Prisons: Appel au blocage total lundi après le rejet unanime d'un projet d'accord

NEGOCIATIONS La CGT-Pénitentiaire a annoncé qu’elle « ne signera pas » le texte proposé par le ministère, et à l’Ufap-Unsa, « les premières remontées sont négatives »...

B.D. avec AFP

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Illustration d'un centre pénitentiaire. (Archives)
Illustration d'un centre pénitentiaire. (Archives) — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Ils appellent à un «blocage total» des établissements lundi à 6h. Après une semaine de tensions dans les prisons, les syndicats de surveillants ont rejeté samedi un projet d'accord négocié avec le gouvernement.

L'Ufap-Unsa, le syndicat majoritaire (40%), a annoncé dans la soirée qu'après avoir consulté ses militants, il ne signerait pas ce texte, pourtant négocié avec le gouvernement durant la semaine sur base d'une plateforme commune de revendications avec la CGT-Pénitentiaire. Celle-ci (environ 15%) avait déjà annoncé dans l'après-midi qu'elle ne signerait pas, évoquant des propositions «bien en deçà des attentes des collègues mobilisés, notamment en terme de reconnaissance et d'attractivité de (ses) missions de service public (indemnité et statut) et de l'insuffisance de création de postes proposés».

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Ce projet d’accord prévoit notamment la création de 1.100 emplois de surveillants sur quatre ans, « dont une première tranche de 100 emplois dès 2018 ». Le texte prévoit aussi des mesures pour améliorer la sécurité des gardiens et un régime de détention défini pour les « détenus terroristes et radicalisés », permettant une « étanchéité totale de la gestion des détenus les plus dangereux ».

A l’heure actuelle, on compte 28.000 surveillants pour près de 70.000 détenus dans 188 établissements en France. La chancellerie estime à environ 500 les détenus incarcérés pour des faits de terrorisme et à 1.500 les détenus considérés comme potentiellement radicalisés.

FO-Pénitentiaire appelle à durcir le ton

De son côté, FO-Pénitentiaire (environ 30 %), qui fait cavalier seul depuis le début des actions lancées après l’agression de surveillants par un détenu djihadiste à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) le 11 janvier, a appelé à durcir le ton. Le syndicat appelle non seulement à des débrayages mais aussi à des « dépôts de clés », geste qui consiste pour les surveillants à ne pas prendre leur travail et à laisser, le cas échéant, les forces de l’ordre prendre le relais.

Le mouvement, renforcé ces derniers jours par une série d’agressions violentes de surveillants, a toutefois marqué le pas ce samedi, notamment pour laisser place à la consultation. Une vingtaine d’établissements ont été touchés « à des degrés divers », par le mouvement, consistant pour la moitié d’entre eux en des retards de prise de service, selon la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP). En fin de journée, deux prisons restaient totalement bloquées, celle de Gradignan à Bordeaux et de Borgo en Corse.

Difficultés de recrutement

Dans ce dernier établissement, où deux gardiens ont été blessés à l'arme blanche, les parloirs n’ont pas pu se tenir, a-t-on précisé à la DAP. Au centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne), « 90 % des agents n’ont pas pris leur service » samedi matin, selon Erwan Saoudi de FO-Pénitentiaire. Il a regretté que le projet d’accord n’aborde pas la revalorisation des salaires : « Ils pourraient annoncer 4.000 (agents supplémentaires), ils n’arriveront pas à recruter. Tant qu’on n’aura pas des salaires à la hauteur de nos missions, on n’arrivera pas à recruter ».

Selon Yoan Karar de FO-Pénitentiaire, « il y a encore eu un concours de recrutement de gardiens de prison (mercredi) et 70 % des candidats ne se sont même pas présentés ». Des chiffres globalement validés par la DAP, qui évoque « 34 % de candidats qui se sont présentés sur les 15.000 inscrits » pour quelque 1.200 postes.

C’est dans ce climat pesant, qu’à la prison de Maubeuge, dans le Nord, un «mouvement d'excitation» a gagné ce samedi une vingtaine de détenus, selon Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires, entraînant l’intervention d’équipes régionales de sécurité. « Le problème est réglé », a-t-il ajouté, refusant de parler de « mutinerie ». Et à Guéret, un surveillant de la maison d’arrêt a été agressé ce samedi par un jeune détenu qui lui a donné un coup de poing lors de la distribution des repas. « Vous méritez de vous faire égorger, vous êtes des incompétents, vous n’avez pas à faire grève », lui a lancé le jeune détenu.