Calais: Deux associations d’aide aux migrants déposent plainte pour «destruction de biens»

MIGRANTS Cette action en justice vise à dénoncer une « maltraitance institutionnelle » contre les exilés présents à Calais…

Mikael Libert

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Des migrants à Calais (illustration).
Des migrants à Calais (illustration). — O. Aballain
  • Deux associations d’aide aux migrants portent plainte pour destruction de biens.
  • Elles accusent les forces de l’ordre de dégrader le matériel prêté aux réfugiés.
  • Le procureur de Boulogne-sur-Mer pourra, ou non, ouvrir une enquête.
  • Le président de la république a appelé les forces de l’ordre à être exemplaires.

Elles joignent le geste à la parole. L’Auberge des migrants et le Secours catholique ont déposé, lundi après-midi, une plainte contre X pour « destruction et dégradation de biens », en l’occurrence des bâches et des sacs de couchage prêtés aux réfugiés de Calais.

Contre la « maltraitance institutionnelle »

Début décembre dernier, plusieurs associations d’aide aux migrants avaient décidé d’inscrire leurs logos sur le matériel qu’elles distribuaient aux réfugiés de Calais. Sacs de couchage et bâches n’étaient plus alors donnés, mais prêtés. Les associations, qui restaient propriétaires des biens, se gardaient ainsi la possibilité de déposer plainte en cas de dégradation volontaire.

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Cette initiative visait, à stopper ce que L’Auberge des migrants qualifie de « maltraitance institutionnelle », traduite sur le terrain, selon elle, par la destruction des biens des migrants par les forces de l’ordre. Des faits dénoncés, en juillet 2017, par l’ ONG Human Rights Watch et plus récemment par le chroniqueur Yann Moix dans l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché, sur France 2. Ce dernier avait affirmé avoir vu à Calais des «  CRS qui gazent les couvertures de jeunes migrants de 18 à 25 ans, qui gazent l’eau potable de jeunes migrants, qui tabassent les jeunes migrants ».

Charge au procureur d’ouvrir, ou non, une enquête

« La plainte sera déposée directement auprès du procureur de Boulogne-sur-Mer, explique Loan Torondel, porte-parole de L’Auberge des migrants. Pour l’étayer, nous allons produire des vidéos, des photos et des témoignages ». L’association précise aussi que la plainte est déposée « contre X » parce que « ce ne sont pas les policiers qui sont visés, mais les personnes qui leur donnent des consignes ».

Ainsi, L’Auberge des migrants et le Secours catholique espèrent que, si le procureur décide d’ouvrir une enquête, celle-ci « permette de démontrer la responsabilité des autorités ». Responsabilité que la préfecture du Pas-de-Calais avait toujours farouchement niée, notamment au travers de tweets dans lesquels les affirmations de Yann Moix étaient qualifiées de «  fake news ».

Lors de son déplacement à Calais, mardi, le président de la République, Emmanuel Macron, a appelé les forces de l’ordre a se montrer « exemplaires », notamment en ne confisquant pas leurs effets personnels. Le chef de l’Etat a ajouté que « si manquement il y a, des sanctions seront prises ».