«Revenantes»: Des femmes racontent comment elles se sont déradicalisées

DJIHAD Dans un documentaire diffusé ce mardi soir sur France 2, la réalisatrice Marion Stalens a essayé de comprendre comment des femmes ont pu adhérer à l’idéologie djihadiste et ce qui les a poussées à s’en sortir…

T.C.

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Une femme portant le niqab
Une femme portant le niqab — FRED DUFOUR / AFP
  • Un documentaire diffusé ce mardi soir sur France 2 tente de comprendre comment des femmes ont basuclé dans l’idéologie djihadistes.
  • Elles racontent ce qui les a poussés à en sortir.

Elles s’appellent Laura, Emma, Marie, Haya. Elles ont entre 20 et 30 ans. Certaines se sont converties à l’Islam, d’autres ont grandi dans des familles musulmanes. Un jour, elles ont épousé l’idéologie djihadiste. Dans le documentaire Les revenantes, réalisé par Marion Stalens et diffusé ce mardi sur France 2 à 23h15, ces femmes expliquent comment elles ont réussi à en sortir.

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« Daesh m’a déradicalisée »

Laura, 31 ans, est Belge et est originaire de Charleroi. Ses grands-parents, eux, étaient Italiens. Enfant, elle a été victime de racisme. A 15 ans, elle s’est convertie à l’Islam. Puis, quelques années plus tard, elle rencontre le père de son premier enfant, un musulman qui lui a « appris encore plus la religion ». Pour lui, elle abandonne ses études. Mais les choses ne se passent pas comme elle l’espérait. Après l’avoir trompé alors qu’elle était enceinte, il la laisse tomber. Sans travail, sans mari, elle a l’impression de n’avoir plus que la religion dans la vie.

Elle rencontre un autre homme qu’elle épouse la troisième fois qu’elle le voit. Avec lui, elle part en Syrie, à Raqqa. Là, elle déchante. «  Daesh m’a déradicalisée », assure-t-elle. Rien ne ressemble à ce qu’on lui avait dit : « cette ville, c’était une terreur, je l’appelais la ville noire », raconte-t-elle. Ici, la mort est partout. « Tout le monde avait peur, se méfiait des uns et des autres. » Elle parvient finalement à quitter le pays avec son mari et son fils, alors qu’elle était enceinte de sept mois.

Arrivée en Turquie, elle est soulagée, elle est vivante. Laura a été condamnée à trois ans de prison avec sursis. Aujourd’hui, elle se rend dans les écoles pour faire de la prévention. Elle « témoigne pour que d’autres ne partent pas ».

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« Je me suis sentie utilisée »

Emma, elle, a 19 ans. Elle s’est convertie à l’Islam quand elle était au collège. En seconde, elle participe à un voyage scolaire en Guinée. « Je suis rentrée différente, je n’avais plus la même mentalité », explique-elle. A son retour, elle se radicalise en passant du temps sur les réseaux sociaux. « T’es dans ta bulle avec tes sœurs, tu t’y sens bien. » A 16 ans, elle rencontre un homme gare du Nord, à Paris. « Très vite on s’est dit qu’on allait se marier. » Ses parents, eux, « n’étaient au courant de rien ». « Ils ne savaient même pas que j’étais musulmane. »

Un jour, la mère d’Emma, reçoit un coup de fil des autorités l’avertissant que sa fille est en train de se radicaliser. Avec son mari, elle fait « des tours de garde devant le lycée » de la jeune femme, souffle-t-elle. Le frère d’Emma est « en état de choc ». Du jour au lendemain, sa sœur ne « veut plus s’asseoir à côté de lui ». Sa mère ne reconnaît plus sa fille, et a « l’impression d’avoir une autre personne » devant elle.

Emma se rend compte que l’homme dont elle était tombée amoureuse sur Facebook n’avait « aucun sentiment » pour elle, draguait d’autres filles. « Je me suis sentie utilisée et prise pour une imbécile. » Aujourd’hui, Emma, selon sa mère « a fini par accepter l’idée qu’elle s’était fait avoir », et a « retrouvé un peu de son sens critique ». Sa maman rencontre régulièrement d’autres mères d’adolescentes qui se sont radicalisées pour partager leur expérience.

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« J’étais une personne haineuse »

Haya, de son côté, était maltraitée par sa mère étant enfant et victime de racisme de la part des autres enfants. Elle a été à plusieurs reprises victime d’abus. Un jour, son cousin a essayé de la violer. Un autre, c’est son maître d’école qui la « caresse ». En fac, elle fait la connaissance d’une fille qui porte le voile. Elle y voit un moyen de se « préserver » des hommes. Puis, elle rencontre une femme salafiste qui lui explique pratiquer « le vrai islam » et qui lui fait « subir un véritable lavage de cerveau ».

Mariée durant neuf ans, elle a l’impression d’avoir été tout ce temps enfermée, n’ayant ni le droit d’écouter de la musique, ni de sortir pour ne pas se mêler aux « mécréants ». Son mari, dit-elle, était violent agissait comme un véritable « gourou ». « J’étais rabaissée, j’étais humiliée, il se servait de la religion pour avoir une femme de service. » Elle le quitte mais se radicalise en regardants des vidéos. « J’étais une personne haineuse, intolérante, raciste, rejetante, sûre de moi, j’étais complètement embrigadée. » Après les attentats de Paris, elle a eu un « électrochoc ».

« Les revenantes » produit par Fabienne Servan Schreiber et réalisé par Marion Stalens. Diffusé mardi 16 janvier à 23h15 sur France 2.