Nantes: «De mon jardin, je peux voir la tête du pilote...», s'agace une riveraine de l'aéroport

ABANDON DE NOTRE-DAME-DES-LANDES Au lendemain de l'enterrement du projet de Notre-Dame-des-Landes, la nouvelle a du mal à passer chez les riverains de l'actuel aéroport, au sud de Nantes...

Julie Urbach
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Les avions survolent des habitations quartier des Couëts, à Bouguenais
Les avions survolent des habitations quartier des Couëts, à Bouguenais — J.Urbach/ 20 Minutes
  • Les habitants des communes proches de l'aéroport actuel craignent que les nuisances ne progressent.
  • A Bouguenais, au lendemain de la décision, ils évoquent notamment des problématiques de bruit et de sécurité.

« Voilà, encore un, ça doit être le dixième depuis ce matin ! » Alors qu’un nouvel avion s’apprête à atterrir, ce jeudi midi à Nantes-Atlantique, la colère se mêle à la résignation à Bouguenais, quartier des Couëts. Au lendemain de l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les habitants de cette commune au sud de Nantes, à quelques kilomètres de l’aéroport qui sera réaménagé, se placent dans le camp des déçus.

Alors qu’on estime à 42.000 le nombre de personnes actuellement exposées aux nuisances sonores des avions se posant et décollant, cette ville de l’agglo nantaise fait partie des plus concernées. La piste unique, orientée dans l’alignement du centre-ville de Nantes, engendre les atterrissages par le nord. « De mon jardin, je peux voir la tête du pilote, ironise Mireille. Ça fait 20 ans que je suis là et les nuisances sonores n’ont fait qu’empirer. » « C’est devenu insupportable, abonde Pascal, le gérant d’un bar. Je suis à la retraite dans trois ans, et croyez-moi, après, je me barre. J’ai 600 m2 de jardin mais je ne peux pas en profiter ! Marre de s’arrêter de parler dès qu’un avion passe, de ne pas pouvoir téléphoner dehors. »


Travaux d’isolation

Si certains habitants ne sont pas hostiles à la décision, rappelant que l’aéroport « a fait baisser les impôts locaux » et a permis « de financer des infrastructures », la colère envers le gouvernement est forte chez d’autres. « Ils vont devoir assumer financièrement, lance Christian. J’en suis à 20.000 euros de travaux d’isolation, financés sans aide pour la plupart. Les toits des maisons sont noirs à cause du kérosène, il faut les nettoyer. Mes voisins ont arrêté leur potager, ils ont peur des rejets et des maladies. »


« Quand il y aura un crash ou accident, on verra si M. Hulot viendra constater les dégâts », ose un passant. Une problématique qu’abordait le rapport des médiateurs, qui indiquait que le survol d’une zone urbaine pose aussi un souci de sécurité aérienne. Les élus communistes et socialistes de la commune estiment, eux, que « le développement économique et la création d’emplois au sud de la métropole seront bloqués ».

Prolongement de la piste

Ce jeudi matin, la ministre Elisabeth Borne a confirmé que les études pour le prolongement de la piste de Nantes-Atlantique seraient bien lancées, et que la problématique du bruit serait prise en compte. « Elle ne réalise pas de ce que l’on vit déjà actuellement, embraye Dominique, qui habite sur la commune de Saint-Aignan-de-Grandlieu. Le premier avion décolle à 5h20 du matin, le dernier c’est à 1h... L’été, avec les low cost, c’est incessant. Et comment va-t-elle agrandir la piste, avec des maisons autour… en procédant à des expropriations peut-être ? »

Le maire de Saint-Aignan, qui était évidemment partisan du transfert et craint désormais pour le développement de sa commune, a affirmé qu’il ne laisserait pas cet agrandissement se faire, alors que divers collectifs de riverains réfléchissent à des moyens, notamment juridiques, de montrer leur opposition. « Ils [le gouvernement] savent qu’on ne mettra pas le bordel comme les zadistes, donc ils sont tranquilles, s’étrangle Pascal. En attendant, ici, cette hérésie va dissuader beaucoup de gens de continuer à aller voter. »