VIDEO. Burn-out: Un projet de loi en hommage à un salarié de Lidl qui s'est suicidé sur son lieu de travail

TRAVAIL Le député La France insoumise de la première circonscription de la Somme, François Ruffin, présente devant l’Assemblée ce jeudi une loi Sansonetti sur le burn-out…

Mathilde Ceilles

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La devanture d'un magasin Lidl (illustration).
La devanture d'un magasin Lidl (illustration). — M. Libert / 20 Minutes
  • François Ruffin présente ce jeudi à l’Assemblée la loi dite Sansonetti, ce nom correspond à celui d’un salarié de Lidl de Rousset qui s’est suicidé sur son lieu de travail.
  • Ce projet vise à faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle.

Cette loi ne porte pas le nom de loi Ruffin, bien qu’elle soit portée par le député de la première circonscription de la Somme. Ce mercredi, le réalisateur de Merci Patron et membre du groupe parlementaire de La France insoumise présentera un projet de loi visant à faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. Un texte baptisé Loi Sansonetti, en hommage à un ancien salarié de Lidl de Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, retrouvé mort sur son lieu de travail.

Pour son frère, Nicolas Sansonetti, cette initiative est un moyen de « rendre l’honneur perdu » à celui qu’il a toujours admiré et dont la vie s’est arrêtée, un soir de mai, il y a trois ans. Cette nuit-là, Nicolas Sansonetti découvre Yannick, son grand frère de 33 ans, pendu dans un petit local d’un magasin Lidl de Rousset. Une histoire au cœur du reportage de Cash Investigation intitulé « Travail, ton univers impitoyable » diffusé en septembre dernier.

« On a planté un olivier en son honneur »

Une enquête de l’inspection du travail, citée par La Provence, avait pointé « une organisation du service favorisant la surcharge de travail », « des ordres inatteignables », des « propos dénigrants » ou des menaces « sur son avenir professionnel. » Des faits similaires avaient déjà été dénoncés par le rapport d’un cabinet de conseil mandaté par le CHSCT (Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail).

Près de trois ans plus tard, ce geste hante encore son entourage. Au Lidl de Rousset, le souvenir de Yannick est toujours présent, à en croire Christophe Polichetti, secrétaire général de la CGT Lidl Provence-Alpes-Côte d’Azur et ami du trentenaire. « Il était apprécié. Yannick, c’était un gars super sympa, toujours prêt à aider. Personne n’a oublié. Vous savez, on a planté un olivier en son honneur dans notre nouvel entrepôt. »

Yannick Sansonetti s'est pendu sur son lieu de travail
Yannick Sansonetti s'est pendu sur son lieu de travail - N. Sansonetti

 

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« Rien vu venir »

Le syndicaliste vit depuis avec un « sentiment de culpabilité » de n’avoir « rien vu venir », comme la famille de Yannick. « On savait que c’était compliqué au travail, mais on ne s’imaginait pas un instant que ça aboutirait à ça, se souvient Nicolas Sansonetti. On a plein de questions, et jamais de réponse. »

Le frère de Yannick, qui se dit « bousillé » depuis ce jour où sa vie s’est « arrêtée », se souvient d’abord de la joie de son frère, quand il a été débauché par Lidl, il y a une dizaine d’années. « Il n’a pas fait de grandes, grandes études, il a un BTS, et il était très content d’être enfin reconnu. Etre débauché par un grand groupe, ce n’est pas tous les jours. » Il devient alors responsable technique.

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« Des humiliations »

Décrit comme « très calme et très posé dans sa vie », le trentenaire était père d’un jeune garçon et cherchait même à acheter une maison. « Il venait de signer le compromis de vente, une semaine avant ce jour dramatique. » Mais depuis quelques années, Yannick Sansonetti paraissait anxieux. « Il était pas bien par rapport à son travail, rapporte son frère. Il avait peur de le perdre et disait qu’on lui mettait beaucoup de pression. Chaque fois qu’il y avait un audit, il était stressé comme pas possible. »

Dans le texte de loi, Christophe Polichetti rapporte : « Yannick, on l’a vu descendre, descendre, ils étaient sur son dos, tout le temps, des humiliations. » « C’était quelqu’un de très professionnel, assure celui qui est aussi l’ami de Yannick à 20 Minutes. Il était très réservé, impassible, et ne montrait rien malgré sa tâche assez ardue. Toute la journée, il courrait. Combien de fois on a trouvé son Tupperware à moitié entamé, parce qu’il fallait faire ci… »

Une procédure pénale

Depuis, le directeur régional a été muté, et trois personnes font désormais le travail réalisé auparavant seul par Yannick Sansonetti. Mais Christophe Polichetti et Nicolas Sansonetti ont décidé de porter le combat devant l’Assemblée. Ils ont récemment contacté François Ruffin « pour qu’il n’y ait pas d’autres Yannick en France ».

Car, selon le député de La France insoumise, ce cas est « emblématique ». « Quand un des responsables de l’entrepôt va, dans les semaines précédentes, voir la médecine du travail pour lui et pour tous ses collègues, tout comme Christophe Polichetti… La tension montait constamment, et on aurait pu mille fois éviter ce suicide si la direction et les pouvoirs publics avaient pris en compte la question du management oppressif », affirme François Ruffin. Et d’affirmer que l’ensemble du service administratif du Lidl de Rousset est en arrêt maladie, quand un cadre de ce même entrepôt a fait un AVC.

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Contacté à propos de ce projet de loi, Lidl refuse de se « prononcer sur débat politique, la loi est l’affaire du législateur. » L’entreprise allemande assure toutefois que « le bien-être au travail est un sujet sur lequel nous progressons continuellement » et ne préfère pas se prononcer sur le cas de Yannick Sansonetti, en raison de « l’enquête toujours en cours ». Une procédure pénale a en effet été ouverte, tandis q’un procès au civil est prévu le 16 mai prochain.