Application Reporty: «La technologie ne pourra pas remplacer l’absence de relation entre police et population»

INTERVIEW La ville de Nice va expérimenter pendant deux mois l’application «  Reporty » permettant aux citoyens de transmettre des vidéos à la police lorsqu’ils sont témoins de délits ou d'infractions...

Propos recueillis par Helene Sergent

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Illustration de la police municipale de Nice
Illustration de la police municipale de Nice — E. Dessons / SIPA
  • Le maire LR de Nice, Christian Estrosi a qualifié l’application de « révolutionnaire ».
  • Elle est actuellement développée en Israël par la start-up de l’ancien Premier ministre Ehud Barak.
  • A Nice, elle sera testée dans un premier temps par 2.000 personnes spécialisées dans la sécurité publique.

Lors de sa présentation à la presse, le maire LR de Nice Christian Estrosi, peinait à cacher son enthousiasme. Ce lundi, la ville de Nice teste une application développée en Israël par la start-up de l’ancien Premier ministre Ehud Barak. « Reporty », qualifiée de « révolutionnaire » par l’édile vient s’ajouter à un dispositif municipal chargé en matière de sécurité publique. Pendant deux mois, ce dispositif expérimental permettra aux habitants de signaler grâce à des vidéos des délits et infractions au centre de supervision urbaine (CSU) de la commune.

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Artisan de la massification de la vidéosurveillance dans sa ville, Christian Estrosi a été vivement critiqué par l’opposition municipale qui dénonce un système de « délation » généralisé. Pour Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS au Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, spécialiste des questions de sécurité, cette expérimentation s’inscrit dans une volonté de certaines municipalités à se « substituer » à l’Etat.

Le signalement citoyen en matière de sécurité est-il véritablement efficace ?

Ce qui est étrange dans cette affaire c’est que tout le monde réagit comme si la possibilité pour tout citoyen d’informer la police était nouvelle. Or il faut rappeler qu’il existe depuis plus de 20 ans des téléphones portables et que la procédure ordinaire consiste à appeler les numéros d’urgence de la police nationale (le 17), des pompiers (le 18) ou de la police municipale lorsqu’il y en a une.

Les bonnes questions à se poser sont donc plutôt : quelle est la valeur ajoutée de cette application par rapport à l’usage ordinaire du téléphone ? Soit cela change vraiment quelque chose et dans ce cas il ne faut pas simplement l’affirmer mais le démontrer, soit ce n’est qu’un gadget technologique qui fait les bonnes affaires de l’entreprise israélienne concernée.

Qu’est-ce que cela pourrait modifier dans les modes de signalement antérieurs ? Ne s’agit-il pas d’une façon de municipaliser toujours plus la sécurité au détriment de l’État ? Police nationale ou police municipale ? « Participation citoyenne » ou « voisins vigilants » ? Nice incarne parfaitement la tendance actuelle de certaines municipalités à vouloir se substituer à l’État pour toute une série de missions de police. Mais à force, les citoyens vont-ils s’y retrouver ?

Les craintes formulées par l’opposition municipale à Nice de « délation généralisée » sont-elles fondées selon vous ?

Je pense que ce n’est pas le problème. Encore une fois, chacun est déjà libre d’appeler la police à tout moment pour lui signaler un incident. Le risque est plutôt de provoquer un surencombrement du standard du CSU et d’amener les policiers municipaux à se déplacer sur une foule de petits incidents plus ou moins fondés.

Mais c’est peut-être le but recherché par la municipalité qui emploie 125 fonctionnaires dans ce CSU, ce qui est énorme. Il s’agit donc peut-être pour la mairie d’obliger les policiers municipaux à répondre davantage aux sollicitations de la population et peut-être aussi de flatter certaines clientèles politiques comme les réseaux de « voisins vigilants » et les comités de quartiers.

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Élargir la sécurité aux gestes citoyens, est-ce selon vous une forme d’« aveux de faiblesse » des forces de police ?

Non. La police a toujours eu et aura toujours besoin de la participation de la population. Simplement l’erreur de base consiste à croire que la technologie va remplacer l’absence de relation de proximité entre police et population. La meilleure des préventions comme la meilleure des répressions consiste à être déjà là, dans la rue, et non enfermé dans un centre d’appel en attendant qu’on signale les éventuels problèmes.

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On en revient ainsi aux 125 policiers municipaux enfermés dans le CSU. Ils seraient sans doute plus utiles à patrouiller à pied ou à vélo sur la voie publique en allant vraiment à la rencontre des citoyens. On répondra que ces patrouilles pédestres et cyclistes existent déjà, certes, mais avec quels effectifs ? Présents dans quels secteurs de la ville ? La communication est une chose, la stratégie policière une autre.