VIDEO. Notre-Dame-des-Landes: Sur la ZAD, les opposants savourent «un rendez-vous avec l’Histoire»

AEROPORT Après l’annonce du Premier ministre, des centaines d’opposants se sont rassemblés sur la ZAD pour fêter cette « victoire »…

Julie Urbach

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Les zadistes célèbrent l'abandon du projet / AFP PHOTO / LOIC VENANCE
Les zadistes célèbrent l'abandon du projet / AFP PHOTO / LOIC VENANCE — AFP
  • Le Premier ministre a annoncé ce mercredi matin que le projet d'aéroport serait abandonné.
  • Les opposants se rassemblent depuis cet après-midi sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

« Incroyable », « un soulagement », « une immense joie ». Quelques heures après l’annonce de l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, sur la ZAD, les opposants n’en reviennent toujours pas. A la Vache Rit, cette grange transformée en QG qui a abrité des dizaines de réunions, point presse ou autre conférences, l’ambiance est ce soir euphorique.

Des zadistes, militants, voisins, des jeunes gens, ou opposants historiques s’embrassent, se serrent dans les bras, dansent… les pieds dans la boue. Ils sont environ 300 à fêter « ce rendez-vous avec l’histoire », comme certains disent, où instruments de musique, bières et cubis sont de sortie. A 18 heures, la soirée ne faisait d’ailleurs que commencer.

« On est tellement heureux, c’est la reconnaissance de la force d’un mouvement très divers, mais finalement complémentaire, indique une jeune fille qui se fait, comme beaucoup, appeler Camille. On n’est pas des politiques mais on est des convaincus et on s’est bagarrés. On a accompli quelque chose qui n’a jamais eu lieu. » « C’est un vrai soulagement, comme une pression dans le ventre qui redescend, juge Bertille, qui est ici depuis quelques semaines. Ça montre que dans notre pays, il est possible de contester un grand projet. Et de gagner, après un combat de longue haleine. »

« Une lutte commencée en 75 »

Devant les membres du collectif anti-aéroport, qui se présentent devant l’assemblée sous les applaudissements, Agnès Bélaud, secrétaire de l’ACIPA, la principale association contre ce projet vieux de 50 ans, essuie une larme. « Je suis petite fille de paysan. Cette lutte pour la défense des terres agricoles, je l’ai commencée en 75 quand j’avais 20 ans. J’ai toutes ces images qui défilent : les réunions, les manifestations, les grèves de la faim… J’y ai mis tellement d’énergie. »

Les opposants fêtent l'abandon du projet / AFP PHOTO / LOIC VENANCE
Les opposants fêtent l'abandon du projet / AFP PHOTO / LOIC VENANCE - AFP

« Il y a eu des hauts, des bas, mais cette fois on a gagné, souffle Françoise Verchère, ancienne maire de Bouguenais et figure de la lutte anti-aéroport, qui a toujours soutenu l’option de réaménagement de Nantes-Atlantique. J’ai souvent pleuré car j’ai eu beaucoup de fausses joies ces dernières années : lors de la manifestation de février 2014 qui a finalement dégénéré, ou encore lorsque le rapporteur public avait demandé d’annuler les recours autorisant les travaux, mais que le juge ne l’a pas suivi… »

« On ne laissera pas tout en plan »

Alors que le gouvernement a annoncé que les agriculteurs historiques pourraient rester sur la zone, Marcel Thébault se dit rassuré. Mais ce paysan à la tête d’une exploitation sur la ZAD, père de deux enfants, sait que la question de l’avenir de la zone n’est pas réglée. Car Edouard Philippe a demandé aux « occupants illégaux » de partir d’eux-mêmes d’ici au printemps, le temps que la trêve hivernale s’achève, ce que personne ici ne semble accepter. « On a monté une librairie, une boulangerie, toute une nouvelle organisation de vie, de nouveaux modes d’agriculture… Ce n’est pas parce que le projet est arrêté que l’on va laisser tout en plan », indique un habitant.

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Avant, les zadistes ont aussi été appelés à déblayer les chicanes et squats qui ont notamment rendu la RD 281 inaccessible, sans quoi les forces de l’ordre s’en occuperont. « Il y a encore des divergences fortes sur la question de cette route au sein des opposants, indique Marcel Thébaut. On s’engage à s’en occuper, mais dans des délais qui permettent aux gens qui y habitent de s’y préparer. » Une étape symbolique qui permettrait aux opposants d’avancer dans les négociations avec l’Etat, au sujet de l’avenir qu'ils imaginent déjà pour la ZAD.