Lyon: Simulateur de vol, sophrologie… comment les futurs commissaires de police sont formés à réagir en situation de crise

Police Simulateur de vol AviaSim, techniques sophrologiques… Cette semaine, les futurs commissaires de police de Lyon ont été formés à la prise de décision en cas de situations extrêmes.…

Dylan Munoz

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Les futurs commissaires formés dans un cockpit au centre AviaSim de Lyon
Les futurs commissaires formés dans un cockpit au centre AviaSim de Lyon — Dylan Munoz
  • Les futurs commissaires de l’Ecole Nationale Supérieure de la Police ont été formés cette semaine à la prise de décision en cas de situations extrêmes.
  • Ils se sont entraînés sur un simulateur de vol ultra-réaliste au centre AviaSim de Villeurbanne. 
  • La formation en question passe aussi par l'apprentissage de techniques de relaxation.

« Vous piquez trop du nez, remontez légèrement ». Le pilote professionnel rappelle à l’ordre les deux novices installés dans le cockpit. Le masque à oxygène sur le visage. La conduite de l’avion vacille et devient périlleuse.

Les futurs commissaires de la police ont été formés cette semaine à la prise de décision dans les cas extrêmes. Une formation dont une partie s’est déroulée dans les locaux de l'Ecole Nationale Supérieure de la Police à St-Cyr-au-Mont-d’or. Et l’autre chez Aviasim, simulateur d’avion de ligne ultra-réaliste à Villeurbanne.

Regroupés par binôme, les élèves ont dû se concerter pour réagir au mieux face aux différentes problématiques qui leur étaient exposées. Les plus jeunes ont été associés aux plus expérimentés.

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Panique dans l’avion

Après un brief de quelques minutes et sous les conseils d’un pilote aguerri, les nouveaux venus sont placés dans le cockpit. « On sait qu’on va devoir piloter un avion. Qu’on va être mis sous pression mais pas grand-chose de plus », explique l’un des futurs commissaires. Lyon-Genève. Un plan de vol simple et plutôt banal. Les deux policiers, pilote et copilote d’un jour, sont dans leur rôle.

Les tests micros sont effectués, les issues fermées vérifiées, il n’y a plus qu’à mettre « plein sur les gaz ». Les 9.000 mètres d’altitudes sont atteints lorsqu’un message radio vient les alerter. « Un passager est en détresse ». Il faut réagir et vite. Quelques secondes plus tard, c’est un incendie dans les toilettes de l’avion qui se déclare. Pour ne rien arranger, le cockpit se met à fumer. Les mesures sont à peine prises, qu’un nouveau message radio indique qu’un homme se montre violent et dangereux. Il faut atterrir d’urgence, masque à oxygène sur le visage. Chaque mise en situation est intense pour oublier le côté fictif et tirer le meilleur des candidats.

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S’ensuit un débriefing avec leurs moniteurs de la police, les pilotes professionnels eux-mêmes et les psychologues présents lors de l’exercice. Le retour est unanime de la part des élèves. « C’est une super-expérience. Il y a une vraie corrélation entre ce qu’on vient de faire et ce qu’on vit au quotidien. Comme gérer la radio dans un moment de stress pendant qu’on intervient. Le travail d’équipe est vraiment important. Le fait d’avoir constitué des duos avec des jeunes et des personnes qui ont l’habitude du terrain, a permis de bien s’en sortir ».

« Ce qu’ils vivent dans cette cabine, c’est notre quotidien »

Laurent Guimet, commissaire de Police, responsable du département des formations professionnelles à l’ENSP, témoigne de l’importance de ce genre d’événement : « Il y a une prise de conscience, un travail d’équipe. Ce qu’ils vivent dans cette cabine, c’est notre quotidien : du stress, de la pression, aussi bien dans les enquêtes judiciaires que lors des interventions ». Et de rappeler que « 70 % des crashs aériens sont dus à des erreurs humaines ».

Au quotidien, les erreurs humaines en question restent possibles. La patience s’estompe parfois, la gestion de la situation devient compliquée et la sensation de perdre pied s’installe. Des moments difficiles à contrôler. Pour préparer au mieux ses élèves à la gestion des situations de crise, l’école de nationale de police s’appuie également sur la méthode TOP, La Technique d’Optimisation du Potentiel. Une méthode élaborée par le docteur Edith Perreaut-Pierre, entre autre sophrologue et ancienne médecin des armées.

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« Des situations professionnelles se dégradent jusqu’au suicide »

La respiration fait partie des outils essentiels de cette technique. « Il faut trouver une zone de plénitude quitte à s’endormir. Quand vous êtes en planques des heures où des jours, le fait de faire des siestes de 5 à 20 minutes permet de récupérer trois à quatre heures d’énergie », explique Thierry, policier formateur aux techniques de sécurité et d’intervention.

Dans la salle de l’école, les exercices de respirations s’enchaînent pour les huit policiers présents. Remplir ses poumons, expirer de façon différente permet de se relaxer. La suite est composée d’étirements et d’instructions dans un calme absolu. La séance se termine sur le dos, les yeux fermés et le corps détendu. Dans le but de remettre en tête des images positives censées transporter l’esprit dans la fameuse « zone de plénitude ».

« Cela fait 30 ans que les militaires, confrontés à des situations difficiles sur le terrain, utilisent ces techniques », précise Thierry. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, la police aussi fait face aux tueries de masses sur les voix publiques. On voit bien que des situations professionnelles se dégradent. Elles vont parfois jusqu’au suicide ». Ces formations sont vouées à être étendues « à tous les corps de la police » dans les prochaines années.