Condamné pour avoir violenté et menacé des pompiers venus le secourir

JUSTICE L'homme de 30 ans est le seul à avoir été jugé ce lundi, les autres auteurs des violences n'ayant jamais été identifiés...

Elisa Frisullo

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L'homme de 30 ans a été jugé ce lundi à Lyon. Illustration.
L'homme de 30 ans a été jugé ce lundi à Lyon. Illustration. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Le 19 août 2013, à 21 heures, trois pompiers avaient été violemment agressés par un groupe de jeunes à Lyon.
  • Un seul agresseur a été jugé ce lundi pour avoir menacé et violenté les hommes qui venaient le secourir.
  • Les autres auteurs de cette agression n’ont jamais pu être identifiés, à l’exception d’un mineur jugé en février 2017.
  • Le jugement rendu est beaucoup plus clément que les réquisitions.

Ce 19 août 2013, au soir, ils étaient une vingtaine de jeunes à avoir accueilli les secours dans le centre de Lyon avec des insultes et des coups. Mais à la barre du tribunal correctionnel, ce lundi, un seul homme a dû répondre et a été condamné à une mesure de contrainte pénale (une alternative à la prison) pour des faits de « violence, outrages et menaces » à l’encontre de trois sapeurs-pompiers venus le secourir ce jour-là. En février 2017, un autre jeune, mineur lors des faits, a écopé de quatre mois de prison avec sursis devant le tribunal pour enfants. Mais les autres personnes suspectées d’avoir participé à l’agression n’ont jamais pu être identifiées.

Le soir des faits, les pompiers étaient intervenus dans le 3e arrondissement pour venir en aide à un jeune homme, tombé, pensaient-ils, dans les gradins de l’auditorium de Lyon. Mais à leur arrivée, les secours comprennent vite que leur intervention ne va pas se dérouler comme prévu. L’ambiance, en cette soirée d’été, est tendue. Le blessé, fortement alcoolisé, est très excité.

« J’ai ressenti cette haine monter »

Il a chuté dans les gradins après avoir été frappé par l’un des jeunes regroupés devant l’auditorium. Lorsqu’il comprend qu’il va être conduit à l’hôpital, la situation s’envenime. « J’ai ressenti cette haine en train de monter », se souvient, quatre ans et demi après les faits David, chef de l’équipage en intervention ce soir-là.

Sur ses ordres et face à l’agressivité ambiante, les pompiers décident de repartir en proposant toutefois de laisser des compresses et de la bétadine pour soigner le blessé. « Ensuite, tout est allé très vite », ajoute David. Alors que ses collègues vont chercher les médicaments dans l’ambulance, il se retrouve encerclé par plusieurs hommes. Les insultes pleuvent, puis la victime lui flanque un coup de poing dans le visage.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi il a frappé. C’est aberrant. On était venu pour lui », ajoute le pompier, qui depuis cette soirée de violence a changé de caserne à Lyon et a quitté la ville pour s’installer en Haute-Savoie, quitte à devoir de longs trajets pour aller travailler.

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« Ils ont cru qu’ils allaient se faire massacrer »

« Toute la vie derrière est modifiée […] Je ne suis pas tranquille dans la rue le soir et en intervention, il faut tout le temps être sur le qui-vive », confie le sapeur-pompier. Stéphane aussi a été marqué par cette intervention. « Ce sont des insultes et menaces qui font mal. Derrière notre uniforme, nous restons des hommes. Et quand nous rentrons chez nous après des interventions comme celles-là, après des insultes, après avoir vu un collègue se faire frapper violemment et gratuitement, on y repense », témoigne ce pompier à la barre du tribunal.

Ce soir-là, Nicolas, le troisième pompier, a été plus violemment frappé, à la tête et aux jambes. Il a subi quinze jours d’incapacité temporaire de travail. Mais les auteurs de ces violences ont pris la fuite et n’ont jamais été retrouvés. « Ils ont cru qu’ils allaient se faire massacrer », renchérit leur avocat, maître Sébastien Soy.

Un procès symbolique pour les pompiers

Tout penaud, le prévenu, âgé de 30 ans et déjà condamné à plusieurs reprises pour des violences sur personne et des dégradations avec violence, explique péniblement les faits. « Je ne me rappelle pas avoir fait ça, indique-t-il au tribunal, après avoir confié avoir bu beaucoup ce soir-là et fumé des joints. Jamais je ne frapperais des pompiers, ils venaient pour m’aider », ajoute le jeune homme, qui finit par admettre à demi-mot avoir sans doute porté un coup à l’un des pompiers. « Je suis désolé de ce qui s’est passé. Les pompiers sont là pour faire leur boulot », ajoute-t-il, conscient sans doute que le débat qui se joue ce lundi dans la salle d’audience dépasse largement le cadre de cette soirée de 2013.

Ce procès, attendu depuis longtemps, intervient en effet dans un contexte marqué par la mobilisation des pompiers. À Lyon, ces derniers ont manifesté à deux reprises en novembre et début janvier pour protester contre la multiplication des violences lors de leurs interventions. Pour les hommes du feu présents au tribunal pour soutenir leurs collègues blessés, ce procès a donc valeur de symbole. Pour le procureur de la République aussi, semble-t-il.

« Ces faits ne peuvent pas être banalisés et on doit y répondre avec fermeté », a-t-il indiqué. « Les pompiers savent que leur métier les expose. Mais ils ne font pas ce métier pour subir des manifestations haineuses et de violence. L’uniforme, ce n’est pas un blindage, cela ne vous protège pas. Lorsque vous devez d’abord assurer votre propre sécurité, vous ne pouvez pas assurer pleinement vos missions d’aide et de secours », a ajouté le procureur, requérant une peine de huit mois de prison, dont quatre mois avec sursis, et deux ans de mise à l’épreuve à l’encontre du prévenu.

Une peine plus clémente que les réquisitions

« Je ne suis pas certain que ce prétoire soit le lieu pour faire le procès de la société », a estimé l’avocat de la défense, Maître Julien Lambert, rappelant que « l’exemplarité est une chose dont il faut se méfier ». Conscient des faits « inacceptables » et « très graves » reprochés au prévenu, il a toutefois rappelé que ce dernier, très fortement alcoolisé ce 19 août, ne tenait pas seul debout à l’arrivée des secours. « Si l’alcool n’a jamais l’impact d’une circonstance atténuante, cela peut expliquer certains contextes », a-t-il ajouté.

Des arguments qui ont visiblement pesé dans la décision du tribunal, dont le jugement a été beaucoup plus clément que la peine requise. En plus de la contrainte pénale d'une durée de deux ans, qui impose des obligations et des interdictions au prévenu en vue de favoriser son suivi et sa réinsertion, le jeune homme a été condamné lundi soir à verser 400 euros de dommages et intérêts à ses trois victimes.