VIDEO. Lactalis: Comment le rappel de quelques lots est devenu un scandale sanitaire

SANTE Retour sur l'affaire Lactalis qui prend un nouveau tournant ce jeudi avec des déclarations explosives de son PDG...

Oihana Gabriel

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Rayon de laits infantiles après le retrait de produits Lactalis. 11 décembre 2017. Lancer le diaporama
Rayon de laits infantiles après le retrait de produits Lactalis. 11 décembre 2017. — Bob Edme/AP/SIPA
  • Ce jeudi, la PDG de Lactalis a donné une nouvelle ampleur à l'affaire du lait contaminé en révélant que d'autres bébés ont pu consommé du lait dangereux pour leur santé entre 2005 et 2017.
  • Les tests effectués depuis le début de l’année sur les produits finis n’avaient décelé aucun problème.
  • Vous n'y comprenez plus rien dans cette crise aux allures de gigantesque scandale sanitaire? Petit point en quelques dates.

Combien de bébés ont été contaminés par des produits Lactalis ? Les chiffres ne font qu'augmenter, les dates de s’étendre, les responsabilités de se cumuler. Si vous avez du mal à vous y retrouver dans cette crise Lactalis, voici quelques repères chronologiques pour vous aider à comprendre les origines et étapes de ce nouveau scandale sanitaire.

  • Août 2017

Une première analyse de l’usine de Craon, rachetée par le groupe Lactalis en 2006, révèle la présence de traces de salmonelle dans l’environnement et non dans les produits.

infographie de Lactalis.
infographie de Lactalis. - AFP

 

  • Septembre

Deux bébés tombent malades. Il apparaît qu’ils ont été contaminés par des salmonelles présentes dans un lait premier âge produit par Lactalis dans son usine de Craon, en Mayenne.

  • 5 novembre

Deuxième alerte, toujours à la salmonellose dans cette même usine de Moselle.

  • 1er décembre 

C’est le début d’une crise durable. L’Agence nationale de santé publique alerte le gouvernement sur un nombre anormalement élevé de salmonelle de type Agona chez des nourrissons. Huit cas ont été détectés en huit jours. Et tous ces nourrissons malades ont avalé des produits infantiles issus de l’usine de Craon.

 

  • 2 décembre 

Dès le lendemain, 12 lots de laits infantiles sont retirés du marché.

>> A lire aussi : «Lactalis a coché toutes les cases de ce qu’il ne fallait pas faire», estime un expert en communication de crise 

  • 10 décembre

Cinq nouveaux cas de salmonellose sont déclarés chez des nourrissons en une semaine. Dimanche 10 décembre, Bercy annonce une extension des mesures de retrait et rappel de produits de nutrition infantile fabriqués par le groupe laitier Lactalis à Craon. Tous les parents doivent donc arrêter de donner à leur bébé les laits infantiles des marques Milumel et Picot, mais aussi Carrefour. Soit 620 lots faisant l’objet d’un rappel, en France et à l’étranger… près de 7.000 tonnes de produits.

>> A lire aussi : Laits infantiles contaminés: Faut-il paniquer ?

​«On ne communique pas et les parents continuent à donner du lait contaminé à leurs nourrissons…», Quentin Guillemain

  • 13 décembre

Lactalis identifie 5 lots supplémentaires à retirer du marché mais met du temps avant de prévenir le grand public. « On a donc alerté les médias : les listes publiques du site du ministère, de la DGCCRF et de Lactalis ne parlaient pas de ces cinq lots, nous confiait alors Quentin Guillemain, père qui pensait attaquer Lactalis. On ne communique pas et les parents continuent à donner du lait contaminé à leurs nourrissons… »

>> A lire aussi : Laits infantiles contaminés: Pourquoi le problème n’a-t-il pas été détecté à temps?

  • 21 décembre

La crise prend une tout autre ampleur. L’autorité de surveillance Santé publique France recense, le 20 décembre, 35 nourrissons atteints de salmonellose en France depuis la mi-août. Pour 31 enfants malades, il a été prouvé qu’ils avaient consommé un lait de l’usine de Craon. Dix-huit nourrissons ont été hospitalisés, mais tous étaient sortis de l’hôpital. Lactalis décide finalement de rappeler la totalité de ses produits infantiles et nutritionnels fabriqués ou conditionnés dans l’usine de Craon. Des laits pour nourrissons produits depuis le 15 février 2017… Pourquoi ? Le groupe a lancé de nouvelles analyses du site qui dévoilent « qu’une contamination dispersée s’est installée dans notre usine de Craon suite à des travaux réalisés courant 1er semestre 2017 », selon un communiqué de Lactalis.

