«Il n’y a qu’un féminisme : celui qui défend l’égalité entre les femmes et les hommes». Notre panel #MoiJeune réagit à la tribune sur la «liberté d’importuner»

VOUS TEMOIGNEZ Nos lecteurs de 18-34 ans ne l'ont pas franchement appréciée...

Tristan Lescot

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Catherine Deneuve assume sa signature dans la tribune polémique du Monde.
Catherine Deneuve assume sa signature dans la tribune polémique du Monde. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • La tribune signée notamment par Catherine Deneuve, Catherine Millet et Brigitte Lahaie passe mal.
  • Les internautes de MoiJeune sont très critiques quant au message délivré par les signataires.

Vous n’aurez pas ma liberté d’être… importunée par des hommes. La tribune signée par cent femmes, mardi dernier, dans Le Monde, parmi lesquelles Catherine Deneuve, Catherine Millet, Brigitte Lahaie ou encore Élisabeth Lévy, rédactrice en chef de Causeur, continue à susciter de vifs échanges. En réaction aux dénonciations qui se sont multipliées depuis l’affaire Weinstein et aux mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, elles y critiquent pêle-mêle « une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels », une fièvre à envoyer les "porcs" à l’abattoir, un certain féminisme s’assimilant à une « haine des hommes ». Si la tribune salue la légitime et nécessaire prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, ses signataires revendiquent haut et fort « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».

Le texte est, depuis, sévèrement critiqué sur les réseaux sociaux, les politiques s'en mêlent et de multiples intervenant(e)s répondent aux propos tenus dans la tribune originelle, étrillant un message « antiféministe » légitimant les comportements « sexistes, machistes et violents ». Hier encore, Catherine Deneuve a cru nécessaire de justifier sa position dans les pages de Libé.

Nous avons demandé à nos internautes de MoiJeune comment se situait leur réflexion par rapport au débat déclenché par cette tribune. Le constat n’est pas tendre pour les signataires.

« Cette tribune est un ramassis de bêtises et de patriarcat bien assimilé »

Gillie y va franchement. Pour elle, ce ne sont pas deux visions du féminisme qui s’opposent mais l’argumentaire développé au sein de la tribune qui est inepte : « un ramassis de bêtises et de patriarcat bien assimilé. » Elle détaille : « Dans le féminisme, la notion d’égalité est très liée à celle de liberté : celle d’être, de faire, de vivre sans avoir à subir des oppressions. », tout l’inverse, à son sens, de ce qu’exprime ce collectif. La tonalité adoptée ne lui convient pas plus : « Une fois encore, on a une élite bourgeoise qui veut apprendre la vie à la plèbe. »

Beaucoup d’éléments gênent également Nicolas d’autant que la tribune lui paraît « vide d’arguments, et ne fait que présenter des sentiments personnels comme des analyses réfléchies ». Dans ce qui le choque le plus, cette réflexion : « La pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage. » Il objecte : « Le sexe peut se présenter sous d’autres formes que la "pulsion offensive et sauvage" (Et heureusement !). Dans l’ensemble, ça laisse l’arrière-goût bizarre que ces femmes ne conçoivent pas le sexe autrement que sous cette forme de pulsion. »

Plus généralement, Il a du mal à voir en quoi la liberté d’être importunée aurait une quelconque fonction émancipatrice. Un combat bien différent, en tout cas, du « manifeste des 343 salopes » signé par… une certaine Catherine Deneuve, en 1971, pour la dépénalisation et la légalisation de l’IVG.

Les temps changent (et c’est tant mieux)

La question du fossé générationnel titille Lucie : « Ce qui paraissait "normal" à une époque ne l’est plus pour notre génération ». Elle reproche aux signataires d’être restées bloquées dans le passé : « Les temps changent, la place de la femme dans la société évolue, sa place dans la rue doit évoluer aussi. » Un sentiment partagé par Julia : « Ce qu’acceptaient les femmes des générations précédentes ne passe plus aujourd’hui. On croit que tout était rose avant à cause des non-dits, et je crois que les femmes de la génération de nos grands-mères ou de nos mères ignoraient plus de la moitié de ce qui se passait derrière des portes closes, parfois dans leurs propres familles. » Aux antipodes de ce que les signataires jugent comme de « la délation », Julia estime que cette libération de la parole n’a que des bienfaits « pour mettre fin à la loi du silence qui protège les coupables plutôt que les victimes. »

« Il n’y a qu’un féminisme »

À ce titre, Emilie trouve surtout « que les personnes qui ont rédigé cette tribune confondent féminisme et misandrie ». Elle résume d’une phrase assassine : « Étant pour la plupart des personnes âgées, qui remettent peu en question leur éducation patriarcale et leur sexisme internalisé, elles sont à des kilomètres de la plaque. »

Elyse, elle, est scandalisée par les propos sur les « frotteurs » : « Catherine Deneuve qui insinue que les frotteurs dans le métro ont juste des problèmes d’insuffisance sexuelle et que limite, c’est normal qu’on les laisse faire, ça me choque ! » Elle rappelle, à l’image de Gillie, que la définition du féminisme ne devrait souffrir d’aucune ambiguïté : « Il n’y a qu’un féminisme : celui qui défend l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Égalitairement vôtre.