«Blackface»: Une ville de la Réunion refuse de retirer une affiche jugée raciste

POLÉMIQUE Malgré la menace de poursuites, la commune qui héberge le festival du film fantastique «Même pas peur» continue d'utiliser l'affiche...

20 Minutes avec agence

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Première affiche parue pour la 8e édition du festival du film fantastique "Même pas peur" à La Rénion.
Première affiche parue pour la 8e édition du festival du film fantastique "Même pas peur" à La Rénion. — Même pas peur

Un véritable bras de fer. Entre les organisateurs du festival du film « Même pas peur », le Conseil représentatif des associations noires ( Cran) et la mairie de Saint-Philippe à La Réunion, le climat est tendu. En cause, l’affiche officielle du festival, qui représente deux femmes grimées en noires avec une bouche rouge, un « blackface », rapporte L'Express.

« Le Blackface, pratique qui consiste à se grimer en noir quand on est blanc, a été reconnu comme étant raciste par le défenseur des droits en France et par l’ ONU au niveau international. Nous souhaitons que vous changiez l’affiche de votre festival », a écrit Louis-Georges Tin, président du Cran, à Aurélia Mengin, la directrice du festival, sur Facebook.

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« C’est forcément créer un stéréotype »

Cette artiste métisse s’est dite très surprise par la demande. « Pour notre 8e édition », écrit-elle, « nous avons mené une réflexion autour des siamoises, des femmes oiseaux et de la peinture sur corps. Le résultat propose une nouvelle population endémique sortie tout droit de mon imaginaire aux influences fantastiques, poétiques et plastiques ».

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Mais le Cran a continué d’exiger le retrait des affiches sous peine de poursuites. Pour eux, on retrouve tous les éléments du « blackface » dans le visuel : « la nudité qui évoque le sauvage, l’accentuation d’une bouche rouge sang qui renvoie à l’idée de cannibalisme, les yeux rouges un peu zombies pour la notion diabolique… ». Louis-Georges Tin explique : « Je ne dis pas qu’Aurélia Mengin a fait cela de manière consciente, mais il faut comprendre que se déguiser en noir, c’est forcément créer un stéréotype, et le stéréotype est la base du racisme ».

La mairie utilisera l’affiche originale

Aurélia Mengin a finalement accepté de changer son affiche. À la place, on y voit une femme à la bouche scotchée avec la mention « autocensure ». « Cette fois, nous ne sommes plus dans la poésie, mais dans un message politique qui est celui de défendre les artistes dans un pays où cela devient, manifestement, compliqué », explique-t-elle. « Cela menace l’existence même de la production artistique ».

À La Réunion, associations et élus ont exprimé leur consternation face à l’attitude du Cran. Olivier Rivière, maire de la commune de Saint-Philippe où a lieu le festival, a déclaré qu’il continuerait à utiliser l’affiche originale. « Aurélia Mengin n’avait pas les moyens d’aller en justice, moi, en tant qu’élu, ce n’est pas la même histoire », a-t-il déclaré.