Notre-Dame-des-Landes: Pourquoi le nettoyage de la fameuse «route des chicanes» n'est pas anodin

AEROPORT Le chantier pour dégager la route D281, organisé par les anti-aéroport, a démarré ce lundi matin sur la ZAD...

Julie Urbach

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La route des chicanes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
La route des chicanes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes — S. Salom Gomis/ SIPA
  • Les opposants au projet ont commencé à procéder à l'enlèvement des divers obstacles et barricades qui jonchent depuis cinq ans la RD 281.
  • Une opération symbolique après l'annonce de l'abandon du projet, tant pour l'Etat que pour le mouvement anti-aéroport.

Moins d’une semaine après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dames-des-Landes, ça bouge ce lundi sur la ZAD. Plusieurs dizaines de volontaires et d’habitants de la zone participent depuis 10h au nettoyage de la désormais célèbre « route des chicanes ». Le point sur cette opération loin d’être anodine.

C’est quoi cette route ?

La route des chicanes, ou RD281, est l’une des deux axes principaux qui traversent la ZAD, du nord au sud. Elle relie sur plusieurs kilomètres le bourg de La Paquelais à celui de Fay-de-Bretagne, en longeant la commune de Notre-Dame-des-Landes. Même si les GPS l’indiquent toujours, cette route avait été fermée en novembre 2012 par le conseil départemental, « pour des raisons de sécurité ». Elle avait été le théâtre d’affrontements, notamment lors de la tentative d’évacuation de la ZAD, l’opération César, qui s’est soldée par un échec.

Livrée aux ronces, elle était obstruée par divers obstacles (pneus, épaves de véhicules, barricades en tous genres) visant à empêcher le retour des forces de l’ordre. Cet axe était « gardé » quasiment en permanence, depuis des cabanes et miradors dressés dans les arbres. Mais en cas de transfert de l’aéroport, la RD281 était vouée à disparaître.

Les premières opérations ont démarré sur la route des chicanes
Les premières opérations ont démarré sur la route des chicanes - L. Venance/ AFP

Pourquoi son cas semble-t-il aussi sensible ?

Sa libération est l’une des conditions posées par Edouard Philippe après l’annonce de l’abandon du projet. « Les squats qui débordent sur la route doivent être évacués, les obstacles retirés, la circulation rétablie. À défaut, les forces de l’ordre procéderont aux opérations nécessaires », avait-t-il prévenu. Une première étape au « retour à l’état de droit » sur la ZAD que le gouvernement ne cesse de promettre.

Sur place, tous les opposants au projet n’étaient pas forcément d’accord pour enlever les obstacles, perçus comme des emblèmes de la lutte. Si les agriculteurs historiques, qui veulent retrouver une « ambiance apaisée » y voient un signe de bonne volonté, il a fallu plusieurs semaines de négociations avec les zadistes les plus radicaux pour les convaincre. « Nous pourrions revenir sur cette décision si des menaces d’expulsion venaient à se concrétiser, en refermant cette route et les autres traversant la ZAD », a d’ailleurs prévenu l’Acipa, la principale association anti-aéroport.

Un plan de la ZAD
Un plan de la ZAD - L. Venance/ AFP

En quoi consiste le nettoyage ?

« Les cabanes ont commencé à être démontées, une première caravane a été vidée totalement », a décrit Pascale Chiron, élue EELV de Nantes, alors que la presse a été tenue à l’écart des opérations ce matin. Le tri sélectif fonctionne à fond : il y a une benne de bois, une de béton, une benne de pneus, une de chicanes. » Un appel à volontaires a déjà été lancée pour la journée de mardi car selon le maire de la commune, Jean-Paul Naud, les opérations de déblayage pourraient durer trois jours.

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Mais la réouverture de la route ne devrait pas intervenir immédiatement. « Son niveau de dégradation est tel qu’il est inenvisageable de la rouvrir à la circulation sans des travaux lourds, coûteux et complexes qui nécessiteront du temps », a jugé vendredi Philippe Grosvalet, président (PS) du conseil départemental, à qui il revient de décider de lever l’interdiction de circulation. Toute la signalisation est à réinstaller.

Ça va changer quoi ?

Si certains riverains continuaient de l’emprunter malgré l’interdiction, la route D281 demandait aux autres automobilistes d’effectuer un détour de plusieurs kilomètres. Au-delà d’une meilleure circulation sur la zone, pour les activités agricoles notamment, la libération de cette route a donc aussi une valeur hautement symbolique, tant pour l’Etat que pour les opposants.

La route des chicanes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
La route des chicanes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes - S. Salom Gomis/ SIPA

« Les routes, elles appartiennent à tous. Le premier signe de retour à l’état de droit, c’est la circulation sur les routes », avait insisté la préfète la semaine dernière. Pour le mouvement anti-aéroport, cette opération aura montré sa capacité à se mettre d’accord, en respectant les délais, et en évitant une intervention des forces de l’ordre. Un premier pas avant d’autres négociations avec l’Etat qui s’annoncent plus difficiles, au sujet de l' avenir que les opposants souhaitent construire sur place.