Agression d’un enfant juif de 8 ans à Sarcelles: «Dans dix ans il faudra nous compter sur les doigts d’une seule main»

REPORTAGE Lundi, un garçon de 8 ans portant d’une kippa a été agressé par deux jeunes hommes d’une quinzaine d’années, à Sarcelles, dans le Val-d’Oise. La communauté juive de la ville a peur…

Mélanie Costa

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Sarcelles, tag sur le mur d'un immeuble
Sarcelles, tag sur le mur d'un immeuble — M. Costa/20minutes
  • Sarcelles est surnommée la petite Jérusalem pour la coexistence pacifique des différentes communautés religieuses.
  • Lundi, un enfant de 8 ans a été agressé à cause de sa kippa, le parquet de Pontoise a retenu « le mobile antisémite » de cet acte.
  • Selon le Premier ministre Edouard Philippe, il existe « une nouvelle forme d’antisémitisme violente et brutale qui s’exprime de façon de plus en plus ouverte sur notre territoire ».

Sarcelles, petite Jérusalem dans le Val-d’Oise en banlieue parisienne. Un symbole de coexistence entre de nombreuses communautés religieuses et culturelles. Pourtant, ce lundi en fin de journée, un garçon de 8 ans a été frappé par deux jeunes hommes d’une quinzaine d’années, en se rendant à un cours de soutien scolaire. Le motif ? Sa kippa, qui permettait d’identifier sa religion. Le parquet de Pontoise a retenu pour le moment « le mobile antisémite » pour cette agression.

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Mercredi, la pluie s’abat sur les rues grises de Sarcelles. Il est midi et les parents tiennent fermement leurs enfants par la main. Dalia*, quadragénaire et Sarcelloise depuis toujours, affirme que quelques années auparavant « toutes les religions coexistaient sans problème ». Dans un soupire, elle précise que désormais « les gens restent dans leur communauté ». Beaucoup d’habitants parlent d’insécurité, mais c’est la communauté juive qui la ressent le plus vivement. La multiplication d’actes antisémites amplifie la peur. Selon le Premier ministre Edouard Philippe, il existe « une nouvelle forme d’ antisémitisme violente et brutale qui s’exprime de façon de plus en plus ouverte sur notre territoire ».

« C’est la nouvelle génération qui pose problème »

Les Sarcellois de confession juive sont de plus en plus victimes « d’agressions et d’insultes » affirme Alain*, contrôleur de viandes dans une boucherie cacher. « Ce n’est plus comme avant. Certains jeunes ne respectent plus rien et manquent d’éducation ». La boucherie, qui fait travailler chrétien, musulman et juif au sein du même établissement, est un vestige de la coexistence pacifique entre les diverses communautés. Selon lui, « c’est la nouvelle génération qui pose problème et c’est dommage, car on est en France ».

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A Garges (Val-d’Oise), où Alain réside, il n’y a quasiment plus de familles de confession juive. « Ils ont préféré partir. » Sa femme et son fils sont partis, eux aussi, en Israël, faire leur alya. Au Consistoire israélite de Paris, on confirme que de plus en plus de juifs quittent leur quartier pour en rejoindre d’autres. Certains font même le choix de partir en Israël ou ailleurs.

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« Nos enfants, c’est sacré » déclare-t-elle. L’agression du jeune garçon a amplifié ce sentiment d’insécurité. C’est la peur, qui est de plus en plus présente depuis les attentats terroristes de novembre 2015, qui a commencé à faire partir les Français de confession juive. « Mais là, avec l’affaire de Sarah Halimi et l’agression du petit garçon, la communauté s’inquiète ». Si ce climat d’antisémitisme prend de l’ampleur, « dans dix ans il faudra nous compter sur les doigts d’une seule main ».

*Tous les prénoms ont été changés à la demande des intéressés