VIDEO. Radicalisation: Comment améliorer la sécurité dans les prisons?

PRISON Après l'agression jeudi dernier de quatre surveillants à Vendin-le-Vieil, les syndicats appellent à un mouvement social ce lundi...

Oihana Gabriel
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Corbas, le 29 novembre 2017
Illustration de surveillants de prison.
Corbas, le 29 novembre 2017 Illustration de surveillants de prison. —
  • Jeudi dernier, quatre surveillants ont été agressés par un détenu islamiste à la prison de Vendin-le-Vieil. 
  • Les syndicats appellent à un mouvement de blocage ce lundi alors que la ministre doit se rendre dans cette prison qui doit accueillir en février Salah Abdeslam.
  • 20 Minutes a demandé à trois surveillants et syndicalistes quelles étaient les difficultés et pistes pour améliorer la sécurité dans les prisons, en particulier qui accueillent les détenus islamistes. 

Il n’y a pas de solution miracle, mais des améliorations possibles. C’est le message des syndicats de surveillants de prison, qui appellent au blocage des prisons ce lundi. En cause ? Une nouvelle agression de quatre collègues jeudi dernier à la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais).

Une prison de haute sécurité qui doit recevoir Salah Abdeslam début février, seul auteur survivant des attentats du 13 novembre. Mais plus globalement, ces surveillants espèrent que la sécurité des prisons soit revue de fond en comble. Cette agression pose donc à nouveau la question de la sécurité dans les établissements où les détenus radicalisés purgent leurs peines.

Les quartiers d’évaluation, efficaces ?

Des terroristes radicalisés en prison, la perspective du retour en France d’environ 700 Français partis combattre avec Daesh au Moyen-Orient… Il y a urgence à trouver une réponse à cette question des détenus islamistes ou radicalisés. Pour le moment, l’État tâtonne. En janvier 2015, le précédent gouvernement avait testé les Unités Dédiées (UD), pour isoler ces prisonniers islamistes du reste de la population carcérale. Expérimentation abandonnée neuf mois après… pour accoucher d’un nouveau concept :  six quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) à Fresnes, Fleury, Osny, Bordeaux et Marseille. On mesure la dangerosité et le niveau d’embrigadement des détenus pendant quatre mois et dans ces nouveaux quartiers, les détenus bénéficient d’un suivi individualisé, et d’une évaluation au moins pour apprécier son évolution potentielle. Un dispositif qui concerne uniquement les détenus islamistes les plus dangereux, environ 300.

« Sur le papier, les choses changent, mais pas dans les faits »

Des « mesurettes » pour plusieurs syndicalistes. « Ce que l’administration pénitentiaire a mis en place pour la gestion des détenus islamistes ne correspond pas aux besoins, on l’a vu avec les incidents à la maison d’arrêt d’Osny en 2016 et maintenant avec l’agression à Vendin, tacle Christopher Dorangeville, secrétaire général de la CGT pénitentiaire. La prison de Vendin n’a pas de QER, mais est très sécurisée. Sur le papier, les choses changent, mais pas dans les faits. Ce n’est pas une solution de regrouper les détenus dans un même établissement, cela risque de créer une cocotte-minute. »

Un an après l'attentat dans la prison d'Osny, les surveillants restent sur le «qui-vive»

Pour Jean-François Forget, secrétaire général du syndicat pénitentiaire UFAP-UNSA, il faut différencier les détenus comme Abdeslam, qui « n’ont pas besoin d’une évaluation de quatre mois pour connaître leur niveau de radicalisation » d’autres détenus en voie de radicalisation.

« On nage en plein paradoxe : les détenus les plus dangereux sont "cocoonés" dans ces QER, alors que dans les maisons d’arrêt, on souffre de la surpopulation, critique ce syndicaliste. Un prisonnier a tout intérêt à dire qu’il est terroriste, il sera mieux traité ! »

Mais surtout, au-delà de ces quelques unités spécialisées, un grand nombre de détenus radicalisés restent dans des prisons traditionnelles. « Aujourd’hui, la diaspora de ces prisonniers problématiques fragilise toutes les prisons », assure Jean-François Forget. Car ils peuvent continuer à faire du prosélytisme et du recrutement. Voire organiser des attentats. Un danger pour les surveillants, mais plus largement pour toute la société.

Les multiples difficultés

Pour assurer une réelle sécurité dans ces quartiers spécifiques comme dans la globalité des prisons, les surveillants se heurtent à quantité de freins. « La surpopulation pénale pourrit le système : un surveillant qui doit gérer jusqu’à 140 détenus, alors qu’il devrait en avoir 40, ne peut remplir ses missions », résume le secrétaire général de l’UFAP.

Et beaucoup regrettent que l’administration pénitentiaire ne soit plus à l’écoute des surveillants. « On a l’impression que les besoins des détenus passent avant les nôtres», résume Ambroise, surveillant à Fleury, qui en vingt ans de métier a vu la confiance s’effilocher et le dialogue s'éteindre. 

Et Jean-François Forget d’insister sur le fait que la sécurité doit rester la priorité, message parfois oubliée par les dirigeants. « Une bonne sécurité, adaptée permet de dynamiser des actions de réinsertion, de travail pénal, de prise en charge sociale, médicale, sportive. »

Des mini-prisons ultra-sécurisées

Pour lui, il n’y a pas d’autre solution que de repenser totalement l’organisation carcérale. « En spécialisant les établissements selon la dangerosité des détenus. Pour qu’on arrête de mélanger les violeurs avec le terrorisme et le grand banditisme. Pour les détenus radicalisés, on a besoin de toutes petites prisons ultra-étanches et avec une sécurité maximale dans lesquelles ils n’ont aucune possibilité de communiquer entre eux et avec l’extérieur. » Même proposition du côté de la CGT.

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Besoin de moyens matériels et humains

« Nos responsables au ministère pondent des quartiers, mais ne mettent pas les moyens humains», Ambroise, surveillant à Fleury-Mérogis

Mais construire une prison, même petite, prend du temps et de l'argent. Or tous insistent aussi sur le besoin de moyens : des caméras, des gilets de protection, des voitures… Mais surtout de recruter des surveillants. « Nos responsables au ministère pondent des quartiers, mais ne mettent pas les moyens humains, renchérit Ambroise. A Fleury, par exemple, il y a seulement trois personnes dans le service d’écoute de téléphonie pour 1.200 détenus à surveiller. Le renseignement perd de sa valeur. On nous oppose à chaque fois l’argument comptable. » Pourtant, le gouvernement s’était engagé à recruter des surveillants pour ces QER. « Mais certains ouvrent avant d'avoir recruté le nombre de surveillants nécessaire», regrette Christopher Dorangeville.

Autre revendication, renforcer la formation. « Certains surveillants n’ont pas eu d’entraînement aux tirs depuis des années et aucune connaissance du milieu terroriste, reprend Jean-François Forget. Qui tacle le contenu de ces formations : « elles ont été mises en place sans nous consulter. Et on enseigne encore les théories de Dounia Bouzar  pour les surveillants et les détenus, aujourd’hui très critiqués. »

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