Reconnaissance des souffrances psychiques au travail: «Les salariés se sont simplement emparés de leurs droits»

TRAVAIL Selon l’étude de l’Assurance maladie rendue publique ce mardi, 10.000 affections psychiques au titre des accidents du travail ont été reconnues en 2016…

Helene Sergent

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Les femmes employées âgées en moyenne de 40 ans sont majoritairement victimes d'affections psychiques liées au travail.
Les femmes employées âgées en moyenne de 40 ans sont majoritairement victimes d'affections psychiques liées au travail. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Les affections psychiques (dépression, troubles anxieux, stress post-traumatique, etc.) représentaient 1,6 % des accidents du travail avec arrêt en 2016.
  • Un chiffre qui ne cesse d’augmenter selon l’Assurance maladie.
  • Les femmes employées seraient majoritairement touchées par ces affections psychiques.

Dépression, troubles anxieux, état de stress post-traumatique… Les souffrances psychiques liées au travail ont longtemps été tues ou sous-estimées. Ce mardi, l’Assurance maladie a rendu publique une étude inédite sur la reconnaissance de ces maux et sur leurs caractéristiques. En 2016, la branche accidents du travail et maladie professionnelle de l’institution a reconnu plus de 10.000 affections psychiques au titre des accidents du travail.

Depuis 2012, les demandes de reconnaissance de maladies psychiques ont été multipliées par cinq avec 1.100 requêtes formulées en 2016. Si le taux de reconnaissance de ces souffrances est nettement plus faible que celui obtenu pour tous types d’accidents du travail confondus (596 affections psychiques ont été reconnues comme telles en 2016), c’est sept fois plus qu’il y a cinq ans.

Des victimes majoritairement féminines

Autre élément révélé par cette étude, le profil des victimes. « Ce n’est pas celui que l’on imaginait. Dans près de 60 % des cas ce sont des femmes âgées de 40 ans en moyenne et ce sont surtout des employées et non des cadres. Les secteurs les plus exposés sont les métiers médico-sociaux, le commerce de détail et les transports », précise Marine Jeantet, directrice des risques professionnels de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts).

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Pour Marie Pezé, docteure en psychologie et responsable de la création de la première consultation « Souffrance et travail », ces femmes sont plus exposées aux risques psychosociaux : « Elles ont bien souvent une double journée avec des conséquences néfastes sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ». Autre explication, avance Marine Jeantet, la proportion importante de femmes dans les secteurs concernés par ces souffrances : « Il n’y a jamais un seul facteur évidemment, mais la féminisation de ces emplois peut être une explication de cette proportion parmi les victimes ».

Une plus faible tolérance

Pour Philippe Zawieja, auteur de Le burn-out (Ed. PUF) et chercheur à l’école des Mines Paris Tech, cette augmentation de la reconnaissance par l’Assurance maladie de la dépression, du burn-out ou du stress post-traumatique s’inscrit également dans un mouvement initié depuis plusieurs années. « Cette augmentation du nombre d’affections psychiques signifie-t-elle une augmentation de ces souffrances dans le monde du travail ? Pas forcément, il faut distinguer les deux. Notre société est aujourd’hui moins tolérante à la souffrance psychique au travail. Depuis les évolutions politiques et législatives entreprises en 2014 pour que ces troubles soient reconnus comme maladies professionnelles, il y a une sensibilisation accrue des institutions. Les travailleurs se sont simplement emparés de leurs droits », analyse-t-il.

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Enfin, l’aspect financier pourrait avoir joué un rôle non négligeable souligne Marie Pezé : « L’état d’épuisement de plus en plus grave a laissé de nombreux salariés dans une situation de grande précarité ». Les durées moyennes d’arrêt de travail sont de 112 jours pour ces maladies psychiques contre 65 jours pour tout accident de travail confondus. La prise en charge de ces affections liées au travail aura représenté 230 millions d’euros pour la branche en 2016.