponse trop rapide à l’exécutif », analyse Thierry Dominici. Les Corses pourront compter en tout cas sur un trajet demi-tarif sur les trains le jour de cette manifestation. Une réduction polémique qui, selon les chemins de fer corses, ne vise pas à « soutenir […] la manifestation », mais à inciter les manifestants à prendre le train.