VIDEO. Education: Les questions que pose la reconnaissance faciale aux abords des lycées de Paca

SECURITE Le président de la région souhaite installer des portiques virtuels aux entrées des lycées... 

Mathilde Ceilles

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Illustration camera.
Illustration camera. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Deux lycées pourraient servir d'expérimentation pour la mise en place de « portiques visuels » via la reconnaissance faciale
  • La ville de Nice avait essayé de mettre en place un dispositif similaire, en vain car retoqué par le gouvernement

Imaginez un peu : comme tous les matins, un peu avant la sonnerie de votre première heure de cours, vous franchissez le portail de votre lycée. Sauf qu’un logiciel permet de reconnaître si votre tête mal réveillée est bien celle d’un élève de l’établissement. Ce scénario un peu futuriste ne l’est peut-être pas tant en région Paca.

Son président Les Républicains Renaud Muselier a déposé auprès de la commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) une demande de conseil sur un « projet d’expérimentation de portique visuel » dans deux lycées de la région, a appris 20 Minutes, confirmant une information de La Provence. Plus précisément, selon le quotidien régional, le président de la région aurait annoncé lors d’une récente cérémonie des vœux sa « volonté d’expérimenter en 2018 la reconnaissance faciale dans [les] établissements scolaires ». Une déclaration qui soulève forcément quelques questions…

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C’est quoi, la reconnaissance faciale ?

Comme le définit la Cnil sur son site internet, les progrès technologiques donnent la possibilité d’identifier quelqu’un, y compris dans une foule, en s’appuyant sur une base de photographies préenregistrées reliée à un système de vidéoprotection et à un dispositif de reconnaissance automatique des visages.

Comment cela serait utilisé ici ?

« Le projet de reconnaissance faciale anonymisé vise à faciliter le contrôle d’accès par identification biométrique des personnes entrant dans le lycée, indique la région à 20 Minutes. Ce dispositif prévoit l’installation de caméras à usage biométrique et caméras " classiques " nécessaires au suivi des personnes entrantes. »

Pour mener ce projet à bien, la région Paca a fait appel à la société Cisco systems, grande société américaine d’informatique américaine. « Le cas d’usage, c’est d’être capable d’assurer la sécurité aux abords des lycées lors de l’entrée d’une foule, explique Philippe Dumont, responsable des opérations chez Cisco France, et de faire la différence entre les gens qui sont amenés à entrer en permanence dans les lycées et les visiteurs. »

Des capteurs vidéos seraient installés devant les grilles du lycée. A chaque lycéen ou professeur serait associée une identité numérique comprenant une photo, comme un badge ou un bracelet par exemple. Les capteurs seraient capables de déterminer si l’image de la personne qui vient de passer se trouve bien dans les fichiers du lycée, en comparant toutes les images enregistrées au préalable.

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Si tel n’est pas le cas, le surveillant qui contrôle les allées et venues à l’ouverture du portail reçoit une alerte sur un écran (ordinateur, tablette ou smartphone). Les caméras installées par la société enregistrent le parcours de cette personne repérée afin d’aider le surveillant à identifier et approcher ce visiteur inconnu. Cette expérimentation se déroulerait au lycée Ampère de Marseille et au lycée des Eucalyptus de Nice.

Est-ce légal ?

C’est bien toute la question : en France, l’utilisation de la reconnaissance faciale est très encadrée, pour plusieurs raisons. Déjà, le visage est considéré comme une donnée biométrique sensible, car immuable, et dont l’utilisation peut entrer en conflit avec la loi, comme le rappelle Me Thierry Vallat, avocat spécialiste des questions numériques.

« Votre visage est une donnée intime et personnelle, II faut que la vie privée soit préservée, et de tels dispositifs risquent de violer la vie privée des gens, car, même si vous rentrez de votre plein gré tous les matins quelque part comme dans un lycée, vous n’avez pas à avoir un système automatisé qui puisse savoir où vous êtes. »

Une telle expérimentation ne pourrait se faire sans l’aval de l’Etat, et après consultation de la Cnil. Pour rappel, pour l’Euro 2016, le maire de Nice Christian Estrosi souhaitait lui aussi utiliser la  reconnaissance faciale pour contrôler l’entrée des fans zones, mais l’initiative avait été retoquée par le gouvernement.

Interrogée par 20 Minutes, la Cnil reconnaît qu’une demande de conseil sur ce dossier est en cours d’instruction, mais cela n’a pas valeur d’avis ou de validation. « La solution est prête, affirme Philippe Dumont de chez Cisco, on attend les recommandations de la Cnil. » De son côté, la Région précise également attendre l’autorisation de l’expérimentation par le gouvernement avant de lancer le projet.

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Et les surveillants alors ?

« Le critère, c’est la proportionnalité de cette démarche par rapport à l’utilisation qu’on veut en faire, précise Me Vallat. La question est : est-ce qu’il n’existe pas un autre moyen moins intrusif dans la vie privée que cette technologie un peu invasive pour assurer la sécurité ? », rappelant que les surveillants font d’ores et déjà ce travail.

Un point que soulève également Laurent Tramoni, secrétaire académique du syndicat de professeurs SNES-FSU Aix-Marseille. « Ce genre de dispositifs est excessivement coûteux, estime-t-il. Avec l’argent mis là-dedans, est-ce qu’il ne serait pas plus pertinent de recruter des jeunes surveillants ou personnels de vie scolaire ? Ils sécurisent, mais ce sont aussi des êtres humains qui peuvent discuter avec les élèves et intervenir avant que certaines situations ne dégénèrent. » Chez Cisco, on conçoit plutôt cet outil comme une aide à donner aux surveillants pour identifier différentes personnes dans une foule en un temps limité. Pour rappel, l’académie d’Aix-Marseille compte, rien que dans l’enseignement public, 88.831 lycéens.