Réforme de l'université: Le lancement à marche forcée de Parcoursup fait grincer des dents dans les facs

PARCOURSUP Les universités vont commencer à rendre public ce jeudi leurs «attendus» dans chacune de leurs formations...

Delphine Bancaud

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Un panneau d'explication de Parcoursup au salon Postbac de janvier 2018.
Un panneau d'explication de Parcoursup au salon Postbac de janvier 2018. — D.Bancaud/20minutes
  • La définition des attendus locaux créée des crispations dans les facs.
  • Certains universitaires craignent que les facs n’aient pas les moyens d’étudier correctement des milliers de dossiers de candidatures.
  • Les dispositifs de remise à niveau sont difficiles à mettre en œuvre en si peu de temps.

Mettre à mort la plateforme APB (admission post-bac), revoir les règles d’accès à l’université, demander aux facs de mettre en place des modules de remise à niveau… Le gouvernement Macron ne s’est pas attelé à un petit dossier avec la réforme de l’université. Pas étonnant donc que sa mise en musique dans les facs fasse déjà grincer des dents.

Les universités vont commencer à publier ce jeudi sur la plateforme «Parcoursup» leurs attendus dans chacune de leurs formations, c’est-à-dire les compétences nécessaires pour réussir ses études. Des critères qui compléteront les attendus nationaux déjà dévoilés par le ministère de l’Enseignement supérieur. Et cette mission est loin de satisfaire la communauté éducative.

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« Le timing est très court »

« Les attendus risquent de générer de l’autocensure chez certains élèves qui n’oseront pas postuler à certaines formations. Et mes collègues se demandent ce qu’il faut mettre en avant. Certains d’eux comprennent petit à petit que l’on est en train d’instaurer une sélection généralisée à l’université et ils ne veulent pas être complices de cela », observe Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup.

Dans plusieurs universités, telle que Rouen, Paris I, Lille, Rennes II, Poitiers, Aix-Marseille, Paris VIII, Grenoble, la grogne monte. A Versailles, où enseigne Mathieu Hély, le président de l'Association des sociologues enseignants du supérieur ​(Ases), certains profs se sont ouvertement rebellés : « on a voté une motion s’opposant à la mise en œuvre des attendus, en argumentant sur le fait que la loi n’était même pas encore votée », explique-t-il. De telles motions ont été signées dans au moins une vingtaine d’universités pour manifester un refus de définir des attendus locaux, en d’autres termes d’appliquer la réforme.

De leur côté, les présidents d’universités, majoritairement favorables à la réforme de l’université, s’efforcent d’afficher un front serein, même s’ils soulignent la mise en œuvre précipitée des nouvelles règles d’admission à la fac. « Le timing est très court », souligne ainsi Gilles Roussel, à la tête de la Conférence des présidents d’université (CPU). Mais la perspective de devoir classer les candidatures des étudiants selon certains critères semble quand même les inquiéter : « La phase de classement des dossiers va être lourde. Elle va nous demander beaucoup de personnel et de changer complètement nos habitudes », reconnaît Gilles Roussel.

La crainte d’une « inégalité de traitement des dossiers »

« D’autant qu’avec la non-hiérarchisation des vœux d’orientation, les bacheliers vont générer potentiellement huit millions de vœux. Cela va saturer le système », renchérit Hervé Christofol. « Il y aura un premier filtre informatisé qui va permettre d’établir un préclassement des candidatures et on se concentrera sûrement ensuite sur les élèves dont le dossier est limite pour entrer dans la filière voulue », rassure Gilles Roussel.

La phase de classement des dossiers inquiète aussi certains enseignants, à l’instar de Mathieu Hély : « Il n’y a pas de cadrage national des procédures de classement des candidatures. Certaines universités vont dire oui à tout le monde, d’autres fixer un pourcentage de bacheliers professionnels à accepter dans les formations… Bref, il n’y aura pas d’égalité de traitement des dossiers », estime-t-il.

Les remises à niveaux seront-elles prêtes pour la rentrée ?

Autre sujet de crispation dans les universités : l’organisation de  remises à niveau pour les candidats n’ayant pas les compétences requises à l’entrée en formation. Ces derniers pourront être acceptés dans ladite formation, à condition de suivre ces modules spécifiques. Si certaines facs sont déjà dotées de tels dispositifs, ce n’est pas le cas de toutes. « Or, cela prend du temps d’en créer et cela demande des moyens. Certaines universités auront du mal à les concevoir en si peu de temps », reconnait Gilles Roussel.

« Ces dispositifs qui existent à la marge dans les universités aujourd’hui, ne seront pas ou peu développés pour la rentrée 2018, faute de temps et de moyens financiers », s’insurge aussi l’Unef dans un communuqué publié lundi. « Le risque existe que ces modules de remise à niveau soient construits dans la précipitation et assurés par des vacataires », estime aussi Mathieu Hély. Reste aussi à savoir combien d’étudiants pourront en bénéficier. Ils seront sans doute réservés à une minorité de postulants lors de la première année de mise en œuvre de la réforme.

Face à ces incertitudes, les plus optimistes parlent de 2018, comme une année de rodage de la réforme. D’autres à l’instar de Mathieu Hély, estime que ce sera « une année de crash test ». « Ce ne sera nécessairement pas parfait, mais cela ne signifie pas pourtant qu’il ne fallait rien changer », conclue Gilles Roussel.