VIDEO. «Jeu de l'olive»: Comment éduquer les ados à respecter le corps de l'autre?

VIOLENCE A L'ECOLE Un adolescent de 18 ans a été condamné à 35 heures de travaux d’intérêt général après avoir mis une « olive » à un camarade…

Anissa Boumediene

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Dans les collèges et lycées, certains élèves se livrent au
Dans les collèges et lycées, certains élèves se livrent au — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Un adolescent de 18 ans a été condamné à 35 heures de travaux d’intérêt général après avoir mis une « olive » à un camarade.
  • Cette pratique consiste à mettre un doigt dans les fesses d'un camarade par-dessus ses vêtements.
  • Pour l’adolescent condamné, son geste n’était qu’une « taquinerie ».
  • Une absence de prise de conscience assez généralisée chez les adolescents et qui pose la question des méthodes de prévention à mettre en place pour leur apprendre à respecter l’intégrité de leurs camarades.

« Juste un jeu », « une blague de potache ». « On ne peut pas parler de victime », puisque « tout le monde trouve ça marrant ». Lorsqu’on interroge les ados sur ce qu’ils pensent de la pratique de « l’olive », ce jeu qui consiste à mettre un doigt dans les fesses d’un camarade par-dessus ses vêtements, nombreux sont ceux qui n’y voient pas de mal. Une « légèreté » d’esprit qui a conduit un lycéen tout droit en garde à vue après s’être livré à ce geste sur un adolescent, qui a déposé plainte contre lui. Pour ce qu’il qualifiait de « taquinerie », le jeune homme de 18 ans a ainsi été condamné à une peine de 35 heures de travaux d'intérêt général pour « violences dans un établissement scolaire ». Car au regard de la loi, l’olive est une agression punissable pénalement. Mais comment favoriser la prise de conscience chez les ados sur la question ? Quelles méthodes mettre en œuvre pour les sensibiliser au respect du corps et de l’intégrité de l’autre ?

Une agression sexuelle doublement punissable

Si cette pratique a cours dans les vestiaires sportifs et dans les cours de récré, pour le législateur, l’olive est loin de n’être qu’un jeu anodin. « Toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise constitue une agression sexuelle », dispose le Code pénal. Or « c’est clairement un geste à caractère sexuel d’atteinte à l’intégrité physique », confirme Me Valérie Piau, avocate en droit de l’éducation et auteure de Le guide Piau, le droit des élèves et des parents d'élèves (éd. L’étudiant). A ce titre, toute personne pratiquant ce geste encourt donc une peine de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, hors circonstances aggravantes. Et s’il est répété, « cela devient également une forme de harcèlement », ajoute l’avocate.

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En plus de se retrouver devant la justice, tout adolescent pratiquant une olive sur l’un de ses camarades « encourt par ailleurs des sanctions disciplinaires au sein de son établissement, indique Me Piau. Cela va de l’avertissement à l’exclusion de l’élève durant huit jours et, dans les cas les plus graves, jusqu’à l’exclusion définitive ».

« Déterminer des orientations nationales »

Une fois rappelées les sanctions encourues, comment faire intégrer aux élèves que ce qui est pour beaucoup d’entre eux un simple jeu peut en réalité être perçu comme un événement traumatisant ? « J’assiste à des conseils de discipline dans les beaux quartiers impliquant parfois des gamines de 12 ans se livrant à des fellations pour un pari. J’ai aussi eu vent d’adolescents qui se sont "amusés" à "jouer" à l’affaire Théo, jouant aux policiers en enfonçant des bâtons de bois dans l’anus de leur camarade, déplore Valérie Piau. Beaucoup d’ados n’ont aucune conscience de la gravité de ce qu’ils font, ni de ce qu’ils font subir à d’autres : il y a une incroyable banalisation de ces faits ».

Toutefois, « il existe déjà de nombreux dispositifs de sensibilisation des élèves à des phénomènes comme le harcèlement à l’école, à l’occasion desquels une attention particulière est portée au respect de l’autre, souligne Frédérique Rolet, professeure et secrétaire générale et porte-parole du SNES-FSU, syndicat national des enseignements de second degré. Mais il faut accentuer ce qui existe déjà. En pratique, dans mon établissement comme dans d’autres, l’infirmière scolaire a piloté une campagne de sensibilisation sur le respect physique et psychologique de l’autre, accompagnée des personnels de vie scolaire, notamment les CPE ».

Mais lorsque de tels faits se produisent, se pose la question de savoir si des opérations ponctuelles, à l’appréciation de chaque établissement, peuvent suffire. « C’est une démarche qui nécessite aussi un suivi au long cours, il faut déterminer des orientations nationales, concède Frédérique Rolet, tout en laissant une marge de manœuvre aux établissements pour leur mise en œuvre. On peut par exemple imaginer des temps forts, une semaine dédiée à la prévention d’un phénomène spécifique, avec différents ateliers, des partenariats avec des acteurs de la justice, qui rappellent la gravité de faits que certains considèrent comme un simple jeu ».

« Leur expliquer concrètement les conséquences de leurs actes »

Cette tâche, l’association InitiaDROIT, reconnue d’utilité publique, en a fait sa mission. Composée d’avocats bénévoles, l’association a noué un partenariat avec les ministères de la Justice et de l’Education nationale et anime des ateliers de sensibilisation en classe. « Nous proposons nos services, gratuits, aux établissements scolaires des départements dans lesquels nous sommes présents, expose Me Lucile Rambert, directrice générale d’InitiaDROIT. Les chefs d’établissement et les professeurs font appel à nous pour une problématique spécifique, puis nous mettons en place des interventions, des ateliers animés par des avocats, poursuit Me Rambert. Et depuis Charlie, les questions de harcèlement et de violence en milieu scolaire sont les premières problématiques qui poussent les établissements à faire appel à nous pour organiser des interventions dans leurs classes ».

Des sujets qui sont plus spécifiquement au programme des classes de 4e, au collège, « mais qui sont une réalité de la 6e à la terminale, constate Lucile Rambert, qui prône la prévention. S’agissant de l’olive, comme de toute autre forme de violence, de harcèlement et d’incivilité à l’école, il faut plus de répression en cas de passage à l’acte, mais il faut en amont bien plus de prévention, de pédagogie. Prévenir de tels actes, c’est démontrer aux élèves de manière concrète que ce n’est pas drôle : certains en viennent au suicide », insiste Me Rambert.

Pour déclencher la prise de conscience, pas de discours mielleux et angélique. Les avocats bénévoles adoptent « la méthode des cas pratiques : c’est de la jurisprudence, avec des affaires réelles illustrant au plus juste la thématique du jour, explique Lucile Rambert. Des cas impliquant des jeunes, comme eux, pour qu’ils se sentent concernés, parce que c’est le seul moyen de déclencher chez eux une véritable prise de conscience. En les faisant passer tour à tour du côté de la victime et de son agresseur, en leur parlant à leur niveau, ils comprennent très bien la portée de tels actes, la nuisance et la détresse psychologique que cela peut engendrer. Le fait que l’on soit des professionnels venant de l’extérieur libère aussi leur parole, ils sont très réceptifs. Et si on leur explique les choses clairement, concrètement, on voit que ces comportements sont réversibles, on peut leur faire comprendre l’importance du respect mutuel, développe l’avocate. Mais pour une efficacité optimale, la prévention doit débuter dès le début du collège, où les ados sont très fragiles ».

Aujourd’hui encore, au cours de sa scolarité, un élève sur dix sera victime de harcèlement.