Vendin-le-Vieil: Après l'agression de trois surveillants, le directeur de la prison démissionne

SOCIAL Le directeur de la prison du Pas-de-Calais était au centre des critiques depuis l’agression, jeudi, de trois surveillants par un détenu radicalisé…

Vincent Vantighem

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Des surveillants pénitentiaires manifestent devant la prison de Vendin-le-Vieil, le 12 janvier, après l'agression de trois gardiens par un détenu radicalisé.
Des surveillants pénitentiaires manifestent devant la prison de Vendin-le-Vieil, le 12 janvier, après l'agression de trois gardiens par un détenu radicalisé. — DENIS CHARLET / AFP
  • Jeudi, un détenu islamiste de Vendin-le-Vieil a agressé trois surveillants.
  • En réaction, les syndicats pénitentiaires bloquent les prisons ce lundi.
  • Le directeur du centre de Vendin-le-Vieil a demandé à quitter son poste.

Pour les syndicats pénitentiaires, c’était le préalable à toute ouverture des négociations. Le directeur du centre de détention de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) a demandé à « être relevé de son commandement », a-t-on appris, ce lundi, après l’agression à l’arme blanche de trois surveillants, jeudi, par un détenu islamiste. Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Justice a confirmé que le directeur « avait présenté sa démission ».

>> Les faits : Trois surveillants de la prison de Vendin poignardés

« Il m’a indiqué que, compte tenu de la situation, les conditions ne lui paraissaient plus réunies pour qu’il puisse diriger son établissement avec sérénité », a indiqué Alain Jégo, le directeur interrégional des services pénitentiaires, alors que des opérations de blocages de plusieurs prisons de France, parmis lesquelles celle de Vendin, étaient en cours lundi matin.

Le directeur a prévenu le détenu de sa possible extradition

Jeudi, vers 16 heures, Christian Ganczarski, un détenu condamné à 18 ans de prison pour sa participation, dans les rangs d’al-Qaïda, à l’attentat de Djerba (Tunisie) qui avait fait 21 morts en 2002, a agressé trois surveillants du centre de Vendin-le-Vieil, à l’aide d’un couteau de cantine aiguisé et d’une paire de ciseaux en criant « Allahou Akbar ». Placé à l’isolement, il avait réclamé de pouvoir passer un coup de téléphone et s’est jeté sur les surveillants quand ces derniers ont ouvert la cellule.

Après s’être assurés que le pronostic vital de leurs collègues n’était pas en danger, les syndicats pénitentiaires ont rapidement critiqué l’attitude du directeur de la prison, Richard Bauer, dans cette affaire. « Christian Ganczarski était visé par une mesure d’extradition vers les Etats-Unis, explique ainsi une source syndicale. Dans un cas tel que celui-là, on attend le dernier moment pour prévenir le détenu afin qu’il ne s’énerve pas. On attend que l'avion soit sur le tarmac ! Mais là, le directeur a cru bon prévenir Ganczarski plusieurs jours avant. Et celui-ci est parti en vrille… »

Contacté par 20 Minutes, jeudi soir, Sébastien Bono, l’avocat de Christian Ganczarski avait confirmé avoir été informé de la menace toute récente d’extradition de son client vers les Etats-Unis et pensait pouvoir la contester, en justice, avec lui.

« La seule solution était qu’il tue un gardien »

Marié et père de plusieurs enfants, le détenu est donc « parti en vrille » avant ça. Notamment parce qu’il devait être libéré le 24 janvier après avoir purgé, en France, la peine à laquelle il avait été condamné. Persuadé de sortir, il avait donc découvert par la voix du directeur qu’il risquait, en réalité, de prendre un vol pour les Etats-Unis où il était inquiété pour ses liens anciens avec al-Qaïda.

>> Prisons : Début des opérations de blocage ce lundi matin

Selon nos informations, des écoutes téléphoniques réalisées en détention auraient notamment alerté sur le fait qu’il risquait de commettre une agression. « Il a notamment appelé sa femme pour expliquer qu’il voulait rester en France et ne voulait pas partir aux Etats-Unis et que la seule solution pour y parvenir était qu’il tue un gardien », reconnaît une source proche du dossier.

Nicole Belloubet à Vendin-le-Vieil dès mardi matin

Samedi après-midi, au ministère de la Justice, les syndicats ont donc exigé « la relève immédiate » du directeur de l’établissement lors d’un rendez-vous avec le cabinet de la garde des Sceaux. Leur demande n’étant pas satisfaite, les syndicats avaient décidé de quitter la table des négociations immédiatement et d’appeler au blocage des prisons ce lundi matin.

De son côté, Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, a commandé une enquête interne sur les circonstances de cette agression dont elle attend les conclusions. Elle a indiqué qu’elle se rendrait mardi matin dans cette prison pour rencontrer les surveillants en colère.