VIDEO. Macron «lost in translation» à Davos? Le numéro d’équilibriste du président en anglais et en français

ECONOMIE Dans son discours, le chef de l'Etat a vanté la « flexibilité » en anglais, avant de dénoncer en français les excès du dumping social de la mondialisation...

M.C.

— 

Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos, le 24 janvier 2018.
Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos, le 24 janvier 2018. — Markus Schreiber/AP/SIPA

Emmanuel Macron était-il lost in translation à Davos ? En s‘exprimant en anglais puis en français devant les patrons et les dirigeants politiques rassemblés pour le Forum économique mondial dans la ville suisse, le chef de l’État a parfois joué avec les mots, jonglant entre complémentarité et légère contradiction.

>> A lire aussi : «France is back», «la France est de retour», prévient Emmanuel Macron depuis Davos

Après avoir longuement défendu, dans la langue de Shakespeare, ses réformes pour « rendre la France plus compétitive » à l’échelle internationale et « plus flexible », Emmanuel Macron a dénoncé en français les excès du dumping fiscal et social de la mondialisation. On a réécouté son discours dans les deux langues.

« Race to the bottom »

En anglais, Emmanuel Macron commence ainsi par expliquer [à 1:50 dans la première vidéo] : « Nous avons pris une série de mesures très concrètes en baissant nos impôts sur les sociétés […] pour avoir une grande réforme sur le gain en capital […] et en abaissant les taxes sur le capital pour accélérer cette reprise en termes de compétitivité. En réduisant le coût du travail et du capital, nous avons renforcé l’attractivité de la France. » « France is back ! » (la France est de retour), lance-t-il [à 10:25].

Le discours d’Emmanuel Macron en anglais :

Quelques minutes plus tard, il dénonce pourtant en français [à 27:30 dans la vidéo ci-dessous] « l’affaiblissement continu » sur les sujets du droit social et du droit fiscal. Après avoir rappelé que « la France était très décalée, très au-dessus de la moyenne européenne » dans ces domaines, il dénonce « une dynamique dans le monde sur les sujets fiscaux et sociaux » « qui est en train d’expliquer aux gens : "les amis la bonne réponse c’est d’en faire toujours moins, c’est de baisser nos impôts, il n’y a pas de limite, race to the bottom !" ».

>> Interview: «Les riches ne se sont jamais aussi bien portés», selon Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam

« Flexibilité » contre « détricotage »

Sur la question du droit social, Emmanuel Macron vante en anglais [à 2:59] un système avec « des structures et des règles plus flexibles » pour « aider les entreprises à s’adapter à l’environnement mondial ». Il rappelle ensuite [à 3:25] que la France a adopté l’été dernier « une réforme très importante de notre marché du travail, dont la philosophie est d’avoir moins de règles définies par la loi et plus de règles définies par le consensus au niveau de l’entreprise et des branches », « un grand changement qui nous rend plus compétitifs et productifs ». Il plébiscite enfin [à 6:25] « un changement culturel » avec une « préférence pour la simplification et la réduction de la paperasse ».

L’allocution en français :

Après avoir « switché » en français, le chef de l’Etat estime pourtant [à 46:49] : « On doit arrêter cette tendance à détricoter notre droit social pour s’ajuster à la mondialisation », après avoir noté [à 23:30] : « on nous a fait croire que la croissance concernait tout le monde. Ce n’est pas vrai, elle est structurellement de moins en moins juste ».

S’adressant aux entreprises, il leur a aussi demandé de « renoncer à l’optimisation fiscale à tous crins » et appelé les Etats à s’organiser ensemble pour que les géants du numérique « paient des impôts ». « Dans mon pays, si je ne redonne pas un sens à cette mondialisation, dans 5, 10, 15 ans, ce seront les nationalistes, les extrêmes qui gagneront, a-t-il martelé, et ce sera vrai dans chaque pays. » Quelle que soit la langue employée.