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ARGENTA quand le «reste à charge zéro» sur les frais de prothèses dentaires?

Écarts de tarifs sur les prothèses dentaires: A quand le «reste à charge zéro»?

ARGENTLe magazine « 60 millions de consommateurs » publie ce jeudi une enquête sur les différences de tarifs des soins prothétiques dentaires selon les régions, alors que la ministre de la Santé souhaite parvenir à un « reste à charge zéro » d’ici à 2022…
Illustration: un patient chez le dentiste.
Illustration: un patient chez le dentiste. - PHILIPPE HUGUEN / AFP
Anissa Boumediene

Anissa Boumediene

L'essentiel

  • Le magazine 60 millions de consommateurs publie ce jeudi une enquête sur les différences de tarifs des soins prothétiques dentaires comparant les prix pratiqués par 5.000 dentistes dans 40 villes françaises.
  • De son côté, la ministre de la Santé souhaite parvenir à un reste à charge zéro d’ici à 2022.
  • Mais les négociations difficiles entre la CNAM et les syndicats dentaires sur le renouvellement de la convention tarifaire ne devraient pas simplifier la tâche du gouvernement.

Le tourisme dentaire va-t-il se développer là où les tarifs sont parmi les moins élevés de l’hexagone, comme en Bretagne ou dans la région toulousaine ? Ce jeudi, le magazine 60 millions de consommateurs publie une étude sur le prix des soins dentaires, passant au crible les tarifs pratiqués par plus de 5.000 dentistes installés dans une quarantaine de grandes villes françaises.

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Pour une couronne, un bridge ou un implant - ces soins prothétiques dont les tarifs sont librement fixés par les praticiens-, les écarts de prix sont conséquents selon les régions : jusqu’à 30 % de différence sur la facture entre les villes les moins chères et les villes les plus chères. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a lancé mardi la concertation avec les acteurs de l’optique, des audioprothèses et du dentaire. Objectif : parvenir à un « reste à charge zéro » pour les dépenses de santé de ces secteurs d’ici 2022. Vœu pieu ou projet réaliste ?

Des prix jusqu’à 30 % plus chers à Paris

Sans grande surprise, la région parisienne remporte la palme des tarifs les plus élevés. « Paris, Aix-en-Provence et Boulogne-Billancourt sont les trois villes les plus chères de France pour les soins prothétiques », indique Benjamin Douriez, rédacteur en chef adjoint du magazine 60 millions de consommateurs. « Lyon, Strasbourg et Nice », énumère-t-il, sont aussi de ces villes où il vaut mieux avoir le portefeuille bien garni pour faire soigner ses dents. A l’inverse, les dentistes bretons proposent des soins moins onéreux. « Rennes, Nantes et Brest comptent parmi des villes où les tarifs sont moins élevés », détaille Benjamin Douriez, tout comme Nîmes, Toulouse ou encore Amiens.

En pratique, l’écart de prix peut atteindre 30 % du montant total de la facture selon les villes. Ainsi, si la pose d’une couronne céramique coûte en moyenne 704 euros à Paris, la même opération coûte 531 euros à Rennes, voire 519 euros à Nîmes. « Ces différences de prix selon les villes sont une réalité et s’expliquent, ajoute le rédacteur en chef adjoint du magazine. Un cabinet dentaire en plein cœur de Paris n’aura pas le même loyer qu’un cabinet à Amiens ».

Mais le coût des loyers n’explique pas à lui seul de tels écarts de prix. « Les dentistes fixent librement les tarifs pour les prothèses dentaires, d’où de tels dépassements d’honoraires, rappelle Benjamin Douriez. Ce qui n’est pas le cas des soins conservateurs comme le détartrage ou le traitement des caries, dont le tarif est réglementé et plafonné ». Au grand dam des dentistes, « qui déplorent des tarifs trop bas, explique le journaliste. Ce qui explique le fait que globalement, les prix pratiqués sont trop élevés quelle que soit la région ».

