Meurtre de Sophie Toscan du Plantier: Le suspect, Ian Bailey, sera-t-il renvoyé aux assises?

JUSTICE La cour d'appel de Paris dira jeudi si elle confirme le renvoi aux assises du Britannique Ian Bailey, soupçonné du meurtre de Sophie Toscan du Plantier en Irlande en 1996...

20 Minutes avec AFP

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Photo non datée de Sophie Toscan du Plantier.
Photo non datée de Sophie Toscan du Plantier. — PATRICK ZIMMERMANN / AFP

Plus de 20 ans d’enquête, un suspect mais toujours pas de procès. La cour d’appel de Paris dira jeudi si elle confirme le renvoi aux assises du Britannique Ian Bailey, soupçonné du meurtre de Sophie Toscan du Plantier en Irlande en 1996.

« La décision ne sonnera pas la fin de notre combat »

Ian Bailey, 60 ans, avait été renvoyé le 27 juillet 2016 devant la cour d’assises de Paris pour le meurtre de l’épouse du producteur de cinéma et ancien patron de Gaumont, Daniel Toscan du Plantier, décédé en 2003. Le journaliste, qui a toujours contesté être l'auteur du crime et que Dublin refuse d'extrader, avait fait appel.

« La décision rendue jeudi ne sonnera pas la fin de notre combat », prévient Jean-Pierre Gazeau, l’oncle de la victime. « Bailey ira en cassation si son renvoi aux assises est confirmé. Dans le cas contraire, nous formerons un pourvoi devant la haute juridiction », souligne-t-il.

Si un procès devait se tenir, il pourrait avoir lieu en l’absence du journaliste : la justice irlandaise a jusqu'à présent refusé sa remise aux autorités françaises - qui ont délivré deux mandats d’arrêt à son encontre en 2010 et 2016 - invoquant l’absence de réciprocité entre les deux pays en matière d’extradition.

« S’il est un jour condamné par défaut en France, nous espérons que Dublin accepte enfin de l’extrader », souligne Alain Spilliaert, l’un des avocats de la famille. Ces derniers ont aussi déposé plainte devant la Commission européenne, espérant « l’ouverture d’une procédure d’infraction à l’encontre de l’Irlande ».

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Frappée à la tête à coups de parpaing

Sophie Toscan du Plantier avait été retrouvée morte au matin du 23 décembre 1996 en contrebas de sa maison isolée de Schull, un village de la côte sud-ouest de l’Irlande, où elle était venue passer quelques jours avant Noël. Alors âgée de 39 ans, la jeune femme avait été frappée à la tête à coups de parpaing.

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris va devoir trancher : le principe du « non bis in idem », qui pose que nul ne peut-être poursuivi deux fois pour les mêmes faits, peut-il s’appliquer comme l’affirme la défense de Ian Bailey ?

« Le procureur général d’Irlande a déjà indiqué que "les éléments de preuve ne permettent pas de renvoyer Ian Bailey devant la juridiction de jugement" », souligne Me Dominique Tricaud, l’avocat du suspect. « Cette décision doit être respectée par la justice française » au nom de la règle "non bis in idem" », estime-t-il. Mais pour les avocats de la famille, ce grand principe juridique, consacré par le droit européen, ne peut s’appliquer car le rapport du procureur général d’Irlande n’a « aucun caractère définitif et ne peut-être assimilé à un non-lieu ». La cour d’appel va aussi se prononcer sur les nombreux éléments à charge.

Attirance physique pour la jeune femme ?

Ian Bailey avait rapidement fait figure de suspect : il portait des égratignures sur le visage et les avant-bras, avait évoqué dans ses articles des éléments de l’enquête, notamment sur l’arme du crime, censés être connus uniquement du meurtrier et des policiers, et avait assuré ne pas connaître la victime alors que plusieurs éléments ont démontré le contraire. Plusieurs témoins ont aussi affirmé qu’il leur avait avoué le meurtre sous l’emprise de l’alcool, l’un d’eux évoquant son attirance physique pour la jeune femme.

Mais « aucune preuve scientifique ne rattache mon client à la scène de crime », relève Me Tricaud. L’état du corps de Sophie Toscan du Plantier, resté dehors recouvert d’une simple bâche pendant 36 heures avant l’arrivée du médecin légiste, n’avait en effet pas permis de relever un éventuel ADN étranger. Vingt-et-un ans après, l’affaire suscite encore un vif intérêt : un documentaire audio va être diffusé à partir du 8 février sur la plate-forme d’Amazon Audible.