VIDEO. Marseille: Pour apprendre à lire à l'école, adieu les bouquins, vive la tablette!

EDUCATION A Marseille est menée une expérimentation censée aider les moins bons élèves à apprendre à lire…

Mathilde Ceilles

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Deux enfants d'une école marseillaise apprennent la lecture grâce à une application
Deux enfants d'une école marseillaise apprennent la lecture grâce à une application — BERTRAND LANGLOIS / AFP
  • Une expérimentation est menée à Marseille dans neuf écoles, elle consiste à utiliser la tablette pour apprendre à lire.
  • Les tests concernent 36 classes de CP et CE1.

Et si, demain, les petits écoliers délaissaient leur manuel de lecture pour des tablettes dernière génération ? A Marseille, depuis ce lundi, une expérimentation unique en France est menée dans neuf écoles volontaires de Marseille, essentiellement en Rep +.

Ces 492 écoliers, répartis dans 36 classes de CP et CE1, ont désormais à leur disposition une application d’apprentissage de la lecture sur tablette. Cette expérimentation, dite expérimentation Lemon, a été financée à hauteur de 760.000 euros dans le cadre d’une mission « e-Fran » sur le numérique à l’école, dont un point d’étape national doit être fait mercredi et jeudi par le ministère.

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C’est quoi, cette appli ?

Baptisée Grapho-learn, cette application a été conçue il y a une quinzaine d’années en Finlande. Le principe est simple : elle propose d’apprendre les rudiments de la lecture sous la forme de jeux type QCM. Casques vissés sur les oreilles, l’élève entend un son, et doit choisir l’écriture qui correspond.

« L’application permet de travailler sur l’association « graphe/phonème », c’est-à-dire comprendre par exemple que B + A = ba », explique Jean-Patrice Albrand, ingénieur en enseignement numérique à l’Espe d’Aix-Marseille et coordinateur du projet. Il a fallu toutefois adapter l’application à la langue française, plus complexe que le finnois. « En finnois, une lettre correspond à un son, alors que, par exemple, en français, le son “o” peut s’écrire “eau” ou “au” », note l’ingénieur.

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Et d’ajouter : « Une étude a montré que, pour le seul décodage, les enseignants consacrent chaque année quinze à vingt heures, alors que cette même étude préconise 40 heures. » Les enfants assimilent en effet les principes de la lecture à force de faire et refaire les mêmes exercices. Or, les enseignants manquent actuellement de temps pour pouvoir se consacrer de manière individuelle à chaque élève et leur faire répéter leurs leçons jusqu’à parfaite assimilation.

Mais quel intérêt pour les enfants ?

Cette application permet ainsi aux enfants de travailler en autonomie et de manière plus intense sur le principe même du décodage. L’application se veut également ludique, avec des animations amusantes, comme des montgolfières à faire exploser par des pirates. Quand l’élève trouve la bonne réponse, il passe à l’exercice suivant, plus difficile. L’ordre des exercices a été établi par des spécialistes de l’université d’Aix-Marseille.

En revanche, en cas d’erreur, la bonne réponse apparaît clairement sur l’écran. Par cette application, les scientifiques cherchent à savoir si l’apprentissage de la lecture peut être plus performant via un outil numérique, notamment auprès d’un public précis. « Il y a essentiellement des écoles en Rep +, car nous voulons cibler l’écart qui se creuse entre les bons et les mauvais élèves, note Jean-Patrice Albrand. Or, malheureusement, les mauvais élèves se trouvent dans les populations défavorisées. »

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Ça va mettre les profs au chômage ?

Mais les responsables de cette expérimentation le martèlent : la machine ne remplacera pas l’enseignant. L’application ne fournit ainsi aucune explication suite aux tests. Et en cas d’erreur, il revient à l’enfant de demander des précisions à l’instituteur. Toutefois, ce dernier a la possibilité d’accéder aux données du logiciel, et ainsi savoir quelles notions ont le plus posé problème, pour ensuite pouvoir éventuellement adapter ses prochains cours.

Les enseignants y voient de plus un autre avantage. « Cela permet à certains élèves d’être en autonomie pendant que les enseignants prennent en charge d’autres en petits groupes », note Luc Bruna-Rossi, directeur de l’école Bernard Cadenat. Cette école volontaire, classée REP +, est située dans le IIIe arrondissement de Marseille, le quartier le plus pauvre de France.

Est-ce que ça peut aussi réconcilier mon enfant avec les maths ?

L’expérimentation comprend en effet un volet mathématiques. Sur le même principe, des élèves de CP et de CE1 utiliseront à la rentrée 2018-2019. Côté lecture, les élèves seront suivis jusqu’en CE2, et sur plusieurs promotions. Il faudra attendre toutefois quelques années toutefois avant de tirer les premiers enseignements. Si les résultats sont concluants, cette expérimentation, qui devrait durer trois ans, a vocation à être généralisé à la France entière.