Affaire Kulik: Willy Bardon sera-t-il renvoyé devant les assises?

JUSTICE La chambre d’instruction de la cour d’appel d’Amiens examine ce mardi, l’appel interjeté par Willy Bardon, principal suspect dans l’affaire Elodie Kulik, renvoyé par le juge d’instruction devant les assises…  

Thibaut Chevillard

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Willy Bardon, la tête recouverte d'une couverture, le 18 janvier 2013 à Amiens
Willy Bardon, la tête recouverte d'une couverture, le 18 janvier 2013 à Amiens — Philippe Huguen AFP
  • Le 12 janvier 2002, le corps calciné d’Elodie Kulik, 24 ans, est retrouvé à Tertry (Somme). La jeune femme a été violée avant d’être tuée.
  • Dix ans plus tard, les gendarmes parviennent à identifier l’homme à qui appartenait l’ADN retrouvé dans un préservatif, découvert à côté du corps.
  • Plusieurs de ses proches, parmi lesquels Willy Bardon, sont interpellés.
  • En avril 2016, les juges ont décidé de renvoyer Willy Bardon devant la cour d’assises.
     

Il a toujours juré qu’il était innocent. Contrairement à ce que pensent les trois juges d’instruction d’Amiens (Somme) chargés d’élucider le meurtre d’Elodie Kulik, 24 ans. En avril 2017, ils ont décidé de renvoyer Willy Bardon, 44 ans, devant la Cour d’assises pour enlèvement suivi de mort. Mis en examen en janvier 2013, puis  placé sous bracelet électronique depuis avril 2014, il a fait appel de la décision des magistrats. Ce mardi, la chambre d’instruction de la cour d’appel d’Amiens va donc se replonger dans cette sordide affaire.

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« Nous interjetons appel car nous estimons qu’il n’y a aucun élément sérieux dans le dossier pour justifier cette décision », explique à 20 Minutes son avocat, Me Stéphane Daquo. « Il n’y a pas assez d’éléments graves et concordants à l’encontre de Willy Bardon pour le renvoyer devant la Cour d’assises donc nous sollicitons un non-lieu », ajoute-t-il, soulignant que dans l’ordonnance de mise en accusation, qui compte 294 pages, « seule une demie concerne l’argumentation ».

Violée puis étranglée

L’affaire remonte à 2002. Le 10 janvier, Elodie Kulik, directrice d’une agence bancaire à Péronne (Somme), dîne à Saint-Quentin (Aisne), avant de rentrer chez elle. A 0h21, la jolie blonde aux yeux bleus, qui a eu un accident de voiture à Cartigny, tente d’appeler les pompiers avec son téléphone portable. Pendant une vingtaine de secondes, les secours entendent la jeune femme hurler. Tout juste parviennent-ils à distinguer derrière sa voix celles d’au moins deux hommes avec un fort accent picard. Et soudain, l’appel prend fin.

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Deux jours plus tard, le corps de la jeune femme est enfin retrouvé, en partie calciné, sur un chemin de terre, à quelques kilomètres de là, à Tertry. Les investigations montrent qu’elle a été violée, puis étranglée. Un mégot de cigarette et un préservatif usagé sont découverts près de son corps. Deux empreintes ADN sont relevés. Mais malgré les milliers d’expertises ADN réalisés, aucun suspect n’est identifié. Au grand désespoir de Jacky Kulik, le père d’Elodie, qui veut comprendre ce qu’il s’est passé cette nuit-là.

Willy Bardon est le principal suspect dans l'affaire Elodie Kulik.
Willy Bardon est le principal suspect dans l'affaire Elodie Kulik. - Philippe Huguen AFP

Un ADN enfin identifié

Mais dix ans plus tard, les progrès scientifiques permettent enfin de désigner un suspect. Il s’agit de Grégory Wiart, un artisan de 23 ans, décédé dans un accident de voiture quelques mois après le meurtre de la jeune banquière. Willy Bardon était justement un de ses amis. Ils avaient notamment passé le Nouvel an ensemble. Il est placé en garde à vue le 16 janvier 2013 avec six autres personnes.

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Le désespoir du père d’Elodie

Cinq d’entre elles ainsi que l’ancienne compagne de Grégory Wiart affirment reconnaître, sur l’enregistrement de l’appel d’Elodie Kulik aux pompiers, la voix de Willy Bardon. Ce dernier avait lui-même indiqué aux gendarmes qu’elle ressemblait à la sienne. Avant de se rétracter en niant toute implication dans cette affaire. « Le seul élément éventuellement à charge serait le fameux appel téléphonique, mais un certain nombre d’experts estiment qu’il est de trop mauvaise qualité pour être exploité », plaide Me Daquo. Il ajoute qu’aucun ADN ou relevé téléphonique ne peut prouver sa présence sur la scène du crime.

Jacky Kulik, le père d'Elodie, et son avocat Didier Robiquet (g), le 18 janvier 2013 à la sortie du palais de justice à Amiens
Jacky Kulik, le père d'Elodie, et son avocat Didier Robiquet (g), le 18 janvier 2013 à la sortie du palais de justice à Amiens - Philippe Huguen AFP

Jacky Kulik, lui, s’attendait à ce que Willy Bardon fasse appel de la décision rendue par les juges, comme il l’avait confié à l’époque au Courrier Picard. Seize ans après le meurtre d’Elodie, cet homme, qui avait déjà perdu deux filles dans un accident de voiture, espère toujours qu’un procès s’ouvrira devant les Assises de la Somme. Il avait promis à son épouse, décédée elle aussi après avoir ingéré un produit toxique, qu’un jour, justice serait rendue à sa fille. Il attend donc avec impatience la décision qui sera rendue par la chambre de l’instruction.

Contactés par 20 Minutes, les avocats de Jacky Kulik n’ont pas donné suite.