Abandon de Notre-Dame-des-Landes: Quel manque à gagner pour les collectivités et Vinci?

AEROPORT L’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes va avoir des conséquences non négligeables sur les finances des collectivités et du concessionnaire Vinci…

F.B. avec AFP
Un avion à l'aéroport Nantes-Atlantique.
Un avion à l'aéroport Nantes-Atlantique. — F.Elsner/20Minutes
  • Un chèque d’indemnisation de 350 millions d’euros va-t-il devoir être versé à Vinci après l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes ? « Négociable » pour certains, « impossible » à déterminer pour d’autres.
  • Qui va financer la modernisation de Nantes-Atlantique ?

La décision est tombée ce mercredi. L’Etat ne construira pas l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un renoncement qui constitue un manque à gagner certain pour le groupe Vinci qui devait le réaliser et l’exploiter. Mais qu’en est-il des collectivités ayant commencé à le financer ? Le point.

Détenue à 85 % par Vinci, la société Aéroports du Grand Ouest (AGO) avait obtenu fin 2010, outre la construction et l’exploitation pendant 55 ans de la nouvelle plateforme à Notre-Dame-des-Landes, la concession des aéroports de Nantes-Atlantique et Saint-Nazaire. Un abandon du projet de transfert remettrait en cause l’ensemble du contrat et donc l’exploitation de Nantes-Atlantique. Un nouvel appel d’offres pourrait être ainsi lancé.

Quelles indemnités pour Vinci ?

L’indemnisation de Vinci, si le contrat est résilié pour motif d’intérêt général, serait de 350 millions d’euros maximum, selon les médiateurs. Cette évaluation reste « purement théorique », en raison de l’incertitude, notamment juridique, sur le principe même d’une indemnisation, « dans un contexte où le concessionnaire n’a pas bouclé son financement ni entrepris les travaux prévus dans le contrat », est-il souligné dans le rapport d’experts.

Cette fourchette de 0 à 350 millions d’euros est jugée « farfelue » par les porteurs du projet de Notre-Dame-des-Landes, car « impossible » à déterminer à l’heure actuelle. Les opposants au transfert l’estiment « largement négociable ».

Au-delà d’une hypothétique indemnisation, l’abandon de Notre-Dame-des-Landes serait également un revers pour le géant du BTP dans l’activité stratégique et lucrative des concessions aéroportuaires. Quatrième acteur mondial, Vinci Airports gère aujourd’hui 35 plateformes, dont treize en France. Après avoir racheté les parts de l’État dans l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry, le groupe convoite celles d’Aéroports de Paris (ADP).

Les collectivités ont déjà versé plus de 31 millions d’euros

Autre évaluation de la mission de médiation gouvernementale contestée : un agrandissement de Nantes-Atlantique coûterait environ 300 millions d’euros moins cher que la construction d’un nouvel aéroport, desserte en transports en commun comprise mais hors éventuelle indemnisation de Vinci et hors coût du retour à l’ordre public sur la ZAD.

Les six collectivités locales finançant la nouvelle plateforme et sa desserte, qui ont déjà versé 31 millions d’euros, dont 18 millions de subventions à AGO, de 2011 à 2013, ont réitéré leur refus de mettre un euro dans le réaménagement de Nantes-Atlantique, qu’elles jugent plus élevé pour le contribuable.

« A Notre-Dame-des-Landes, le financement public [État et collectivités] est de 246 millions d’euros sous forme d’avances remboursables, donc on considère que c’est potentiellement zéro sur toute la durée de la concession pour le contribuable », avance le Syndicat mixte aéroportuaire (SMA), qui regroupe les collectivités pro-NDDL.

Quasiment rien à financer, selon les anti-NDDL

Le manque à gagner, en cas d’abandon du projet de transfert, est quant à lui « oublié » du rapport des médiateurs, déplorent les collectivités, qui « doivent toucher 5 % du chiffre d’affaires par an, une fois qu’elles ont été remboursées de leurs avances ».

Pour les opposants au transfert, au contraire, « si l’aéroport reste à Nantes-Atlantique, l’État et les collectivités locales n’ont quasiment rien à financer », hormis « quelques équipements de navigation aérienne » et le prolongement du tramway jusqu’à l’actuel aéroport pour un total de « 60 millions d’euros d’argent public ».

Les travaux de modernisation de l’actuel aéroport doivent quant à eux être entièrement à la charge du concessionnaire, affirment les partisans du maintien de Nantes-Atlantique.