Important reste à charge et renoncement aux soins

Mal remboursés par la Sécu, peu pris en charge par les mutuelles, les soins dentaires, en particulier les prothèses, coûtent un bras aux Français. Ils se retrouvent fréquemment avec un important reste à charge, les obligeant à débourser plusieurs centaines d’euros de leur poche. « La Sécurité sociale rembourse 75 euros au patient pour une couronne qui lui coûte 700 euros, et la prise en charge de la mutuelle complémentaire – pour ceux qui en ont une —, est loin de couvrir toute la facture », souligne Benjamin Douriez. Sans parler « des soins hors nomenclature, tels que les implants, qui peuvent coûter plusieurs milliers d’euros aux patients », complète Claude Le Pen, économiste de la santé

En 2016, les Français ont ainsi dépensé 11,1 milliards d’euros pour leurs soins dentaires, rappelle le magazine. Après le remboursement par la Sécurité sociale (3,7 milliards d’euros) et les mutuelles (4,5 milliards d’euros), les Français y sont ainsi allés de leur poche à hauteur de près de 3 milliards d’euros. Les plus modestes, eux, ont fait l’impasse. Chaque année, nombreux sont ceux qui, faute de moyens, « renoncent à faire soigner leurs dents ou reportent des soins qui sont pourtant urgents ».

Mais il existe des moyens pour faire baisser un peu la facture des soins dentaires. A commencer par faire jouer la concurrence. « Le patient ne doit pas hésiter à consulter plusieurs dentistes pour un devis et comparer leurs offres, conseille Benjamin Douriez. Les centres mutualistes et les facultés dentaires sont aussi un moyen de payer moins cher ses soins dentaires ».

A quand le « reste à charge zéro » ?

Mais on est encore loin du « reste à charge zéro » pour les soins dentaires, optiques et les audioprothèses, engagement de campagne du candidat Macron. Ce mardi, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui s’est emparée de ce dossier délicat, a lancé une concertation avec les acteurs de ces secteurs. Objectif : parvenir à un « reste à charge zéro » (RAC 0) pour ces dépenses de santé d’ici à 2022.

Mais « la mise en place du RAC 0 est extrêmement complexe, en particulier pour les soins dentaires, signale Claude Le Pen, économiste de la santé. Le problème profond, c’est le manque de prévention en matière de santé dentaire, de soins conservateur réalisés régulièrement, justement pour éviter le recours aux soins prothétiques, déplore l’économiste. Et c’est sur cet échec de prévention que les dentistes gagnent de l’argent, puisque pour eux les soins conservateurs sont mal rémunérés ».

Par ailleurs, « la proposition du gouvernement de réévaluer les tarifs des soins conservateurs en échange d’une baisse des prix pour les soins prothétiques a été un échec cuisant, rappelle Claude Le Pen. Et pour compliquer un peu plus l’affaire, ce RAC 0 s’invite dans le débat en pleines négociations entre la CNAM et les syndicats dentaires sur le renouvellement de la convention tarifaire, et qui ont déjà du mal à aboutir ! »

Pour l’économiste, « parvenir à un "reste à charge zéro" est quasiment impossible dans ce contexte. Il faut d’abord boucler les négociations sur la convention, puis, pour le RAC 0, définir le panier de soins dentaires qui seront pris en charge par la solidarité nationale : on ne parle pas de montures de lunettes de créateur, où commence le luxe pour les soins dentaires ? »

Autre aspect épineux à dénouer : comment financer ce RAC 0 ? Si au départ, le gouvernement annonçait vouloir y parvenir à coût constant, donc sans augmentation des cotisations, « il semble aujourd’hui faire marche arrière sur ce point, analyse Claude Le Pen. Aujourd’hui, je vois mal comment on pourrait parvenir à ce RAC 0 sans une augmentation des cotisations ».

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