Projet d'attentat contre des militaires à Toulon: Dix ans de prison

JUSTICE Le tribunal correctionnel a assorti la peine - la plus lourde prévue par la loi - d’une période de sûreté de moitié...

M.C. avec AFP

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Un sous-marin à la base navale de Toulon en 2010
Un sous-marin à la base navale de Toulon en 2010 — POCHARD PASCAL/SIPA

Il avait commandé des cagoules et des armes : Hakim Marnissi, 27 ans, a été condamné lundi à Paris à dix ans d’emprisonnement pour avoir projeté d’attaquer des militaires à Toulon en 2015, ses dénégations n’ayant pas convaincu les juges.

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Le tribunal correctionnel, qui jugeait le jeune Toulonnais pour association de malfaiteurs à visée terroriste, a assorti la peine - la plus lourde prévue par la loi - d’une période de sûreté de moitié, et ordonné son maintien en détention. Les juges ont estimé avoir « suffisamment d’éléments » pour caractériser son « projet de commettre un attentat ».

Radicalisé après une rupture amoureuse et une période de chômage

Il y a encore quelques années, Hakim Marnissi, à mille lieues du djihad, travaillait dans la mode, postait des photos de mannequins sur Facebook et sortait avec des filles. Puis survinrent une rupture amoureuse et une période de chômage, a-t-il raconté au tribunal : « J’ai commencé à m’isoler, je passais mes journées sur ordinateur ». En 2013, lui dont les parents n’étaient pas pratiquants avait commencé à fréquenter la mosquée.

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C’est là qu’il a rencontré Mustapha Mokeddem, un jeune homme aux idées radicales - « les gens l’appelaient Al-Qaïda » - qui venait de passer plusieurs mois en prison pour avoir proféré de violentes menaces contre Charlie Hebdo et acheté des couteaux pour « égorger » ses dessinateurs.

Au contact de Mokeddem, Marnissi s’est radicalisé à la vitesse de l’éclair. Comme sous l’emprise d’une « secte » ou d’un « gourou », « on se retrouve dans un engrenage », a expliqué le prévenu, chemise rayée, barbe et cheveux noués.

Cagoules, couteau et gilet tactique

En 2014, Mokeddem lui avait parlé de la création d’un « Etat islamique » et l’avait convaincu d’y partir. Marnissi avait tenté à deux reprises, sans succès. Mokkedem, lui, avait fini par s’installer en Syrie fin 2014.

Désormais dans le radar des renseignements français, interdit de quitter le territoire, Hakim Marnissi avait fini, en juillet 2015, par être mis à la porte de chez lui par sa mère, qui ne supportait plus son prosélytisme.

En octobre, le foyer où il s’était installé avait appelé la police après avoir reçu deux colis ouverts. L’un contenait des cagoules, l’autre un couteau avec une lame de 10 centimètres. D’autres paquets contenant des lames en forme de clés ou un gilet tactique étaient arrivés ultérieurement. Il avait été arrêté le 29 octobre 2015.

« Absence d’évolution » et « réflexion autocentrée »

En garde à vue, il avait expliqué qu’à défaut de pouvoir rallier la Syrie, il avait été incité par Mokeddem à passer à l’action en France, contre l’arsenal de Toulon, premier port militaire de Méditerranée, en attaquant des militaires « au couteau » pour « mourir en martyr ».

Il est revenu lundi sur ces propos, affirmant avoir été « piégé par les policiers » alors qu’il était en garde à vue sans défenseur, en pleine grève des avocats. Selon lui, les cagoules étaient destinées à pratiquer l’airsoft (un jeu utilisant des répliques d’armes de guerre), les lames à être revendues.

« Il n’y avait aucun projet de passer à l’acte », a-t-il déclaré. Mokeddem avait évoqué une attaque contre l’arsenal « sur le ton de la rigolade », a-t-il assuré, « c’était complètement superflu, idéaliste de faire un attentat là-bas ».

Nier tout projet d’attaque « démontre une absence d’évolution », lui a lancé la présidente du tribunal. Le procureur, qui avait requis dix ans avec période de sûreté des deux tiers, avait dénoncé « une réflexion autocentrée, sans aucune condamnation de ce qu’est l’Etat islamique ».