Blocage des prisons: En Auvergne-Rhône-Alpes, les surveillants s'inquiètent de la montée de la radicalisation

COLERE Le mouvement de blocage des prisons a été particulièrement suivi en Rhône-Alpes ce lundi, où l'on s'inquiète de la montée de la radicalisation même si aucun incident de ce genre n'a été recensé...

Caroline Girardon

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Corbas, le 29 novembre 2017
L'administration pénitentiaire lance une vaste campagne de recrutement de surveillants de prison. C. Girardon / 20 Minutes
Corbas, le 29 novembre 2017 L'administration pénitentiaire lance une vaste campagne de recrutement de surveillants de prison. C. Girardon / 20 Minutes —
  • Quatorze établissements pénitentiaires de la région Auvergne-Rhône-Alpes étaient bloqués ce lundi matin.
  • Les surveillants redoutent la montée de la radicalisation et réclament une « structure adaptée ».
  • Ils déplorent le manque de moyens pour neutraliser ou simplement surveiller les détenus les plus dangereux.

Feux de palettes ou de pneus, blocages des entrées… Les gardiens de prison ont montré qu’ils étaient toujours déterminés à poursuivre l’action menée au niveau national. Lundi, 14 établissements sur les 18 recensés en région Auvergne-Rhône-Alpes ont tourné au ralenti ou ont été totalement bloqués.

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Tôt le matin, les « matons » ont « déposé les clés », refusant ainsi de prendre leur service, comme à Saint-Quentin-Fallavier, Riom, Corbas ou Villefranche. D’autres ont empêché que la relève s’effectue ou ont retardé leur prise de service. Avec toujours le même leitmotiv : obtenir plus de moyens. Notamment pour pourvoir déceler et surveiller les détenus radicalisés.

« La population carcérale a toujours été vindicative »

« En Rhône-Alpes, la population carcérale a toujours été très vindicative. Les surveillants sont exposés quasiment quotidiennement aux insultes, crachats, agressions », relate d’emblée Matthieu Perez, secrétaire régional du SPS, syndicat pénitentiaire des surveillants. « Mais aujourd’hui, on se mobilise sur les tentatives d’assassinat. C’est un problème différent des agressions. Malheureusement, nous n’avons pas les moyens humains de gérer les détenus radicalisés », poursuit-il.

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Dans la région, aucun incident de ce type n’a pourtant été recensé. C’est « la crainte que cela puisse se produire », qui mobilise le personnel. Chaque établissement compte dans ses rangs « au moins 5 ou 6 détenus » radicalisés, assure Matthieu Perez. « On est même bien au-dessus », ajoute Frédéric Dufaud, d’UISDP-FO, refusant toutefois de donner de chiffres.

Une structure adaptée pour les détenus radicalisés

Les syndicats réclament de fait une « structure adaptée » où peuvent être réunis ces détenus-là. Une solution qui serait différente du simple placement à l’isolement. « Cela permettrait d’éviter qu’ils soient éparpillés dans toute la prison et mélangés anonymement aux autres personnes incarcérées », note Matthieu Perez.

« Aujourd’hui, nous n’avons aucun moyen de les neutraliser ». Pas de taser, pas de menottes. Rien non plus pour contenir les esprits qui s’échauffent. Rien pour enrayer le début d’un soulèvement. « On est simplement équipé d’un sifflet pour alerter lorsqu’il y a un problème dans les coursives », ajoute-t-il.

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L’autre difficulté est de les recenser et d’être ainsi plus vigilants. Un bureau central de renseignement pénitentiaire a pourtant été créé en 2017. Ce réseau a pour vocation de devenir un interlocuteur pour les autres services de renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Mais là encore, il est « compliqué » selon les syndicats, de savoir « qui est qui ».

« On est plus dans le cliché du détenu portant une grande barbe »

« A part de gros profils estampillés dans les affaires de djihadisme comme les attentats du 13 novembre, on ne sait rien du tout. On ne sait pas qui est fiché S par exemple. On ne détient aucune information », témoigne Dominique Verrière, représentant régional du syndicat UFAP-UNSA. « De fait, on ne peut pas prendre de précautions spécifiques avec ces gens-là », déplore-t-il. Sans parler de ceux qui se radicalisent en détention. « On est plus dans le cliché du détenu portant une grande barbe. Leur appartenance à un mouvement radical ne se voit pas aux premiers abords », observe Thierry Perez.

Un référent voire deux ont pourtant été désignés dans chaque établissement pour détecter les profils dangereux. « Le problème est le suivant : quand vous avez à gérer 80 détenus par coursive, vous ne pouvez pas tout observer », relève Manuel Cigès, surveillant à Bourg-en-Bresse et délégué syndical FO.

« On ne peut pas poster un surveillant derrière chaque grille. Et d’ailleurs, ce n’est pas souhaitable. Même en affectant deux agents par coursive, cela ne suffirait pas », ajoute Dominique Verrière, estimant que « la libéralisation à outrance en détention », n’a fait qu’accentuer le problème.

Trop de liberté ?

« Les prisonniers ne passent plus la plupart du temps enfermés en cellule. Ils déambulent dans les couloirs, à l’extérieur de leurs bâtiments. Ils vont en cours, font des activités sportives, participent à des ateliers. On les accompagne mais on ne peut pas être derrière eux en permanence. La plupart sont libres de leur mouvement », poursuit-il.

Difficile également de tendre l’oreille et suivre discrètement les discussions lors des promenades. « Généralement, les détenus signalés prêchent pendant ces moments-là et font pression sur les autres pour qu’ils rejoignent leur mouvement », explique Matthieu Perez.

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Pour Dominique Verrière, le fond du problème réside dans l’assouplissement des règles en vigueur. « L’administration pénitentiaire fait preuve de trop de laxisme. C’est une façon d’acheter la paix sociale », critique-t-il. « On laisse les dealers faire leur business. Même si on ne le dit pas, on tolère le shit et on permet aux détenus d’en fumer ». « Les fouilles au corps ne sont plus obligatoires. Sans parler de l’absence de filet anti-projection. Les prisons sont devenues de vraies passoires », abonde Manuel Ciges, déplorant la situation actuelle. « On fait un beau métier mais là, on traverse une crise profonde. »

« Personne n’a envie de se faire agresser ou tuer pour 1.400 euros », conclut Matthieu Perez, qualifiant les propositions de la Ministre « d’insultes à la profession ».