L'usine Lactalis de Craon (Mayenne).
L'usine Lactalis de Craon (Mayenne). - David Vincent/AP/SIPA

 

  • 22 décembre 

Ouverture par le procureur de la République de Paris d’une enquête préliminaire pour « blessures involontaires », « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit » préjudiciable à la santé. Une procédure liée à la plainte de Quentin Guillemain pour mise en danger de la vie d’autrui contre le groupe Lactalis et pour non-assistance à personne en danger à l’encontre de sa pharmacie, auprès du Pôle santé publique du parquet de Paris.

Lait contaminé: «En 2005, il y a déjà eu des cas de salmonellose dans la même usine», tempête Quentin Guillemain, un père qui porte plainte

  • 8 janvier 2018

L’institut Pasteur confirme que la salmonelle présente chez les nourrissons serait de même type que celle déjà présente dans l’usine en 2005. Les familles de victimes s’interrogent…

Douze lots de lait infantile contaminé ont été rappelés.
Douze lots de lait infantile contaminé ont été rappelés. - Fred Dufour

 

Laits infantiles contaminés: Que faire si votre bébé a consommé des produits retirés de la vente?

  • 9 janvier

Le scandale Lactalis s’étend et touche la grande distribution. Le premier groupe français de grande distribution, E.Leclerc, reconnaît avoir vendu des reliquats de produits Lactalis concernés par le rappel du 21 décembre dans certains de ses magasins. Soit 984 produits vendus. Mais Leclerc n’est pas la seule enseigne dans la tourmente… Le lendemain, Carrefour reconnaît la vente de 434 produits infantiles, normalement interdits à la vente, Système U de 384 produits, Auchan de 52, Cora de 72 et Casino de 352.

  • 11 janvier

Lors d’une conférence de presse, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, précise que 2.500 contrôles ont été réalisés depuis le 26 décembre par la DGCCRF. Dans des supermarchés comme dans des crèches ou encore des hôpitaux, « 91 détenaient des boîtes de lait infantile Lactalis qui auraient dû être retirées », dont 30 grandes surfaces, 44 pharmacies, 12 hôpitaux et 2 crèches. Le ministre de l’Economie annonce 2.500 contrôles supplémentaires.

 

>> A lire aussi : VIDEO. Lactalis: Comment les lots contaminés aux salmonelles ont-ils pu rester dans les rayons?

  • 31 janvier

Nouvelle bombe, cette fois d’une autre ampleur. Deux mois après le début de l’affaire, Lactalis donne sa version des faits : le groupe a décidé de fermer une des deux tours de séchage, lieu de la contamination. Le PDG de Lactalis reconnaît dans une interview aux Echos que d’autres bébés ont pu être contaminés par cette salmonelle… entre 2005 et 2017.

« On ne peut donc pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé sur cette période [2005-2017] », Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis

Réaction vive du côté de l’association des victimes de Lactalis. Dans un communiqué, Quentin Guillemain s’alarme : « Emmanuel Besnier confirme dans son interview les suppositions que nous faisions depuis des semaines : l’usine est contaminée aux salmonelles depuis au moins 2005 par la même bactérie. Les produits fabriqués par cette usine depuis cette date pourraient avoir contaminé de très nombreux enfants sur plus d’une dizaine d’années. Il s’agit ici de plusieurs centaines de millions de boîtes concernées et de plusieurs centaines de milliers de tonnes de produits envoyés dans plus de 80 pays. C’est un scandale sanitaire d’une ampleur inédite. » Confirmation quelques heures plus tard : 25 nourrissons ont été contaminés par la même salmonelle entre 2006 et 2016.

Les analyses de Pasteur accréditent l’idée que cette bactérie a subsisté pendant toutes ces années dans cette usine de Craon.

Lactalis: Une histoire de laits contaminés