Quinze mois après l'accident du cours Vitton à Lyon, Julie qui a failli perdre la vie et qui a vu son amie Anne-Laure mourir, attend des explications.
Quinze mois après l'accident du cours Vitton à Lyon, Julie qui a failli perdre la vie et qui a vu son amie Anne-Laure mourir, attend des explications. — C. Girardon / 20 Minutes

INFO «20 MINUTES»

Délit de fuite à Lyon: «Il avait bu, pris de la drogue, roulait trop vite», le bouleversant témoignage de Julie

Quinze mois après l’accident de la route qui a coûté la vie à son amie Anne-Laure, Julie qui a été grièvement blessée, se livre pour la première fois…

  • Le 23 octobre 2016, un chauffard, ivre, qui roulait sous l’emprise de stupéfiants et sans permis, avait provoqué un terrible accident de la route, cours Vitton à Lyon.
  • La voiture était venue percuter deux jeunes femmes qui marchaient sur un trottoir.
  • Anne-Laure a été tuée et Julie, grièvement blessée.
  • Cette dernière se confie pour la première fois alors que la justice vient de décider de poursuivre également les autres occupants de la voiture qui ont fui plutôt que d’appeler les secours.

Quinze mois ont passé. Julie a repris patiemment goût « aux petits plaisirs de la vie ». La nuit du 23 octobre 2016, elle a été grièvement blessée cours Vitton à Lyon. L’une de ses meilleures amies, Anne-Laure, n’a pas survécu. Fauchée involontairement par un conducteur qui a perdu le contrôle de son véhicule après avoir été percuté par un chauffard.

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Ivre et sous l’emprise de stupéfiants, ce dernier roule à 105 km/h. Il vient de griller plusieurs feux rouges et finit par s’encastrer dans une autre voiture. Sous la violence du choc, le second véhicule est propulsé sur le trottoir et renverse les deux jeunes femmes qui marchent paisiblement. Un cauchemar.

« Je me refais le film de la soirée en permanence »

Les mois se sont écoulés. Mais la « violence extrême » se fait toujours ressentir, explique Julie. « Tant sur le deuil qu’au niveau des séquelles physiques et psychologiques. » La jeune femme a eu un traumatisme crânien, le genou et le tibia fracturés, la pommette enfoncée. Elle s’est vue mourir. Elle sait qu’elle a eu « la chance » de s’en tirer. Mais elle a mis du temps à l’accepter. Aujourd’hui, elle reste rongée par la culpabilité, se reproche d’avoir proposé à Anne-Laure de l’accompagner en soirée.

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« Je me refais le film de la soirée en permanence. Je me revois prendre mon manteau. Je repense au moment où on a décidé de marcher pour discuter encore un peu », confie-t-elle. « Cela me hante. Pourquoi n’ai-je pas commandé un Uber ce soir-là ? » « J’en fais des cauchemars », poursuit-elle les yeux embués de larmes. Le regard se détourne. « Je me réveille encore en sursaut la nuit ».

Le choc est tellement violent qu’elle ne se rappelle plus de l’impact après l’accident. Les séances d’EMDR (des mouvements d'yeux pour soigner des traumatismes)  qu’elle a dû suivre l'ont aidé à se rappeler de plus de détails avant et après l'accident et à réduire son traumatisme psychologique. La rééducation a été longue. Six mois avant de pouvoir remarcher. Puis la peur de sortir de chez elle. La phobie de la route. Ce quartier tant chéri qu’elle s’est mis subitement à détester.

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Les passagers également mis en examen

Elle attend encore des excuses qui ne sont jamais venues. Les trois autres occupants de la voiture ont détalé comme des lapins. Ils ont tenté de se faire passer pour des victimes dans un premier temps. Ensuite, ils ont déguerpi sans demander leur reste, et sans même tenter de venir en aide aux deux jeunes femmes. Sans prendre le soin d’appeler les secours. A la place, ils ont préféré téléphoner à d’autres amis pour se couvrir.

La semaine dernière, la chambre de l’instruction a demandé qu’ils soient eux aussi mis en examen pour « omission de porter secours ». Le conducteur sera poursuivi pour « homicide involontaire aggravé ». « J’avais jusque-là le sentiment que la justice n’était pas de notre côté », confie Julie. Au mois de novembre, au terme de l’instruction, le juge avait demandé que seul le chauffard soit renvoyé devant le tribunal. Le procureur de la République en a décidé autrement. Le parquet l’a finalement suivi.

Aucun regret, aucune excuse

Mais la jeune femme n’est pas dupe. « Ils vont prendre combien ? Quatre ans au maximum pour le conducteur ? ». La date du procès n’a pas encore été fixée. Elle redoute déjà l’issue. « Il va s’en tirer à bon compte alors qu’il a ôté la vie de mon amie. Je ne le supporterai pas », prévient-elle. Aujourd’hui « cette injustice (la) révolte, (la) bouffe de l’intérieur ». « Le jour de la comparution immédiate, il n’a exprimé aucun regret. Il disait que ce n'était pas ce qu'il avait voulu, donc il se sentait moins responsable. Il s’est excusé car la juge lui a demandé de le faire mais il ne m’a même pas regardé une seule fois », se souvient-elle.

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Sentiment de révolte. Colère sourde. Elle attendait qu’il exprime des regrets, qu’il ait honte. « Rien de tout ça ». A la place, il a simplement déclaré à son avocate qu’il ne voulait pas être placé en détention pour ce qu'il avait fait. « Une peine de prison ne ramènera pas Anne-Laure », poursuit Julie. « Mais j’attends surtout que cette personne s’en veuille, qu’il devienne quelqu’un de bien et qu’il se rachète. Qu’il respecte les autres ». Un minimum de considération pour ses victimes, en résumé. Un minimum de conscience aussi.

« Il n’y a pas un jour où je ne pleure pas »

« Il répétait que ce n'était pas ce qu'il voulait, que c'était un accident involontaire. Or ce n'est pas le cas pour moi. Tout ce qu'il a fait était volontaire, d'où la nécessité de changer la loi à ce sujet... Comment peut-il dire ça ? » s’interroge Julie. « Il avait bu, pris de la drogue. Il roulait trop vite, il a grillé des feux. Il n'avait pas le permis. Ça me rend dingue d’entendre qu’il ne l’a pas fait exprès. »

Depuis le drame, la jeune femme tente de se reconstruire. Pas facile. « Il n’y a pas un jour où je ne pleure pas. Je pense à Anne-Laure tout le temps », confesse-t-elle d’une voix fragile. Elle s’est pourtant fait violence pour aller de l’avant. Elle a repris le travail. Avant d’arrêter. Aujourd’hui, elle se cherche. « J’ai envie d’être utile pour les autres », déclare Julie. Elle pense à la sophrologie, s’intéresse à l’ergonomie, se renseigne sur des formations à l’issue desquelles elle pourrait enseigner la gestion du stress.

« Le positif dans tout ça, c’est que je me suis rendu compte de la valeur de la vie ». Elle savoure désormais chaque seconde passée avec ses amis ou sa famille. Des « moments précieux » pour elle : « Je sais que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Alors j’apprécie de tout petits riens ».