Blocage des prisons: «Les surveillants ont la boule au ventre quand ils vont travailler»

TÉMOIGNAGES Plusieurs centaines de surveillants ont perturbé ce lundi le fonctionnement quotidien des prisons à la suite de l’agression de trois de leurs collègues à Vendin-le-Vieil…

O.G et H.S

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Les surveillants pénitentiaires ont bloqué plusieurs prisons pour protester contre leurs conditions de travail.
Les surveillants pénitentiaires ont bloqué plusieurs prisons pour protester contre leurs conditions de travail. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Trois surveillants ont été agressés par un détenu djihadiste vendredi 12 janvier à Vendin-le-Vieil.
  • Le directeur de la prison a déposé sa démission ce lundi.
  • Plusieurs syndicats ont appelé au blocage des établissements pénitentiaires pour protester contre leurs conditions de travail.

« On fait pas vraiment ce métier par conviction vous savez, c’est un métier difficile… Mais quand j’ai commencé il y a vingt ans, il y avait au moins chez les détenus un certain respect de l’uniforme », soupire Samuel Gauthier, 40 ans et surveillant au centre pénitentiaire de Nantes.

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Comme ce délégué interrégional CGT, une centaine de ses confrères ont décidé de bloquer ce lundi plusieurs établissements. Vendredi, l’agression violente de trois surveillants par un détenu djihadiste à Vendin-le-Vieil a suscité la colère et l’indignation de toute la profession.

« C’est vraiment du non-stop »

Si les conditions de travail dépendent en premier lieu du type d’établissement et du nombre de détenus, tous dénoncent une accentuation des violences et un manque « d’attractivité » pour ce métier. Ambroise Couby a 45 ans. Depuis dix ans, il est « premier surveillant pénitentiaire » dans la plus grande maison d’arrêt d’Europe : Fleury-Merogis. « On est sollicité chaque jour en moyenne par une centaine de détenus de la première minute de notre service jusqu’à la dernière. C’est un va-et-vient constant, du non-stop », décrit-il. David Cucchietti, 48 ans, arpente les coursives des Baumettes, à Marseille, depuis 1993. Comme Ambroise, il dépeint des missions harassantes dans des conditions dégradées.

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« Aujourd’hui il y a deux établissements : le vieux, 'Baumettes I', qui doit bientôt disparaître et 'Baumettes II'. Dans le premier, il y a en moyenne un surveillant pour 100 à 150 détenus. Pour Baumettes II, c’est un surveillant pour 37 à 70 détenus. Mais au total, il y a sur l’ensemble 86 postes vacants. Cela signifie pour les surveillants des heures sup' à gogo, entre 30 et 40 heures par mois en moyenne, et des rappels sur nos repos hebdomadaires. Ça génère une immense fatigue », détaille David Cucchietti. D’autant que selon lui, les missions des surveillants en prison sont multiples : « On n’est pas seulement surveillant mais psychologue, avocat ou assistante sociale, le tout pour 1.200 euros par mois. »

« Notre autorité n'est plus respectée »

Ce manque « d’attractivité » pour la profession est l’une des principales revendications du mouvement de blocage entamé ce lundi partout en France. « Les candidats pris au concours ne viennent même plus. Avec une base de 1.200 euros et malgré les primes, il faut faire beaucoup d’heures supplémentaires pour nourrir sa famille. Mais qui dit heures supp' dit vie de famille négligée », déplore Ambroise Couby. « Une collègue cumule aujourd’hui neuf ans de boîte et gagne 1.600 euros par mois. C’est pas possible ! Et quand un jeune démarre, il était jusqu’ici logé et nourri par l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) mais il serait question de supprimer cette disposition », ajoute David Cucchietti.

« Au fil du temps, la relation surveillant-détenu s’est délitée. Notre autorité n’a plus de sens, n’est plus respectée. Même si la première fois que je suis entré dans une prison pour faire ce métier, je me suis demandé ce que je faisais là, je n’ai jamais regretté. On a vraiment besoin de reconnaissance, il faut nous donner les moyens d’exercer notre métier de façon décente et surtout sécurisée », poursuit Samuel Gonthier. Une crainte partagée par Ambroise : « Tous nos surveillants ont la boule au ventre quand ils vont travailler. Ils ont peur pour eux, mais aussi pour leurs collègues, pour les détenus. »

Un ras-le-bol visiblement entendu par le chef de l’Etat qui a annoncé avoir demandé ce lundi « un plan pénitentiaire global » d’ici à la fin février portant notamment sur l’immobilier des prisons, le renseignement pénitentiaire et les personnels.