VIDEO. Crue de la Seine: Joinville-le-Pont fait face à la crue

INONDATION La mairie de Joinville-le-Pont accompagne les habitants touchés par les inondations…

Naomi Mackako
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La ville de Joinville-le-Pont est en alerte maximale.
La ville de Joinville-le-Pont est en alerte maximale. — N.Mackako/20 Minutes

« C’est écrit interdit sauf aux riverains ! », crie le gardien de la résidence de l’île de Fanac aux petits curieux qui sont descendus « juste pour voir ». La petite île fluviale située à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) est inondée par endroits et protégée par des barrières de fer. Avec les crues de la Seine, de la Marne et des rivières alentour, les zones en bordure d’eau sont les plus exposées au risque d’inondation.

Des îliens vigilants

Fanac est située sur une zone creuse et classée inondable, les habitants s’y attendaient donc. Bonnet noir vissé sur la tête et mains dans les poches, Théo, 30 ans habite l’île depuis dix-sept ans. « On n’est pas très inquiet ici mais on reste vigilant », explique-t-il en piétinant l’herbe humide non loin de petites flaques d’eau formées dans la terre boueuse. « L’eau monte lentement donc ça nous laisse le temps de nous préparer, on s’est équipé en pompes. On a pu anticiper, monter les biens de valeur à l’étage et couper les prises électriques du sous-sol. »

Certains des 89 îliens ont évacué leur domicile mais seuls deux foyers ont sollicité la mairie pour un relogement. « Certains de mes voisins sont partis à l’hôtel, raconte Théo. Le gaz a été coupé par mesure de sécurité, donc la situation est devenue compliquée pour ceux qui en dépendent. » Les arbres étendent leurs branches nues au-dessus des maisons de l’île. L’école de musique est à moitié sous l’eau et les toboggans du petit parc pour enfants sont inaccessibles. Béatrice* s’arrête un peu plus loin et observe l’eau stagnante. Sa fille se rend habituellement aux cours de musique. Elle devra attendre la décrue pour y retourner.

Des solutions pour les sinistrés

La semaine dernière, la ville a mis en place un plan d’évacuation pour les sinistrés. Le gymnase leur est ouvert. Il doit accueillir les évacués des zones touchées : l’île Fanac et le Pont de Plaisance où vivent 20 personnes. Mais Béatrice doute que les résidents de l’île s’y rendent : « Sur Fanac, les maisons sont hors de prix. Je ne pense pas que les gens qui y vivent soient du genre à aller au gymnase. » Effectivement, nous avons croisé un célèbre acteur de télévision sur les lieux. Sandrine, 34 ans, n’habite pas loin de l’île, avenue Oudinot. Tenant sa fille par la main, elle explique que bien qu’elle ne soit pas directement touchée, elle rend service : « J’héberge des amis qui ont leur maison sur l’île. La nôtre est en hauteur donc nous sommes plutôt épargnés. On a juste coupé l’électricité au cas où. » La jeune maman a fait construire sa maison en 2016, les matériaux qui ont servi sont adaptés aux risques d’inondation et toutes les pièces habitables sont surélevées.

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A Joinville-le-Pont, la crue de 2016 a servi de leçon. « Elle nous a permis de tester notre dispositif d’urgence », explique Clément Leroy, directeur général des Services, rencontré dans la salle de cellule de crise à l’Hôtel de ville. « Cette crue reste gérable. Nous avons développé toute une gamme de communication pour informer les habitants sur la situation et sur les dispositions prises par la mairie pour y répondre. » SMS, réseaux sociaux, affiches et porte à porte, la mairie veut atteindre « tout le monde ». Si certains habitants étaient sereins quand l’eau a commencé à monter, d’autres se sont montrés particulièrement inquiets et se sont tournés vers la mairie.

Clément Leroy insiste sur la question de « mémoire du risque » : « Beaucoup de personnes qui vivent ici n’y sont pas depuis plus de quinze ans donc ils n’ont pas connu les grosses inondations de 2001.. Le directeur explique que la mairie espère sensibiliser les habitants. Des reportages photographiques réalisés à partir d’images prises par des drones sont en cours. La ville entend documenter l’événement sur différents supports d’information afin que « les gens se souviennent ». Et qu’à l’avenir chacun ait les bons réflexes.

*Le prénom a été modifié

Si dans une maison, il suffit de monter les meubles à l’étage, pour les habitants de péniches, c’est plus compliqué. Gérard Feldzer possède l’India Tango depuis quinze ans au port des Champs-Elysées  (Paris, 8ème arrondissement). Ses câbles électriques sont sous l’eau et il craint de devoir bientôt sortir son groupe électrogène. Un véritable élan de solidarité est né entre les habitants des péniches, les « gens du fleuve », explique Gérard. « On va faire les courses en barque pour soi et pour les autres et on se prête le matériel. On est autonome, on se débrouille ». Les propriétaires d’un bateau sont partis en vacances avant que la crue ne commence. Leurs voisins s’occupent de leur péniche. Une communauté autonome mais pas isolée. « La brigade fluviale passe tous les jours et surveille le niveau de la Seine ».  Le souvenir de la crue de 2016 reste dans la mémoire de Gérard « Ca nous sert de l’avoir vécu une fois. Ce qui m’inquiète surtout c’est que la crue était annoncée plus tard que 2018. Si on en a  une tous les ans, ça va devenir compliqué».